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L'Espagne s'engage vers la libéralisation de l'avortement

Le gouvernement socialiste espagnol s'est engagé jeudi sur la voie d'une réforme de l'avortement, qui sera autorisé jusqu'à la 14e semaine de grossesse, à la colère de l'Eglise et des milieux conservateurs.

Cette loi est "plus équilibrée, plus moderne et nous rapproche plus de l'Europe", a déclaré la ministre de l'Egalité, Bibiana Aido à l'issue d'un Conseil des ministres qui a donné son feu vert au projet. Avec cette réforme qui va modifier l'actuelle législation datant de 1985, l'Espagne s'alignera et dépassera même les autres pays européens.

Ceux-ci autorisent pour la plupart les interruptions volontaires de grossesse (IVG) avec un délai généralement admis de 12 semaines. "C'est un projet radical et extrémiste", a protesté le président de l'association anti-avortement "Droits à la vie", Ignacio Arsuaga.

Inquiétudes
Et "il n'existe pas de demande sociale réclamant une telle réforme", a-t-il insisté, en se basant sur les résultats d'un sondage auprès de 1.000 personnes commandé par son association à l'Institut Sigma dos. Le sondage révèle que 43,1% des femmes sont contre une réforme de l'avortement, et 39,1% pour.

Avec cette loi, les femmes auront l'impression que l'avortement "est une méthode de contraception de plus", ce qui "nous inquiète", a réagi la porte-parole parlementaire du Parti Populaire (opposition de droite), Soraya Saenz de Santamaria. Le projet doit être étudié par les hautes instances judiciaires avant d'être formellement approuvé par le gouvernement puis envoyé au Parlement.

Manifestations
Dès l'annonce en début d'année, par le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero, de son projet d'assouplir l'avortement, les réactions hostiles s'étaient multipliées. Les milieux catholiques avaient lancé une campagne publicitaire choc suggérant que les animaux menacés de disparition comme les lynx sont mieux protégés que les embryons humains.

Fin mars, des milliers de personnes revendiquant le "droit à la vie" avaient manifesté à Madrid. Outre l'avortement libre jusqu'à la 14e semaine et dès l'âge de 16 ans, la loi autorisera l'avortement sous conditions jusqu'à la 22e semaine (risques pour la santé de la mère, malformation du foetus).

Anomalies
Autre nouveauté: une femme pourra avorter au-delà de la 22e semaine si des anomalies "incompatibles avec la vie" sont détectées sur le foetus ou révèlent une maladie extrêmement grave et incurable. Jusqu'à la 14e semaine de grossesse, les femmes devront respecter un délai obligatoire de trois jours avant de prendre leur décision, après avoir reçu une information complète.

Pour avorter de la 14e à la 22e semaine, deux médecins devront donner leur feu vert. Au-delà, c'est un comité de médecins spécialistes qui devra donner son autorisation. Les femmes ne pourront pas être condamnées à des peines de prison pour avoir avorté. Ce "qui ne veut pas dire que les pratiques illégales ne doivent pas être punies", a précisé la ministre de l'Egalité.

Risque psychologique
Actuellement, l'avortement n'est autorisé en Espagne qu'en cas de viol dans un délai maximum de 12 semaines de grossesse, de malformations du foetus (22 semaines) ou en cas de "danger pour la santé physique ou psychique de la mère" (sans limitation de temps).

L'écrasante majorité des interruptions volontaires de grossesse sont pratiquées pour "risque psychologique" pour la mère, ce qui peut paradoxalement donner lieu à des avortements très tardifs, à plus de six mois de grossesse. (afp)
14/05/09 18h34
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