Indignation britannique à géométrie variable sur le cas Chambers

sauvegarder
Par: rédaction
6/03/08 - 15h55

Le Gotha de l'athlétisme britannique de Coe à Holmes, exprime son courroux devant la sélection de l'ex-dopé Dwain Chambers pour les Mondiaux en salle de Valence où il pourrait gagner le 60 m, vendredi, deux ans après un premier retour qui n'avait pas suscité de remous.

A peine terminée sa suspension de deux ans pour un contrôle positif à la THG (tétrahydrogestrinone) après les Mondiaux de 2003, la fédération (UKA) avait sélectionné Chambers sans état d'âme pour l'Euro de Göteborg, ne suscitant alors aucune indignation chez les vieilles gloires. Et sans le refus tonitruant de Darren Campbell d'accompagner l'ex-client du laboratoire Balco dans un tour d'honneur après la victoire du relais 4x100 m, la Grande-Bretagne ne se serait jamais émue de sa sélection.

Comment alors expliquer la fureur qui a accompagné ce second retour, trois mois après la bienveillance qui a accueilli celui de Christine Ohuruogu dans la famille olympique britannique après sa suspension pour trois contrôles manqués?

Violente réaction
Comment expliquer qu'UKA ait tout fait pour ne pas emmener Chambers en Espagne, ne cédant que devant la menace de poursuites, et en prévenant qu'elle n'offirait pas de soutien médical, financier ou logistique au sprinteur? UKA argumente que n'ayant pas été prévenue de la volonté de Chambers de revenir à l'athlétisme après sa reconversion ratée dans le football américain, elle ne l'a pas inclus dans son programme antidopage.

Son directeur de la performance Dave Collins ajoute qu'il voulait emmener un jeune pour l'aguerrir en vue des Jeux, dont Chambers est banni en vertu d'un règlement spécifique du comité britannique (BOA). Mais cela n'explique pas la violence de la réaction qui surprend à l'étranger. "C'est comme quand on est en prison, quand on en sort, on peut se réintégrer, sinon c'est la double peine", déclare le secrétaire général de l'IAAF, Pierre Weiss, peu suspect de complaisance envers les dopés.

Plus que le dopage, Chambers paye en fait des déclarations de juin 2007, quand il avait expliqué qu'un dopé devait avoir "un très mauvais jour" pour être battu par un athlète propre, et qu'il était quasiment impossible d'être médaillé d'or olympique sans prendre des produits prohibés.

Prêt à aller en justice
Des déclarations qui avaient suscité une immense polémique, les Kelly Holmes, Steve Cram, Sebastian Coe, Roger Black, tous médaillés olympiques et tous silencieux avant Göteborg, s'étranglant d'indignation. Outre quelques rares anciens, Tessa Sanderson ou John Regis, les soutiens du sprinteur ressemblent plus à celui que la corde offre au pendu: l'ancien patron de Balco, Victor Conte, et une ex-camarade de dopage, l'Américaine Chrystie Gaines. Les principaux meetings ont prévenu qu'ils ne l'inviteraient pas.

Dick Pound, ancien président de l'Agence mondiale antidopage (AMA), est l'un des rares défenseurs "respectables" du Britannique. L'avocat canadien, candidat à la présidence du tribunal arbitral du sport (TAS), conteste sur le plan purement juridique le principe même de la double peine édicté par le BOA: "J'ai toujours dit clairement ce que donnerait à mon avis une attaque juridique" sur ce point de règlement, a-t-il déclaré il y a quelques jours.

Le principal atout de Chambers sont donc ses avocats. Ruiné, il a prévenu qu'il était prêt à aller en justice pour gagner sa place aux Jeux de Pékin. Et dans ce combat-là, peu semblent prêts à parier contre celui qui semble rester, à 29 ans, le meilleur sprinteur britannique. (belga)

Votre avis nous intéresse!