Montre tes seins et tu iras loin
Il n'y a pas si longtemps, les adolescentes et jeunes demoiselles portaient des t-shirts larges et ne se préoccupaient pas vraiment de leur apparence. Elles avaient le temps de devenir femme. Aujourd'hui, la nouvelle génération affiche le ton: ça sera les seins hauts et les fesses à l'air!
Elles ne sont pas forcément minces, mais elles s'en fichent, l'important est d'assumer leurs formes et de les mettre en valeur, très - trop - en valeur. En Grande-Bretagne, le magazine pour adultes
Nuts vient d'élire sa future bimbo et ce n'est désormais plus une honte de participer à ce genre de concours: "je veux le faire pour que ma mère soit fière de moi" explique Lauren. Fière de poser sur un lit dans des positions plus qu'osées...
Etre attirante oui, pas vulgaire!Pendant des décennies, voire des siècles, les féministes ont critiqué ce type d'images artificielles des beautés féminines. Si dans les années 70 et 80, les filles qui dévoilaient une partie de leur corps passaient pour des illuminées (Samantha Fox, Lolo Ferrarri, La chicholina), aujourd'hui les filles dénudées des clips vidéo sont devenues la norme, ou presque. Les femmes sont encouragées à adopter une allure de plus en plus sexy.
Bien entendu, nous voulons tous plaire, mais la nouvelle génération va plus loin. Ayant grandi entourées d'images à caractère sexuel, les jeunes d'aujourd'hui n'ont plus peur de dévoiler leurs formes. Pour elles, être sexy ne consiste pas seulement à afficher un joli décolleté, d'ailleurs l'industrie du porno n'est jamais loin... On est souvent loin du glamour.
Une forme de pouvoirElles empruntent les codes de la prostitution au profit de leur look, ici la sexualité n'est pas seulement suggérée mais est au contraire affirmée haut et fort. Le lapdancing et le poledancing sont entrés dans les chaumières et pas toujours pour un bien. Cette culture où le sexe tient la première place est vue par certaines femmes comme une forme de libération et de force. Elles savent que les hommes y sont sensibles et qu'elles pourront de cette manière manipuler ceux qui leur ouvriront les portes de la gloire.
Choquant? C'est pourtant l'une des revendications du mouvement de libération des femmes des années 70: que les femmes puissent sortir des conventions et de la prude morale entourant le sexe. Bien entendu, cette revendication est détournée de son but premier. Le fait que les femmes puissent dorénavant être sexuellement actives sans être condamnées est un résultat direct du féminisme et n'a rien de répréhensible. La femme a désormais le droit d'être plus qu'une mère ou une épouse mais où est la limite avec la femme-objet?
Un univers plus noir que roseAujourd'hui, poser nue pour des photos est une preuve de confiance en soi (pour certaines en tout cas). Peu importe votre statut social: les jeunes veulent être des stars. Les adolescentes n'épargnent plus pour acheter leur première voiture mais pour s'offrir une paire de faux seins. En 2006, une enquête dévoilait que la moitié des adolescentes anglaises envisageaient de devenir mannequins (ou "babes") et qu'un tiers d'entre elles voyaient la bimbo Jordan comme un modèle.
"Il existe toujours ce mythe qui fait croire que les femmes expriment leur sexualité librement et que vu qu'elles peuvent gagner beaucoup d'argent de cette façon, cela leur donne un certain pouvoir sur les hommes". Un monde pas si rose où on assiste plus à une déshumanisation de la femme, où celle-ci est vue comme une poupée, une marionette en somme.
Ces filles pensent que ce qui les mènera au succès est la taille de leur poitrine et non leurs capacités ou leurs diplômes. Epouser un footballeur et faire la une des magazines, voilà leur idéal de vie.
Un leurreAu final, au lieu de garantir la liberté de la femme, cette culture du sexe la limite. Certes, les féministes encouragent les femmes à se libérer de l'image d'épouse modèle qui passe son temps à rendre service aux autres mais plutôt à se concentrer sur leurs propres désirs et leur indépendance. Mais ces deux objectifs sont actuellement vendus sous la forme sexuelle et les jeunes femmes pensent que la seule chance de réussir est de se conformer à cette image "sexy".
Joan Jacobs Brumberg, auteur et historienne américaine, remarque que des changements profonds ont été opérés en quelques décennies. Avant la première guerre mondiale, peu de filles mentionnaient leur corps en termes de stratégie pour leur avancée sociale et professionnelle.
Question d'imageEn 1892, l'une écrivait: "Je dois cesser de parler de moi et de mes problèmes. Je dois réfléchir avant de parler, travailler sérieusement, je dois me maîtriser dans mes paroles et dans mes actions. Je dois me tourner vers les autres au lieu de me focaliser sur moi-même". Un siècle plus tard, Brumberg a trouvé un livre de chevet très différent: "Je veux essayer de devenir meilleure, de toutes les façons possibles. Je vais perdre du poids, changer de coupe de cheveux, me maquiller, acheter de nouveaux vêtements".
Une étude récente a dévoilé que trois quarts des adolescentes se sentent mal dans leur peau, plus d'un tiers font régime et ce, dès l'âge de 11 ans. Des enfants de 6 ans ont même déclaré vouloir être plus minces qu'elles ne le sont. Il n'est également pas rare de voir des enfants de 12 ans avec des strings. Une sexualisation qui s'emparent des filles dès leur plus jeune âge.
Une étude dévoile que 80% des filles ayant fait l'amour pour la première fois à 13 ou 14 ans, regrettaient d'être passées à l'acte. Si on ajoute qu'une fille sur quatre passe le cap avant 16 ans, cela représente beaucoup de regrets. Les émotions et le sexe sont désormais séparés.
Un peu de classeBien entendu, nous pouvons blâmer la télé, la pub et les médias en général, qui ont joué en faveur de cette nouvelle culture, comme par exemple, la série
Sex And The City. Mais il ne faut pas oublier que les héroïnes de cette série avaient 30 ans, pas 15 ou 18 et qu'elles ne s'habillaient pas comme des prostituées, ni n'en empruntaient les poses.
Heureusement, de nombreuses jeunes filles n'adhèrent pas à ce système. Peut-être est-il possible de lutter contre ces dérives sexistes en insistant sur le fait que les femmes peuvent être sexy, mener une vie sexuelle épanouie (et en toute intimité) tout en restant maîtres d'elles-mêmes et en optant pour la version classe du féminisme.
Caroline Albert