La 58e Berlinale découvre "Julia", film français aux dialogues 100% anglais

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Par: rédaction
9/02/08 - 17h35

La 58e Berlinale découvre samedi Julia le premier des trois films français en compétition pour l'Ours d'or, tourné par Erick Zonca en anglais, aux Etats-Unis et au Mexique, le portrait d'une femme en pleine dérive alcoolique, qui en vient à kidnapper un enfant.

Après avoir accueilli des musiciens de légende, les Rolling Stones et Neil Young venus présenter des documentaires en marge de la compétition, le festival qui a démarré jeudi et se poursuit jusqu'au 17 février a réservé un accueil chaleureux à la fresque épique de Paul Thomas Anderson There will be blood, huit fois nommée aux Oscars. Samedi, trois fictions sont dévoilées à la Berlinale: Lake Tahoe du Mexicain Fernando Eimbcke, Gardens of the night du Britannique Damian Harris, et le deuxième film du Français Erick Zonca.

Julia
, qui dure deux heures et vingt minutes, plonge sans détour dans une vie qui se désagrège: celle d'une femme mûre qui fuit la réalité dans l'alcool. Enragée contre son patron, ses compagnons des Alcooliques anonymes et la vie en général, Julia se saoûle jusqu'à en perdre conscience et échoue dans les bras d'inconnus qui l'abandonnent, défaite et vulnérable, au petit matin. Julia est le deuxième film signé par Zonca, dix ans après La vie rêvée des anges, un portrait désenchanté et bouleversant de deux jeunes marginales, qui avait valu aux comédiennes Natacha Régnier et Elodie Bouchez le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes.

Cette fois, c'est la Britannique Tilda Swinton qui porte le film de bout en bout avec un jeu très brut, à fleur d'émotions, qui rappelle celui de Gena Rowlands chez l'Américain John Cassavetes, qu'Erick Zonca révère. Une référence proclamée jusque dans le titre car Julia fait écho à "Gloria" signé par Cassavetes en 1980, dont il s'inspire fortement. Julia démarre comme une comédie dramatique mais fait place au thriller lorsque son héroïne décide de kidnapper un enfant de neuf ans pour empocher une rançon qui, croit-elle, lui permettra de repartir à zéro. La virée tourne assez rapidement en descente aux enfers et seule la fin laisse entrevoir une lueur d'espoir dans un univers assez noir.

Les deux autres films français en lice pour l'Ours d'or sont Lady Jane, un polar signé par Robert Guédiguian, qui sera dévoilé mercredi, et Il y a longtemps que je t'aime de Philippe Claudel, programmé le lendemain. Mais la Berlinale découvre aussi samedi l'éprouvant Gardens of the night, qui relate l'enlèvement d'une petite fille de huit ans par deux pédophiles. Séquestrée, violée, filmée nue et prostituée, la fillette subit une manipulation psychologique quotidienne de la part de l'un des deux hommes, qui se fait appeler "oncle" et lui assure que ses parents l'ont abandonnée.

Très éprouvant pendant la première demi-heure - nombre de spectateurs ont jeté l'éponge pendant la projection de presse -, Gardens of the night fait preuve de sensibilité et maîtrise un sujet particulièrement difficile. Après deux ans d'enquête à travers les Etats-Unis sur les enfants "volés", l'Américain Damian Harris a reconstitué le puzzle d'une de ces vies détruites. Egalement en compétition samedi, Lake Tahoe, deuxième long métrage du Mexicain Fernando Eimbcke après le remarqué Temporada de Patos (2005), campe sur un mode intimiste mêlant pudeur et humour la douleur d'un adolescent déboussolé par la mort récente de son père. Le jeune homme percute un arbre en voiture. En quête de pièces pour la réparer, il rencontre des personnages interlopes qui gèrent chacun à leur manière leur solitude, dans le décor dépouillé d'une petite ville mexicaine où le temps semble figé. Un film très lent, filmé en plans fixes, d'une sensibilité étonnante. (afp)

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