A Lausanne, le Ballet Béjart promet de poursuivre l'oeuvre du maître
Le Ballet de Lausanne n'a pas cessé depuis 20 ans d'être au centre de l'attention de Maurice Béjart, et ses danseurs, sous le choc après l'annonce du décès du chorégraphe, se disaient décidés jeudi à continuer de porter son oeuvre. La nouvelle du décès a bouleversé les 35 danseurs de la compagnie installée par Maurice Béjart en 1987 dans la cité helvétique. Mais les répétitions se poursuivaient jeudi malgré la disparition de l'artiste qui passait le plus clair de son temps au milieu des danseurs. "C'est terrible, mais il disait toujours: the show must go on (le spectacle doit continuer). Alors on continue", confie Carlos Lainez, un des 40 élèves de l'Ecole-Atelier ouverte par Béjart en 1992 au sein de sa compagnie lausannoise.
Yeux rougisDans la cafétéria où "Maurice" déjeunait tous les jours avec la troupe, une dizaine d'étudiants prennent un repas en silence, l'air grave et les yeux rougis. "Il était très présent, on le voyait tout le temps", rapporte Carlos, qui, à 22 ans, est arrivé d'Espagne cette année pour étudier deux ans chez l'homme aux 140 ballets. Maurice Béjart aura assisté jusqu'au bout aux répétitions de sa dernière création,
le Tour du Monde en 80 minutes, qu'il voyait comme une sorte de clin d'oeil à ses 80 ans, dont 53 d'une vie de chorégraphe. Le malade a encore quitté brièvement l'hôpital pour assister quelques jours avant sa mort à une répétition, a rapporté la directrice de la culture de la Ville de Lausanne, Silvia Zamora.
Continuer...La première est programmée pour le 20 décembre à Lausanne. Le spectacle doit ensuite partir à Paris, puis en tournée mondiale. "Le calendrier est plein jusqu'à la fin de 2008", assure Emmanuel de Bourgknecht, administrateur du Béjart Ballet Lausanne (BBL). "Le souhait le plus cher de Maurice, c'était que l'on continue de défendre son oeuvre". Même si le chorégraphe avait "totalement conscience de son état", "il espérait voir la première du
Tour du Monde, mais son corps en a décidé autrement", regrette M. de Bourgknecht. La première sera fortement chargée d'émotion, prévoit-il. "Ce sera la première fois qu'il ne sera pas à l'appel". Maurice Béjart était un "travailleur hors pair", rappelle l'administrateur du ballet. "Ce qu'il détestait le plus, c'était les jours de congé. Il était heureux en studio, dans un théâtre, avec sa compagnie. C'était toute sa vie. Il a travaillé jusqu'au bout comme il en avait envie".
SuccessionLe directeur adjoint du Ballet, Gil Roman, qui doit prendre la succession du chorégraphe, a eu la lourde tâche d'annoncer la nouvelle à la troupe. "Tout le monde était bouleversé, sous le choc", rapporte Kellie Richardson, une étudiante australienne. A 18 ans, cette blonde toute fine considère comme "un honneur extraordinaire" d'étudier à Lausanne. Le BBL est le dernier avatar d'une troupe née à Paris en 1954 avant d'émigrer à Marseille puis Bruxelles sous l'appellation de
Ballet du XXe siècle. L'avenir de la compagnie est assuré par contrat pour les trois ans à venir, a indiqué Mme Zamora, de la mairi e de Lausanne, tout en remarquant que la mort de Maurice Béjart est "un tournant pour donner une impulsion nouvelle et repenser les choses". Lausanne accorde chaque année au BBL une subvention de quatre millions de francs suisses (2,5 millions d'euros). (afp)