Ségolène Royal retrouve ses électeurs avec un livre

La socialiste française Ségolène Royal, battue en mai par Nicolas Sarkozy à la présidentielle, revient sur le devant de la scène avec la publication d'un livre où elle réaffirme ses ambitions pour l'avenir, intitulé
Ma plus belle histoire, c'est vous.
Dans cet ouvrage qui paraît mardi, sept mois après sa défaite, l'ex-candidate, vivement attaquée dans son parti, tente de tirer les leçons de son échec avec en ligne de mire la présidentielle de 2012. Fidèle à sa stratégie, elle s'adresse d'abord aux 17 millions de Français qui ont voté pour elle le 6 mai dernier.
"Je ne connais encore ni le lieu ni la date, mais je sais qu'un jour nous nous retrouverons", promet Mme Royal, 54 ans, à ses sympathisants. "Je gagnerai un jour", assure-t-elle. Alors que le Parti socialiste est en crise prolongée et tente de surmonter sa 3e présidentielle perdue d'affilée, les Français n'ont eux pas tourné la page Ségolène Royal: selon un récent sondage, 71% des électeurs de gauche, et 46% tous bords confondus, souhaitent qu'elle soit la candidate de la gauche en 2012. Pour le journal de gauche
Libération, qui fut un de ses principaux soutiens, Mme Royal signifie par ce livre qu'elle "refuse l'effacement auquel la promettait un tir de barrage" venu de son propre camp après sa nette défaite présidentielle.
En le présentant lundi à la presse, elle a assuré l'avoir écrit pour "rendre des comptes" à ceux qui ont voté pour elle et "clore" un épisode. "Ce livre, il fallait le faire", a-t-elle résumé. Elle y fustige les ténors du PS qui avaient "juré de (l)'écraser" et, au-delà, "le manque de travail et de réflexion collective" de son parti. Elle reproche à François Hollande, le chef du PS et le père de ses quatre enfants, dont elle s'est séparée au cours de la campagne, de ne pas avoir suffisamment cru en ses chances. Et assure qu'il a récemment parlé de "revenir" auprès d'elle, ce à quoi elle a répondu que ce n'était pas "une bonne idée". Rapportée sur le ton de l'anecdote, la principale révélation concerne un rendez-vous nocturne, entre les deux tours de l'élection, qui avait été pris au domicile du candidat centriste François Bayrou (arrivé troisième du premier tour avec plus de 18% des voix), qui semblait sur le point d'accepter le poste de Premier ministre qu'elle lui proposait.
"Non, non ne montez pas, il y a du monde dans la rue", lui aurait dit au téléphone M. Bayrou alors qu'elle était arrivée au bas de son immeuble à Paris.
Pour Mme Royal, le candidat centriste s'est finalement conduit "comme un amoureux qui craint la panne ou un adultère risqué". M. Bayrou a donné dimanche sa version des faits: "Je n'ai pas souhaité donner suite à cette demande car je pensais qu'elle serait forcément ambiguë, qu'il y aurait forcément quelque chose de surinterprété, et je ne voulais pas me prêter à ce genre de manoeuvres". Tout en disant refuser "la posture victimaire", celle qui a été en position de devenir la première présidente de la France revient dans son livre sur les accusations d'incompétence qui ont marqué toute sa campagne.
"Etais-je préparée pour l'élection présidentielle? ", demande Mme Royal. "Beaucoup plus qu'on ne me l'a dit, mais sans doute moins qu'il ne l'aurait fallu", répond-elle, en mettant ses "bourdes qui n'en étaient pas" sur le compte de la primaire socialiste avec "son cortège de coups bas et de phrases assassines".
Selon elle, l'hostilité des "camarades" socialistes fut d'autant plus dommageable que Nicolas Sarkozy a pleinement bénéficié de liens avec les patrons de grands groupes industriels, financiers ou des médias qui l'auraient, selon elle, "soutenu comme un seul homme". "Le système Sarkozy existe, je l'ai rencontré", en conclut-elle. (afp)