Il y a ceux qui mettent de côté, qui organisent leur budget comme des chefs, qui font office de banquiers pour tout le monde, qui n'ont jamais reçu un rappel et qui ne sont jamais dans la dèche à la fin du mois. Et puis il y a les autres. Ceux qui savent ce que c'est de recevoir une lettre d'huissier, qui connaissent les taux d'intérêts prohibitifs appliqués en cas de dépassement sur leur compte à vue, qui partent en vacances avec les sous qu'ils n'ont pas et pour qui avoir plus d'1,43 euro sur leur compte épargne est un vague souvenir qui doit remonter à leurs sept ans.
Le grand malheur des "fauchés" est justement qu'ils ne comprennent pas comment ils ont pu se retrouver dans une telle situation. Pourtant, pour opérer un changement radical dans sa gestion financière, mieux vaut cerner l'origine du problème. Quelques pistes:
- la plus évidente: votre salaire est trop peu élevé. Evidemment, avec un salaire rikiki, une fois le loyer payé et les factures réglées, il ne reste plus grand chose pour les courses et les loisirs. Auquel cas, pas votre faute et difficile de faire son mea culpa, tout comme de trouver un travail mieux rémunéré, vous y auriez déjà pensé pardi!
Dans ce cas-là, et surtout si on a toute une famille à nourrir, ce sont souvent les courses qui nous plombent le budget, dans un contexte actuel qui n'aide pas. On essaiera d'opter pour les grandes surfaces low-cost, et pour le marché du coin, où les prix sont souvent plus intéressants qu'en grands magasins, puis pour des repas plus simples et donc plus économiques. Acheter par plus grand conditionnement peut aussi nous faire faire de belles économies. Et ne vous laissez pas avoir: un coup d'oeil sur le prix au kilo d'un aliment est finalement beaucoup plus éloquent que l'étiquette du produit emballé.
- la plus fréquente: vous tombez des nues quand votre compte est à sec le quinze du mois. Alors vous vous exclamez "Mais enfin ce n'est pas possible, je n'ai rien dépensé". C'est là que le bât blesse. Si votre compte est vidé, ce n'est parce qu'un lutin maléfique est passé par là (à moins que quelqu'un de particulièrement malhonnête ait procuration sur votre compte). De toutes façons, à moins de faire un achat tous les trois jours et d'être incollable en calcul mental, l'état de votre compte ne s'évalue pas à la louche et sur base d'une liste de dépenses retenues plus ou moins par coeur.
Ce qu'on fait? On consulte régulièrement son compte courant, via les bornes électroniques à l'intérieur des banques (accessibles jusque 22h en général) ou via les super nouveaux systèmes qui permettent de gérer ses comptes depuis son ordi personnel à la maison (il suffit d'avoir internet et de retenir un seul petit code). Ce réflexe est à la portée de tous et prend cinq minutes tout au plus. En ayant cet automatisme tous les trois à quatre jours, on sait exactement où on en est, et on évite de se taper la honte quand la carte ne passe pas au moment de payer.
- la plus stressante: vous êtes en surendettement. Ou en passe de l'être. La vie nous conduit parfois de mésaventure en mésaventure, on est parfois victime des années d'une erreur de jeunesse, ou d'une mauvaise passe. Rien d'honteux là-dedans, nombreuses sont les personnes qui se sont surendettées suite à la perte de leur emploi, à l'accumulation d'une pension alimentaire non payée, un accident, etc. Qui pourrait jeter la pierre à ceux-là?
Chaque personne a son histoire, personne n'a à juger. Rares sont ceux qui se sont embourbés dans une situation calamiteuse par véritable inconscience (les gens surendettés ne sont pas nécessairement des pilliers de casino, trève de raccourcis). Tout au plus s'agit-il d'un manque d'organisation ou d'une difficulté à devenir un bon gestionnaire. Dans ce cas-là, on se fait aider. Soit par un parent ou une personne de confiance qui a un talent inné de comptable et qui le prouve allègrement. Soit par un vrai professionnel, quand la situation semble inextricable ou quand les montants sont trop faramineux.
Plusieurs solutions s'offrent à vous: un prêt pour regrouper vos dettes et les rembourser en une mensualité, plus claire, avec moins d'intérêts, histoire d'éviter l'enlisement définitif. Adressez-vous à une banque, plutôt qu'à des organismes de prêt qui ont une politique souvent plus commerciale qu'autre chose. Il existe aussi un Fonds du surendettement, avec des experts en redressement. Vous pouvez aussi vous adresser au CPAS, qui vous guidera vers la personne de contact la plus adaptée. Quelle que soit votre option, ne refusez qu'une chose: de baisser les bras. Il y a toujours une solution, vous n'êtes pas seul. Et une fois le problème arrangé, ne laissez plus jamais la situation devenir aussi compliquée: agissez immédiatemment!
- la plus facile à calmer: la folie dépensière. Vous explosez régulièrement les limites de votre carte visa au bulldozer? Ca c'est mal. Et stupide! A trop vous octroyer des pauses plaisir dans les boutiques, vous vous obstinez à vivre des fins de mois stressantes et hyper serrées. Le pire c'est que vous le savez très bien!
Là de deux choses l'une: soit vous arrivez à vous contrôler, à ne pas prendre votre carte bancaire en soirée (et ainsi vous éviter les mauvaises surprises les lendemains de soirées arrosées), à vous raisonner en sachant très bien qu'un énième pull turquoise n'est pas de la plus grande utilité, et que le mois du paiement des impôts n'est pas le moment idéal pour acheter une nouvelle voiture. Oui, même d'occase. Et si l'envie de dépenser et devenue irrépressible, qu'elle est incontrôlable et plus douloureuse que spontanée et irréfléchie, peut-être faut-il se poser d'autres questions. Des petites phases de fièvre acheteuse, signes de troubles bipolaires, peuvent conduire à des dépenses inconsidérées. Parfois il s'agit juste de compenser un manque ou une absence, voire du stress.
Rappelons-nous que si l'argent ne fait pas le bonheur, que si la félicité ne se trouve pas dans l'accumulation de biens purement matériels, on ne peut pas être heureux et détendu en ayant le couteau sous la gorge en permanence. Alors on se remet à flot, on veille au grain, on se dit "non" un peu plus régulièrement pour pouvoir se dire "oui" sans culpabilité la prochaine fois. Ne pas vivre au dessus de ses moyens, pour vivre la conscience tranquille et l'esprit léger.
Annabel Claix



