On s'attendait évidemment à ce que notre rencontre en tête-à-tête avec Lady GaGa, le phénomène pop du moment, en tête d'affiche à Werchter vendredi soir, soit un moment d'anthologie. On n'imaginait même pas à quel point...
Le rendez-vous était fixé depuis plus d'une semaine. Au programme: 10 minutes d'interview avec la star. C'est peu, mais parfois il faut savoir se plier à ce genre d'exercice quand ça en vaut la peine. Mes questions sous le bras, on m'avertit d'emblée: elle refuse de parler de Michael Jackson. La jeune femme a été, paraît-il, terriblement ébranlée par son décès. Je le savais et je comptais lui en parler. Tant pis, il y aura bien d'autres choses à dire.
Dans le petit patio presse, avec plus de deux heures de retard sur le planning, l'ambiance est fébrile quand, enfin, Miss GaGa apparut. Moulée dans une robe noire, perchée sur des talons de trois kilomètres de haut, les cheveux longs blonds et mauves avec, en haut du crâne, un noeud formé par une autre touffe de cheveux, son visage est caché par des lunettes de soleil masque et ses lèvres sont peintes en rouge vif. Lady GaGa est comme prévu: bizarre.
Devant la salle où se déroulent les interviews, un garde du corps fait le guet. Les équipes télé qui font l'interview avant moi sortent de la pièce au bout de trois minutes. La pression monte. Vient enfin mon tour.
Je me sens minable
J'entre. Lady GaGa se lève, non pas pour me saluer, mais pour demander à son staff si elle peut s'en aller. On lui signale qui lui reste quelques minutes à prester, elle soupire, j'ai envie de disparaître. Enfin, elle daigne m'adresser un regard. Dans mon short noir qui ne sort du placard qu'en temps de festival, avec mes cheveux collés au front par la chaleur, je me sens minable face à cette véritable petite poupée.
"Hurry, hurry!"
Un peu gênée d'entrer dans le vif du sujet avec une question assez personnelle, je me justifie: "Comme nous n'avons que dix minutes ensemble..." Elle m'interrompt en battant des mains: "Hurry, hurry!" Je m'exécute. Je l'interroge sur la différence qu'il y a entre son personnage de Lady GaGa et sa véritable personnalité, cachée sous le prénom de Stefani. Sa réponse tient en deux mots: "Aucune différence." J'insiste, je lui demande si elle s'habille vraiment comme
ça chez elle, elle acquiesce. "Je ne joue pas de personnage."
Comme son album s'appelle The Fame, je lui demande quelle est sa relation avec la célébrité. "Tout mon album traite de mon commentaire sur la culture pop et la manière dont je me sens dans cet univers. La joie est une chose qui a beaucoup de pouvoir et je crois au pouvoir de la célébration en musique." Il faudra se contenter de cette réponse un peu biscornue.
Elle cache son visage et ne me regarde plus
Ensuite, Lady GaGa fait un geste que je n'aurais jamais cru possible lors d'une interview en si petit comité: elle abaisse la tête et cache ce qu'il me reste de vision de son visage avec ses cheveux. Elle continuera à répondre à mes questions sans un regard, la bouche tournée vers ses chaussures. Je parle au crâne de Lady GaGa.
J'essaie de trouver ça normal, j'en profite pour remarquer que ses cheveux, c'est évidemment une perruque, vu la couture apparente sur le sommet de son crâne, et je continue tant bien que mal à l'interroger. Ma question concernant sa confiance en elle tombe particulièrement mal, vu sa position, mais je me lance.
"Je suis comme toutes les autres filles"
"Je suis comme toutes les autres filles. Je ne suis pas sûre de moi pour certaines choses. La chose la plus importante est de croire au pouvoir de l'amour et je suis confiante en ma construction de moi en tant qu'artiste. Je me fous d'être numéro un sur Facebook. J'essaie juste d'être bonne en faisant de la musique et de faire en sorte que mes fans se sentent bien dans leurs pompes. "
"Ce n'est pas mon petit ami"
Puisque je ne suis plus à ça près, je l'interroge sur ses relations avec les paparazzi, situant le contexte avec ces mots: "vous avez été photographiée il y a peu sur la plage avec votre ami..." Je fais allusion aux câlins échangés avec un certain Speedy, jeune entrepreneur. Elle me reprend: "Ce n'est pas mon petit ami." Ok, soit. "Je vois le paparazzi comme une personne. S'ils sont gentils avec moi, je serai gentille en retour. S'ils ne sont pas gentils avec moi, je ne le serai pas non plus."
"Je veux donner un orgasme à mes fans"
Enfin, alors que mon enregistreur n'affiche que 2 minutes 30 de son, l'attachée de presse me fait signe qu'il ne me reste qu'une question à poser. J'essaie de trouver celle qui me permettra de ne pas quitter la pièce en me sentant complètement débile. Je lui demande quelle est sa définition d'un bon show. Enfin une question à laquelle elle semble heureuse de répondre.
Elle réfléchit et me lâche, le plus naturellement du monde: "Mon intention est de donner à mes fans, sans l'aide de leurs mains, un orgasme. S'ils ont un orgasme, que j'ai réussi à les toucher, c'est que j'ai fait du bon boulot."
Sur ce, il est temps pour moi de plier bagage. A peine son dernier mot prononcé, je n'existe plus pour Lady GaGa. Je quitte la pièce sonnée. Je ne m'en remettrai que quelques heures plus tard, face à la Pyramid Marquee, lors de son concert. Lady GaGa, finalement, elle me fait moins peur de loin.
Déborah Laurent


