L'hiver sera chaud avec Jean Paul Gaultier qui a proposé samedi soir une collection de prêt-à-porter féminin très suggestive, exprimant en noir et en résille un érotisme très graphique. Lourds rideaux cramoisis, canapés Chestefield noyés dans la fumée, le décor évoque une maison close.
"Sex and money" ("le sexe et l'argent"), "c'est les deux, bien sûr", lance le couturier. Pour preuve, cette robe en mousseline à imprimé "dollars".
Mais la collection insiste davantage sur la suggestion érotique avec, un peu partout, des empiècements de résille ou de mousseline transparente quadrillée d'X: sur une jupe en cuir, le dos d'un trench, le flanc ou la poitrine d'une robe noire.
"A la base c'était quelque chose de graphique, des espèces de fenêtres, des lucarnes", explique Jean Paul Gaultier. "Le prétexte, c'était les résilles, c'est-à-dire le X. Plein de X, ça fait quoi? Ca fait des résilles". Il s'agit de "voir la peau, sans la montrer mais en la dévoilant. Ce n'est pas vraiment être là et toucher, c'est regarder", ajoute-t-il.
La fourrure elle-même se dissimule partiellement sous une sorte de grillage-résille, rappelant les crinolines qui encageaient une récente collection haute couture du créateur. Les capuchons rabattus sur les yeux bénéficient d'une fenêtre qui permet la vision. La collection a été saluée par des applaudissements nourris tandis qu'une cinquantaine de militants anti-fourrure manifestaient bruyamment devant les locaux de la maison Gaultier où se déroulait le défilé.
Quelques heures auparavant, la créatrice japonaise Tsumori Chisato avait décroché la lune et les étoiles pour en consteller sa collection. Elle a dessiné des robes en patchwork de motifs colorés, des sarouels parsemés d'étoiles, une cape noire ornée d'une ligne de gratte-ciel sur fond de ciel étoilé, un boléro scintillant d'étoiles multicolores en paillettes. Ailleurs, c'est la lune qui étale sa face pâle.
Les blouses ont des cols Pierrot et les formes sont douces, avec de nombreux drapés qui, dépliés, prennent la forme d'une étoile ou de la lune. Tsumori Chisato a confié avoir été inspirée par les tours de Tokyo, où elle vit, et les étoiles aperçues dans le ciel en Australie.
Dans un registre plus espiègle, Jeremy Scott, qui a fait ses débuts dans la mode à la fin des années 90, a présenté "Mouse Trap" ("piège à souris"), une collection hantée par les oreilles rondes, la culotte rouge et les gants blancs de la souris préférée des enfants. La tête de Mickey sourit sur des baskets, un assemblage de gants blancs compose une étole ou une veste-poncho, une redingote en cuir noir dévoile un bermuda en lainage rouge --porté par un mannequin masculin. Les souris, c'est bien connu, aiment le fromage.
Voici donc des pulls, pantalons moulants, écharpe à capuche et même un perfecto, troués comme l'emmenthal. Les couleurs claquent: rouge, jaune, vert pomme, rose et bleu fluos... De courtes robes en lainage noir se couvrent de boutons qui forment des ceintures corsets multicolores. Les boutons colorés envahissent aussi casquette et redingote.
La collection a été très applaudie, notamment par la très pulpeuse Beth Ditto, chanteuse du groupe Gossip, également présente chez Gaultier, et par le rappeur Kanye West. (afp/chds)


