Luc Besson avec sa femme, Virginie Silla.
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Michelle Yeoh, impeccable à l'écran.
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Luc Besson s'autorise tout: des films d'actions, d'aventure, d'amour, du noir et blanc, de l'animation... Et qu'importe si cela dérange ses nombreux détracteurs. Le succès du Français au pays de l'Oncle Sam agace, mais il trace sa route avec le même enthousiasme et plus ou moins de talents selon les films. Depuis hier, "The Lady" se propose de faire pleurer les cinéphiles.
"The Lady", c'est Aung San Suu Kyi, figure de la démocratie en Birmanie, lauréate du prix Nobel de la paix en 1991 et libérée en 2010 d'une détention longue de plusieurs années.
Luc Besson a choisi de s'intéresser à la vie personnelle de cette femme exceptionnelle. Ce qui a permis à Aung San Suu Kyi de tenir le coup, c'est l'amour de sa famille. Celui qu'elle portait à son mari, à ses enfants. Un amour inconditionnel fait de liberté et de respect mutuel. L'histoire est émouvante.
A l'écran, Aung San Suu Kyi est interprétée par Michelle Yeoh. C'est elle qui a eu l'idée de cette histoire, comme nous l'a confié Luc Besson, de passage à Bruxelles. "Je suis ami avec Michelle. Au début, elle m'a surtout posé des questions techniques. Cette femme était en prison, elle voulait savoir quelles autorisations il fallait demander. Elle m'a demandé de lire le scénario et de la conseiller. Il n'y avait pas de metteur en scène. J'étais très occupé mais j'ai lu le script et je suis tombé amoureux."
Justement, comment est-ce qu'on fait pour faire un film quand la personne dont on parle est encore en vie et le verra probablement un jour...
D'abord, ça prend deux ans. Et on pose les problèmes un par un. C'est un travail de fond. C'est juste plus d'obligations morales. On est responsable. Le grand danger, c'est de faire du mal en voulant faire du bien. C'est clair depuis le départ que la première intention qu'on ait, c'est de lui faire du bien. Mais est-ce qu'on y arrive à chaque moment? C'est ça qui est compliqué.
Comment s'est passé le tournage? C'était compliqué?
J'ai toujours eu des tournages compliqués donc non, pas plus qu'un tournage au Pôle nord. C'est l'émotionnel qui est dur. Quand vous travaillez avec 200 Birmans qui viennent de camps de réfugiés et qui, tous les matins, quand Michelle Yeoh arrivait en Aung San Suu Kyi, se mettaient à pleurer... On sent qu'on est en train de faire un film qui sera une Bible pour ces gens-là. Jamais personne ne leur a montré autant d'intérêt. Un jour, pendant un casting, je demande à celui qui a joué le rôle d'un petit capitaine s'il sait jouer, vu qu'il n'y a pas d'acting là-bas, il n'y a pas d'acteurs. Je lui demande s'il connaît bien les militaires. Il me répond: ils ont tué la moitié de ma famille, je les connais bien. Je n'ai jamais connu ça en tant que metteur en scène. J'étais désarmé. La conversation s'est arrêté là. Je lui ai dit: Ok, va aux costumes, on va se débrouiller. C'est tellement chargé... A moi de le récupérer après. Il faut juste trouver le bouton où il faut presser...
L'amour est au centre de votre récit. Ca vous a semblé évident de parler d'Ang San Suu Kyi sous cet angle?
Tout à fait. C'est la seule chose qui m'intéressait. Il y a deux, trois journalistes qui m'ont demandé pourquoi je ne parlais pas plus de politique. Mais simplement parce que ce n'est pas à moi d'en parler.
Vous comprenez sa décision de ne pas quitter la Birmanie alors que son mari, resté en Angleterre, est sur le point de mourir d'un cancer?
Bien sûr. C'est lui qui lui a demandé de rester. Ils se sont donnés l'ultime preuve d'amour. Elle, en disant: "Est-ce que tu veux que je revienne?". Elle était prête à abandonner son combat par amour. Et lui, en lui répondant: "Il n'en est pas question". C'est merveilleux parce qu'ils n'ont jamais cessé de s'aimer. Dans la société d'aujourd'hui, l'amour est égoïste. Ils nous donnent une belle leçon. Leur amour est d'une telle qualité. Quand je pars à 500 km de chez moi pour mon travail, je demande à ma femme de me suivre, elle doit prendre sur elle, elle me fait la gueule. (Il sourit) On est dans une société de consommation: si ma voiture ne marche pas, j'en prends une autre, si ma femme ne marche pas, j'en prends une autre. La définition de l'amour, c'est vouloir le bonheur de la personne qu'on aime.
Ang San Suu Kyi n'a pas encore vu le film, n'est-ce pas?
De toute façon, le film est banni en Birmanie. Si vous avez une copie du film, vous allez en prison. Donc même si elle a vu le film, personne ne le saura.
Ca vous fait quoi de savoir que votre film est interdit en Birmanie?
Ca ne m'étonne pas d'eux et ça veut aussi dire que tous les petits mouvements démocratiques qui se passent ne sont que de la façade. Ce sont des gens qui ont envie et besoin de l'image de la démocratie mais qui ne sont pas prêts à avoir la démocratie. J'espère que les journalistes feront bien leur travail et iront plus loin que juste ce qu'on voit au premier abord.
Il paraît que votre prochain film sera avec Angelina Jolie...
Il paraît oui. (Il sourit)
Vous confirmez?
Je confirme, oui.
Natalie Portman, que vous avez lancée avec "Leon", a été oscarisée cette année. Quel regard portez-vous sur son succès?
Ca me fait extrêmement plaisir mais je n'ai pas inventé le talent de Natalie Portman. Elle en avait déjà. Je n'ai été que le témoin de son talent.
Avec "The Lady", une certaine presse française vous reproche notamment de ne pas traiter l'aspect politique avec plus de rigueur. Vous n'êtes jamais usé par ces critiques auxquelles vous n'échappez jamais?
Les films sont faits pour les gens. Les journalistes ont le droit de s'exprimer, je suis très content qu'ils l'aient: on est dans un pays démocratique. Le reste ne me concerne pas. Mon métier, c'est de s'exciter, de se lancer, d'oser, de tourner, de monter les images, d'ajouter de la musique, de recommencer... Après, on a terminé notre travail. On se fait un dîner ensemble, on pleure parce qu'on ne va plus se revoir pendant des mois et c'est fini. Personne ne pourra jamais m'enlever ça.
Dé.L.


