Alain Bashung est mort

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Par: rédaction
14/03/09 - 19h58

Alain Bashung, l'un des chanteurs les plus importants de la scène musicale française, est mort samedi à 61 ans des suites d'un cancer du poumon, deux semaines après avoir triomphé aux Victoires de la musique.

Le chanteur a succombé dans l'après-midi, entouré des siens à l'hôpital Saint-Joseph à Paris. "C'est un prince qui ce soir nous a quittés, un immense poète, un chanteur engagé", a réagi le président de la République Nicolas Sarkozy. Depuis l'automne 2007, il était atteint d'un cancer du poumon et suivait une chimiothérapie.

Poète
Qualifié en 2008 de "dernier des géants" par l'hebdomadaire culturel Les Inrockuptibles, Bashung occupait depuis quelques années la place enviée auparavant tenue par Serge Gainsbourg: celle d'un artiste à l'aura importante, capable de séduire le grand public comme les amateurs éclairés. Il avait d'ailleurs collaboré avec Gainsbourg en 1982 pour son album Play Blessures.

"Alain appartient à la grande lignée des poètes excentriques et solitaires. Il fait des choses sublimes", avait dit de lui Arthur H le 28 février lors des dernières Victoires de la musique.

Triomphe

Ces 24e Victoires de la musique avaient été un triomphe pour Bashung. Avec trois récompenses, dont celle de l'interprète de l'année et du meilleur album pour Bleu Pétrole, il était devenu l'artiste le plus primé de l'histoire de la cérémonie avec un total de onze trophées.

Chacun de ces trophées avait été salué par une ovation debout, hommages émouvants de la part du public et d'autres chanteurs. "Ils m'ont tous fait passer une soirée magnifique, je ne pourrai jamais oublier cette soirée", avait-il déclaré en recevant son dernier prix.

Outre sa fatigue évidente lors des Victoires, le report de cinq concerts qu'il aurait dû donner ces dernières semaines avait également fait naître des inquiétudes sur son état de santé. Mais Alain Bashung sera resté en scène presque jusqu'au bout, en dépit de l'avancée de sa maladie.

"Incontestablement, ça m'a aidé" à lutter contre la maladie, avait dit le chanteur au sujet de sa tournée, lors d'une interview diffusée sur France Inter avant les Victoires de la musique. "C'était quitte ou double: rester chez moi à tourner en rond ou aller dans une voie beaucoup plus difficile où il fallait une énergie incroyable", avait-il ajouté. "L'affection que m'envoyaient les gens, j'avais l'impression que ça pouvait me guérir de tous les maux. C'est d'une telle force qu'on se dit: je suis immortel maintenant".

Son ultime concert a eu lieu le 14 décembre dans la salle parisienne de l'Elysée Montmartre dans le cadre d'une série de spectacles dominicaux, "Les dimanches à l'Elysée".

Succès
Plusieurs tubes ont jalonné sa carrière, sans jamais qu'il cède à la facilité commerciale: Gaby, Vertige de l'amour (album Pizza en 1981), Osez Joséphine, Madame Rêve (1991, Osez Joséphine), Ma petite entreprise (1994, Chatterton), La nuit je mens (1998, Fantaisie militaire) ou Résidents de la République (2008, Bleu Pétrole).

Une carrière également marquée par des disques peu faciles d'accès, à commencer par l'audacieux L'imprudence (2002). Considéré comme l'un des plus réussis de Bashung, l'album était sorti en même temps que Le Cantique des cantiques, enregistré avec Chloé Mons, artiste âgée de 28 ans à l'époque, qu'il avait épousée le 30 juin 2001. Il a eu avec elle une fille, après un fils né d'une précédente union.

Rockeur
Perfecto, jean moulant et bottes de cow-boy à l'époque de "Gaby", Bashung était un enfant du rock. Il avait grandi en écoutant Elvis Presley, Gene Vincent ou Buddy Holly et clôturait sa dernière tournée par une reprise de Nights in white satin des Moody Blues.

Il avait su marier l'amour du rock avec l'héritage de la chanson française. "Il appartient aux deux univers", résumait en 2002 son biographe Patrick Amine. "Il combine à sa manière les antécédents de la chanson française qui vont de Trenet à Gainsbourg. Du rock anglo-saxon, il a la désinvolture, la liberté musicale, l'humour qui allie le son et le sens."

Charisme
Né le 1er décembre 1947 d'un père qu'il n'a pas connu et d'une mère ouvrière, Bashung avait été envoyé à l'âge d'un an vivre chez sa grand-mère, à Wingersheim, en Alsace. En 1962, il avait monté son premier groupe, The Dunces (les cancres), avant d'enregistrer ses premiers 45 tours en ôtant le "c" de son véritable nom, Baschung.

En 1973, il avait incarné Robespierre dans une comédie musicale sur La Révolution, puis avait rencontré Dick Rivers, pour qui il avait composé. Son premier album, Roman Photos (1977), un échec commercial, avait marqué le début d'une longue collaboration avec le parolier Boris Bergman, remplacé par Jean Fauque en 1989.

Bashung était un passionné de cinéma et avait notamment tourné sous la direction de Fernando Arrabal ou Patrice Leconte. Ce goût pour la comédie transparaissait lors de ses concerts, où Bashung, lunettes noires sur le nez, imposait son charisme ténébreux. Il avait été fait chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur en janvier 2009. (belga/ca)

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