Etre une femme un 8 mars 2009

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Par: rédaction
8/03/09 - 17h30

Ce dimanche 8 mars est la Journée internationale de la Femme, du moins dans de nombreux pays. Et la Belgique en fait évidemment et heureusement partie. Mais qui dit journée dédiée à une cause particulière dit qu'il y a encore pas mal de progrès à faire en la matière.

Et ce en Belgique comme ailleurs. Depuis plus d'une semaine, les gouvernements, les ONG, les communautés, les associations les plus diverses multiplient campagnes de sensibilisation et chiffres alarmants pour tenter de faire bouger, enfin, les choses.

Pourquoi le 8 mars?
La date du 8 mars a été retenue en hommage aux manifestations organisées par les femmes au début du 20ème siècle. Des toutes premières manifestations pour leurs droits, pour leur reconnaissance, pour de meilleures conditions de travail, pour le droit de vote, pour l'égalité, pour le droit à disposer de leur corps, jusqu'à celles pour le droit à l'avortement, le 8 mars fut une date récurrente dans l'histoire des femmes de notre ère. Initialement proposée en 1910 par les femmes socialistes (et Clara Zetkin plus exactement), cette journée réservée aux droits de la femme ne sera entérinée officiellement qu'en 1977 aux Nations-Unies et en 1982 en France.

La forme de violence la plus répandue
La violence dans toutes ses formes d'exactions est, au niveau mondial, majoritairement perpétrée à l'encontre des femmes. Comme une bien triste constante de l'humanité, la femme, posée en sexe faible, demeure la cible numéro un de la brutalité, de la torture, de sombres vendettas et de travail forcé. Certains pays, comme la Colombie et l'Afrique du Sud, détiennent les records d'assassinats de femmes par leurs maris ou campagnons, à raison d'un meurtre tous les 6 jours pour le premier et d'un meurtre toutes les six heures pour le second.

Guerres des hommes, misère des femmes

Soumission, viol et violence, enlèvement, esclavagisme, traite, désintérêt, harcèlement, la femme de 2009 ne compte plus les exactions dont sont victimes ses soeurs. Sans être sur le champ de bataille, les femmes sont les premières cibles en temps de guerre. Porteuses des nouvelles générations, et parce qu'elles perpétuent les communautés et les ethnies, l'enjeu qu'elles constituent est immense, et leur est trop souvent fatal. Violer pour humilier, décimer des communautés en s'en prenant aux femmes enceintes, répandre le sida, et condamner les femmes à mourir faute de soins adaptés. La violence et la torture sont aujourd'hui de véritables drames de santé publique.

Traditions et délits
Mais la violence et la violation de l'intégrité physique de la femme n'incombe pas qu'aux hommes. Que du contraire. Lors de la campagne de sensibilisation des violences faites aux femmes, il a été souligné à quel point les mutilations génitales féminines sont encore répandues. L'excision (l'ablation du clitoris) condamne la vie sexuelle des femmes à travers le monde qui, sous couvert de traditions ancestrales, subissent puis reproduisent cette mutilation sur leurs cadettes.

L'éducation et la sensibilisation sont sans doute les clés pour endiguer ces pratiques, mais le travail reste énorme et la cause est diffuse. L'excision se pratique partout, y compris chez nous, dans l'anonymat et en toute discrétion, rendant le travail des associations particulièrement compliqué. Tant que la dénonciation de tels actes ne sera pas encore entrée dans les moeurs, ils resteront clandestins mais effectifs.

La femme, propriété et valeur marchande de l'homme
Dans de nombreux pays, la religion devient - malgré ses propres fondements - la justification de toutes les dérives. En Iran, notamment, on a encore récemment vu l'adultère (le simple soupçon ou la simple dénonciation étant présentés comme preuves suffisantes et recevables) se régler par un lynchage sur la place publique. De tout temps, signe extérieur de richesse et d'autorité de l'homme, la femme a été une triste monnaie d'échange et victime de vengeances de combats qui se jouaient uniquement entre hommes.

Ca ne se passe pas que chez les autres
La violation des droits de la femme, une réalité tout sauf belge? Voilà un leurre malheureusement bien répandu. Nous vous l'annoncions cette semaine, ce ne sont pas moins de 140 plaintes qui sont déposées chaque jour pour des faits avérés de violence conjugale. Un mal que subit actuellement une femme sur huit en Belgique. Dans certaines zones, la police décompte que 30% des appels passés le sont pour violence dans le couple. Le silence emprisonne, chez nous comme ailleurs, trop de victimes dans la solitudue et dans la honte.

La parité dans les pays occidentaux, un mythe?
On se plaît à croire que nos pays démocratiques sont le chantre de la liberté et de l'égalité. Y compris entre hommes et femmes. Mais tous les chiffres avancés ces derniers jours tendent à prouver le contraire. La FGTB arrêtait symboliquement cette semaine toutes les aiguilles du musée des horloges à Bruxelles à 15h05, pour matérialiser la différence salariale entre hommes et femmes. Car si l'on en croit leur étude, les femmes, gagnant en moyenne 24% de moins que les hommes, devraient arrêter leur journée à 15h05.

On aura lu également que les hautes fonctions de l'administration européenne notamment sont dans une bien moindre mesure occupées par des femmes. Tandis que ces dernières sont toujours moins bénéficiaires de formations ou de postes dirigeants dans le privé, étant donné la nécessité pour beaucoup de recourir à un temps partiel pour mener de front travail et famille.

Vivement la dernière Journée de la Femme!
Alors, s'il est vrai que le statut de la femme est nettement plus confortable à divers égards qu'il ne l'était il y a un siècle, on ne saurait se reposer sur nos lauriers amèrement acquis. Les femmes musulmanes américaines se disent épanouies, disent les sondages, voilà qui nous réconforte un peu. Le droit à la contraception et à l'avortement est presque devenu une évidence en matière de santé publique, dans nos régions en tout cas, et c'est un soulagement. La répression internationale de la violence conjugale, de la prostitution et des exactions les plus inommables dans le Tiers-Monde ne fait que se développer, et heureusement.

Mais le combat de la femme du 8 mars 2009 n'est pas fini. Et on ne saurait le confondre avec un féminisme mal placé, quand on réalise les drames que vivent encore beaucoup trop de femmes, de Khartoum à Bogota, de Bruxelles à Prétoria. La seule vraie Journée de la Femme que l'on pourra fêter dignement sera la dernière, le 8 mars de l'année où plus rien ne sera encore à faire, où les droits de chacune seront une telle évidence universelle qu'on n'aura même plus besoin d'en parler.

Annabel Claix

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