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Quand les collègues nous font vivre un enfer

S'épanouir dans son travail, c'est primordial. D'autant qu'au train où vont les choses, on va peut-être avoir notre retraite à 70 ans (si on en a une). Alors autant faire un effort, c'est vrai. Mais on a beau nous dire et nous répéter qu'on a toutes les cartes en main pour bien vivre dans son boulot, il y a aussi d'autres acteurs en jeu.

Et quand nos collègues commencent à nous rendre la vie impossible, la situation peut rapidement nous échapper et dégénérer. Mais à chaque situation, même extrêmement difficile, on peut réagir adéquatement, tout est une question de recul, mais aussi d'agir à temps:

1. La mésentente cordiale
Il est des personnes avec qui on ne peut avoir d'atomes crochus. Différence d'éducation, convictions différentes, façon de travailler diamétralement opposée, ou tout simplement caractères incompatibles: au travail comme dans toutes vos autres relations, il faut composer avec la différence, et cultiver la tolérance qui sommeille - parfois loin - en vous. Ne perdez pas de vue qu'à raison de minimum huit heures par jour avec collègues, ceux-ci font et feront partie intégrale de votre existence et qu'il s'agit d'une relation à part entière.

Certaines personnes ont le don d'être particulièrement négatives, agressives ou critiques. Mais mettez-vous pour priorité de ne pas dramatiser ces petites contrariétés, et donnez-leur l'importance qu'elles doivent avoir, c'est-à-dire pas grand-chose. Il suffit parfois de faire une vraie démarche pour connaître l'autre, lui parler et le comprendre un peu mieux pour que les choses s'arrangent. C'est souvent davantage la fixation ou le blocage que l'on fait par rapport à une personne que son comportement lui-même qui fait le plus de dégâts.

2. Le pays des ragots
Quelle société digne de ce nom n'a pas son lot de rumeurs et d'indiscrets? En général, on ressent rapidement si ce genre de climat est celui de nos collègues ou pas. Tout simplement si vous entendez régulièrement des remarques sur l'un ou l'autre: il ne faut pas se leurrer, vous n'y échapperez pas non plus. "Tu as vu Bidule et Machin?? Ils ont pris leur café en même temps, et c'est la deuxième fois en un mois, y a cachalot sous caillouton là non?" De même, certains remarquent très vite la moindre erreur ou le plus petit retard de l'un ou l'autre et il naît très vite une cabale anti Untel-le-tire-au-flanc.

Alors même si cela vous amuse et que malgré soi, on participe vite à ce genre d'émulation populaire de bas étage (pour plaisanter d'abord, pour s'occuper ensuite, on en sait plus trop pourquoi, enfin), autant se tenir à l'écart des rumeurs et de la mesquinerie au maximum. Sachez que ce qu'on sème est ce que l'on récolte et une fois le dos tourné, ce sera votre tour. Cela commence par une blague, mais à force d'entretenir l'ambiance délatrice et calomnieuse, on ne distingue rapidement plus le vrai du faux. Attention car à terme cela peut vous créer des ennuis ou vraiment accabler quelqu'un. Préférez toujours la franchise et la droiture et adressez-vous directement à la personne concernée si vous avez une question à lui poser. Ne rentrez pas dans le jeu, et faites-le savoir autour de vous, vous calmerez peut-être déjà un peu les esprits.

3. Sensible ou susceptible?
Vous vous sentez attaqué(e) au travail et ce de manière constante et par des personnes de différents départements? Cela n'est pas votre première mauvaise expérience "humaine" dans votre milieu professionnel? Si vous avez l'impression que l'histoire se répète, que vous êtes constamment opprimé, observé, jugé, critiqué, le bouc émissaire de la boîte... peut-être est-il temps de se remettre en question cinq minutes. De se demander si la variable commune à toutes ces mauvaises expériences, ce n'est pas tout simplement vous.

Point de culpabilité démesurée cependant, il s'agit juste de prendre le problème à la source. Une réflexion difficile, mais indispensable pour évoluer et vous épanouir, d'autant si ce sentiment de malaise est présent dans vos autres relations (amoureuses, amitiés, familiales, etc). Dur dur de faire le point en restant dans un environnement qui vous semble hostile? Prenez quelques jours pour consacrer le temps et le recul nécessaires afin de faire le point.

Si votre esprit est trop confus, tâchez de mettre par écrit les éléments concrets qui vous font arriver à la conclusion "mes collègues ne m'apprécient pas, me jugent, parlent dans mon dos...". Pas de "Untel ne peut pas me voir en peinture", ce n'est pas concret (à moins qu'il vous l'ait dit!). Par contre: "on ne me propose pas de manger à l'extérieur avec le groupe, on ne répond pas à mon bonjour enjoué le matin,..." sont des éléments concrets.

Si vous éprouvez des difficultés à trouver les bases réelles de votre sentiment d'exclusion, peut-être est-ce vous qui êtes particulièrement sensible, voire susceptible au regard d'autrui, ou qui avez naturellement peur de l'abandon, d'être mis de côté. Inconsciemment, certaines personnes se mettent spontanément à l'écart, ont des réflexes un tantinet paranoïaques. Cela peut s'expliquer et se résoudre, mais il faut prendre le taureau par les cornes! Parlez-en à une soeur, une amie, vos parents. Demandez si c'est quelque chose que l'on a remarqué chez vous et ne restez pas seul(e) avec cette angoisse. Et consultez un professionnel si vous ne venez pas rapidement à bout du problème par vous-même.

4. La mauvaise volonté
Un collègue qui n'en touche pas une, c'est agaçant mais cela reste son problème s'il veut être mal considéré par vos supérieurs. Mais quand l'attitude de l'un oul l'autre entache votre propre travail, quand le travail qu'il ne fait pas vous retombe sur les bras, ou quand ses erreurs cassent votre travail, là il faut agir.

Attention, on commence toujours par en parler à la personne concernée. Si c'est le travail de votre collègue Aurélie qui laisse à désirer, n'en faites pas part à Yvan et Stéphane pour qu'ils le disent à Nicolas, qui va à son tour le glisser Aurélie. Vous êtes au boulot, pas au bac à sable. Vous seul savez ce qui vous dérange ou vous contrarie, alors expliquez-le directement vous-même, pas via via! C'est le meilleur moyen de vous faire comprendre et d'obtenir un changement positif. Votre collègue a peut-être une très bonne raison d'être dispersé, ne l'attaquez pas d'emblée. Mais montrez votre bonne volonté de contribuer à ce que ça se passe bien.

Si cette discussion ne mène à rien, si le comportement de l'autre est invivable sur le long terme ou risque réellement de mettre à mal la société, alors adressez-vous à un supérieur en lui expliquant les faits uniquement et sans vous laisser emporter par l'énervement ou l'exaspération. Le but est encore de remettre l'autre sur la bonne voie, pas de le crucifier auprès du boss. N'oubliez que vous êtes censé(e) continuer à travailler avec cette même personne par après.

5. De l'exclusion au harcèlement
Malheureusement, les situations ne sont pas toujours arrangeables. Et elles ne dépendent parfois absolument pas de votre motivation ou de vous. Le véritable harcèlement moral au travail existe, de façon collective ou individuelle, et est désormais de plus en plus reconnu. Vous pouvez faire valoir vos droits dans ce genre de contexte. Racisme, discrimination, exclusion, harcèlement sexuel sont des réalités qu'il faut combattre. Que l'on en soit témoin ou victime, la loi du silence doit être brisée. Faites-le pour votre intégrité, pour celle des autres, pour celle de ceux qui passeront après vous.

Un harcèlement prouvé est passible de poursuites et ne reste pas impuni. Gardez toutes les preuves possibles et ne baissez pas la tête: c'est ce que le manipulateur cherche à obtenir de vous. Point d'auto-flagellation et de culpabilité, vous n'êtes aucunement responsable de ce qui vous arrive et vous n'êtes certainement pas la première personne martyrisée par l'individu qui vous harcèle. Il existe des outils et des structures pour vous aider et vous encadrer dans vos démarches, utilisez-les, avant que les événements ne vous dépassent pour de bon. Haut les coeurs!

Annabel Claix
20/02/09 14h52
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