John Galliano pour Dior.
Christian Lacroix.
Les défilés de haute couture pour l'automne-hiver prochain, qui devaient s'achever jeudi en fin d'après-midi, ont proposé des vestiaires assagis destinés à séduire la clientèle fortunée dans un contexte mondial morose. C'était "moins exubérant que d'habitude, cette saison est un peu calme", constate Donald Potard, agent artistique pour créateurs de mode, à propos des quatre jours de défilés parisiens.
"Il y a une orientation générale qui va vers un certain apaisement", estime également Florence Müller, professeur à l'Institut Français de la Mode. Cet assagissement a été particulièrement perceptible dans la collection de John Galliano pour Christian Dior. Le créateur britannique a dessiné une garde-robe d'une élégance époustouflante mais beaucoup moins extravagante que d'habitude. Il a multiplié les références au fondateur de la maison de couture et renoncé aux coiffures hors normes et maquillages outranciers qui étaient sa marque de fabrique. Dior, "c'est quand même un baromètre", estime Mme Müller.
Selon elle, l'assagissement observé dans de nombreuses collections cette saison, déjà visible dans les collections de prêt-à-porter présentées au printemps, conduit à "une sorte de nouveau classicisme". "Mais il n'y a pas de nostalgie, de passéisme", ajoute-t-elle. Les couturiers ont simplement "pris la mesure de l'air du temps, d'une certaine attente des femmes d'un vêtement qui les rend belles. On est loin d'une recherche forcenée de concepts".
Pour Donald Potard, les créateurs de mode "sont le parfait reflet de l'époque. Ils traduisent par leur mode des comportements sociaux, un état de la société". Or "on est dans une période de morosité totale", estime-t-il. "Il y a aussi quelque part un rejet du bling-bling", ajoute-t-il.
Peu de pierreries ont en effet brillé sur les podiums. Même Christian Lacroix a surtout brodé ses dentelles noires de jais, dans une collection plutôt sombre, avec cependant des éclats de couleurs vives. L'assagissement observé "n'est pas un renoncement. Au contraire, c'est pour aller aux sources d'un raffinement, d'une élégance", estime Mme Müller. "Ce qu'on a perdu en extravagance, on l'a gagné en élégance", résume M. Potard.
Pour Béatrice Ferrant, de la jeune griffe Lefranc-Ferrant, si la haute couture et le prêt-à-porter de luxe s'assagissent, c'est parce qu'"il faut lisser, plaire au plus grand nombre. (...) ça fait partie des contraintes économiques". "Il y a une sorte de réalisme qui prévaut", renchérit l'historienne de la mode Lydia Kamitsis. (afp)



