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Légaliser les mères porteuses, un débat passionnel

La question de la légalisation des mères porteuses domine le débat français sur la révision des lois de bioéthique, divisant au sein du gouvernement comme dans la communauté médicale et investissant même le champ de la philosophie.

La question de la marchandisation
La philosophe Sylviane Agacinski sera un des "grands témoins" d'un forum organisé jeudi à Rennes, aux côtés de la psychanalyste Geneviève Delaisi de Perceval qui, elle, a signé un appel en faveur de sa légalisation dans le cadre de l'aide médicale à la procréation. Sylviane Agacinski, auteur de l'essai "Corps en miettes", a lancé en mai, avec quelque 80 autres personnalités, un manifeste contre la gestation pour autrui, estimant impossible d'empêcher une marchandisation du corps de la femme.

Cet appel avait été lancé par l'association Clara, fondée par les époux Mennesson, parents de jumelles nées grâce à une mère porteuse aux Etats-Unis et qui se retrouvent privées d'état-civil en France. Il a été signé par quelques 70 personnalités dont la philosophe Elisabeth Badinter. Celle-ci estime que la légalisation permettrait d'"encadrer" la pratique et ainsi d'éviter "des dérives insupportables". "Je suis tout à fait convaincue que la femme humaine n'est pas une femelle animale et qu'il n'y a pas d'instinct maternel", a-t-elle aussi affirmé.

Instinct maternel ou pas?
En revanche Sylviane Agacinski pense que des liens très forts se tissent entre la mère et l'enfant qu'elle porte. C'est un groupe de travail sénatorial qui avait déclenché les hostilités, il y a tout juste un an, en proposant de légaliser la pratique, sous strict encadrement. Cet avis favorable "ouvre la voie au débat", avait alors déclaré la sénatrice Michèle André.

Quelques mois plus tard, l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) se prononçait pour le maintien de l'interdiction. Suivi par le Conseil d'Etat qui a néanmoins préconisé d'utiliser les possibilités offertes par le droit français pour "améliorer la situation juridique" des enfants issus d'une gestation pour autrui à l'étranger ou "frauduleuse". Bien qu'elle soit interdite et passible de sanctions pénales, près de 400 couples Français auraient recours chaque année à la gestation pour autrui, notamment des femmes n'ayant pas d'utérus.

Le gouvernement français divisé
Au sein même du gouvernement, le sujet a fait l'objet d'un échange à fleuret moucheté entre la secrétaire d'Etat à la Famille Nadine Morano, et la ministre du Logement Christine Boutin. La première s'est prononcée à plusieurs reprises en faveur d'une légalisation des mères porteuses "très encadrée" et exclusivement pour des raisons médicales. Elle a également affirmé qu'elle serait prête à porter l'enfant de sa fille si celle-ci souffrait d'une malformation utérine.

Mme Boutin s'est étonnée des propos "surprenants" de sa collègue et a lancé une pétition contre la légalisation. Les plus grands spécialistes de la reproduction sont eux aussi divisés. René Frydman, qui a mis au monde le premier bébé-éprouvette français, est contre, estimant qu'"on ne peut pas mettre le petit doigt dans ce qui est l'exploitation des femmes pour d'autres, parée de toutes les vertus de la générosité". François Olivennes a de son côté signé l'appel lancé par l'association Clara. Quant à la ministre de la Santé Roselyne Bachelot, elle a exprimé plusieurs fois sa grande réserve sur le sujet, estimant que "cette réalité risque d'être banalisée sans que l'on en ait mesuré toutes les conséquences". (afp/acx)
11/06/09 10h35
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