En toile de fond de son nouvel opus, "La guerre selon Charlie Wilson", le réalisateur Mike Nichols a choisi les coulisses du pouvoir américain dans les années 80. Charlie Wilson est un député texan qui aime l'alcool et les femmes - et un peu la cocaïne aussi - et ne s'en cache pas. Celui que ses collègues surnomment "Good Time Charlie" dispose d'un énorme capital sympathie à Washington, un soupçon de corruption aidant.
A part celui de profiter un maximum de la vie, l'homme est dénué de grands idéaux. Jusqu'à ce que brusquement, alerté par une de ses richissimes conquêtes, il fait de l'aide à la résistance afghane à l'Armée rouge qui vient d'envahir le pays le combat de sa vie, se rachetant une conduite par la même occasion.
Avec l'aide d'un agent de la CIA malmené par sa hiérarchie, il parviendra à faire passer le budget accordé à l'Afghanistan de 5 millions à 1 milliard de dollars. Lorsque l'on sait que l'échec des Russes en Afghanistan constituera les prémisses de la chute du bloc soviétique, on mesure mieux l'importance de l'action menée par le député Charlie Wilson, l'authentique héros dont le film raconte l'exploit.
Si à priori le sujet semble plutôt grave, c'est sans compter sur le cynisme de Mike Nichols qui tourne ce récit historique en une comédie satyrique. Malheureusement, entre répliques hilarantes et scènes vaudevillesques, "La guerre selon Charlie Wilson" s'éparpille quelque peu dans les méandres des stratégies militaires, alors que le film dépasse à peine l'heure et demie. On lui pardonne tant le casting suffit à délecter le spectateur.
En tête de distribution, Tom Hanks, omniprésent, porte le film sur ses épaules en se glissant dans les moindres plis dans la peau de son personnage. Plus blonde que jamais, la trop rare Julia Roberts revient enfin à l'écran dans le rôle d'une milliardaire texane qui, on ne sait par quel enchantement, prend fait et cause pour les moudjahidin afghans. Enfin, Philip Seymour Hoffman complète parfaitement ce trio en interprétant un agent de la CIA grossier et tendre à la fois.
On verra avant tout dans ce film un pamphlet des mécanismes politiques américains. Mike Nichols nous montre comment, à cause de services dus et sans prêter attention aux conséquences, les politiciens d'une des grandes puissances mondiales élisent le pays auquel ils accorderont leur aide. Lorsqu'à la fin du film, le réalisateur nous livre une scène dans laquelle Charlie Wilson ne parvient pas à convaincre les députés de débloquer un nouveau budget pour la reconstruction d'une école afghane, on rit soudain beaucoup moins.
Viktoria Thirionet


