Rencontrer deux des membres du Jamel Comedy Club, en l'occurrence ici Amel Chahbi et Thomas Ngijol, est une vraie partie de plaisir. Les deux comiques ne le sont pas pour rien: ils ont de la répartie, les vannes s'enchaînent et ils se chambrent l'un l'autre sans cesse. Bref, ils assurent sans se forcer la promo de leur nouveau spectacle, qu'ils présenteront sur la scène du Cirque Royal le 27 mai prochain. Interview.
L'aventure du Jamel Comedy Club a commencé il y a trois ans. Quel regard portez-vous sur cette belle aventure?
Thomas: Il y a une évolution mais on n'est pas à l'heure des bilans. On a encore faim d'aventures et d'expériences. En trois ans, énormément de choses se sont crées. En 2006, on n'était personne et aujourd'hui...
Amel: ... on commence à mettre des noms sur des visages, à exister.
Travailler avec Jamel, c'est comment?
Thomas: C'est drôle. Tout ce qu'on a vécu, il l'a vécu avant, multiplié par ce qu'on sait.
Amel: Ses conseils sont précieux, parce qu'il nous font gagner du temps vu qu'il a beaucoup d'expérience.
Certains sont plus connus que d'autres dans la troupe. Vous le ressentez entre vous, il y a parfois une petite rivalité?
Amel: Non. Par exemple, Fabrice et Thomas ont été sur Canal + et sur M6 mais ils avaient déjà leur spectacle avant. Quelqu'un comme Yacine par exemple vient d'avoir son spectacle. C'était une évolution naturelle. Fabrice ça faisait dix ans qu'ils jouaient son spectacle (ils éclatent de rire tous les deux). Dix ans à se produire dans un petit café-théâtre, il a connu la misère de l'humoriste, la vraie galère. Là, enfin, il connaît la rançon.
Thomas: Je le connais depuis longtemps, il s'en est pris plein la gueule. Moi à un moment, je me suis reculé, parce que je ne voulais pas souffrir comme ça. Je le croisais dans Paris, il était sur le trottoir...
Amel: Si on est humoriste et qu'on n'a pas de lumière sur soi, ça peut être super glauque.
Thomas: Si c'était à refaire, je ne referais pas ce métier.
Est-ce qu'on choisit finalement d'être humoriste?
Thomas: Non, il y a un côté naturel. On a tous une base commune: "Moi je faisais rire tout le monde!" "Ouais, moi aussi!" C'est un métier horrible. On se met à poil tout le temps. Si un soir tu te foires, tout est remis en question. Tu te dis que tu es une merde...
Amel: Faut-il déjà remplir sa salle! Parce que Fabrice, il a joué devant deux personnes. (rires) Non, mais c'est normal que Fabrice et Thomas qui ont commencé depuis longtemps ont plus de visibilité.
Thomas: On a pris de l'avance dans le truc. Mais ça crée une émulation.
Amel: Aujourd'hui, tous les gens de la troupe ont aujourd'hui leur spectacle solo. Ca tire tout le monde vers le haut.
Si vous deviez vous décrire l'un l'autre niveau scène?
Amel: Thomas, c'est une nonchalance, une classe naturelle, une voix aussi.
Thomas: Amel, quand elle est sur scène, on est triste pour elle. (Ils se marrent) Non, sérieusement, Amel c'est une bonhommie, y a pas de problèmes, c'est la copine à anecdotes. Elle a un petit côté fouille-merde, ragots.
Certains disent que c'est plus difficile d'être drôle quand on est une fille. Amel, vous le ressentez?
Amel: Oui. Parfois quand je monte sur scène, je vois une bande de mecs qui soupirent quand c'est mon tour, et se disent: bon, ben, y a cinq minutes de pause. Je le sens dans leur regard. Au moment où j'arrive à les faire rire, je suis soulagée. Je me dis qu'il y a cinq mecs qui vont partir en n'ayant plus cette a-priori. Il y a toujours des a-priori sur les femmes: une femme n'est pas drôle ou elle ne peut être humoriste que si elle est moche, on essaie de prouver le contraire. Moi je pense qu'il n'y a pas trop de règles, il faut être marrant. Tant que tu as un propos rigolo, que tu sois petit, grand, marrant, que tu aies des talons ou des baskets...T'es marrant ou t'es pas marrant. Après, les goûts et les couleurs ne se discutent pas.
Quels sont les thèmes que vous allez aborder dans le nouveau spectacle?
Thomas: La pêche... Sérieusement, je suis encore légèrement en construction par rapport à la thématique. Toutes mes écritures vont vers la crise. Il y a un truc qui me fait rire c'est qu'on vous a contaminés, vous, les Belges: vous kidnappez aussi des patrons. C'est nous, en France, qui avons lancé cette tendance. J'en ai fait un sketch dans mon spectacle, je continue là-dessus. Les pauvres patrons...
Amel: J'ai vu un reportage où il y a un mec de la CGP je crois qui hurlait à la télé: "ouais, ouais, on séquestre des patrons mais on leur donne à manger, hein!" Mais on a envie de répondre: mais tu n'as pas à séquestrer des gens. (Elle rigole) Dans l'ensemble du spectacle, il y a ça et la nouveauté, c'est qu'il y a des chansons. Bon, on n'est pas de chanteurs, c'est plus dans les textes, hein! Sauf pour Thomas, qui a une voix. (Elle rigole).
Vous jouez dans une série baptisée Inside Jamel Comedy Club. On peut en savoir plus?
Amel: C'est une série, on fait les comédiens. Tout est écrit, scénarisé. On apprend nos répliques. C'est un documentaire-fiction. On joue nous-mêmes mais tiré à l'extrême. On parle des embrouilles, des amourettes, tout ce qu'il peut se passer dans une troupe.
Thomas: Dans la vie, je suis emmerdant, mais sur scène je fais croire que ma vie est incroyable, que mes femmes sont heureuses. Ah, pardon, ma femme... Il y avait cette envie de lâcher le micro et d'être comédien.
Vous vous êtes fixé une deadline? Vous savez quand l'aventure va s'arrêter?
Amel: Non, tout se fera naturellement. Quoiqu'il arrive, je pense qu'on a trouvé notre famille artistique, on se retrouvera toujours, peut-être sur des longs métrages...
Thomas: ... ou aux enterrements. Ca serait bien qu'il y en ait un qui meurt vite pour le buzz.
Amel: Adviendra ce qu'il adviendra.
Thomas: Et Mektub, comme on dirait au pays d'Amel.
Amel: (En riant) Non, désolée, ça ne vient pas de chez moi. Mais comme on dirait au pays de Thomas, Ouagalagadou.
Déborah Laurent


