Le fantôme d'Heath Ledger sur la Croisette
Le dernier né de Terry Gilliam,
L'imaginarium du Docteur Parnassus, était grandement attendu à Cannes. Parce que le réalisateur a prouvé par le passé qu'il avait du talent (
Monty Python, Las Vegas Parano, L'armée des douze singes) mais aussi parce que ce long-métrage était le dernier de Heath Ledger, avant son tragique décès survenu le 22 janvier 2008.
"Prostrés, brisés"Gilliam avait alors décidé de mettre fin au tournage. A son décès, "ma vie s'est comme suspendue" a-t-il expliqué. "Nous nous sommes tous retrouvés prostrés, brisés. Nous ne parvenions pas à mettre des mots sur cet événement parce qu'il était tout simplement impossible et inacceptable."
Mais c'était sans compter sur Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell, qui ont tous les trois acceptés de reprendre le flambeau et le personnage joué par Heath. Même si on savait qu'il était beaucoup question de monde imaginaire et qu'on se doutait bien que ça allait facilter la tâche du réalisateur, on avait peur que ça ne fonctionne pas. Mais heureusement, ce fut le cas et qui plus est merveilleusement. On ne se rend pas compte un instant que l'acteur a disparu en plein milieu du tournage, tant il est présent, du début à la fin du film.
"L'acte d'amour de Johnny, Jude et Colin""Johnny, Jude et Colin (tous absents de Cannes aujourd'hui) ont rempli le vide que Heath a laissé, c'est un acte d'amour", a confié Terry Gilliam. Le producteur exécutif du film, le Français Samuel Hadida, expliquait lui à quel point " nous étions consternés lorsque nous avons appris sa mort."
"Heath était un comédien génial, très apprécié par les gens du métier à Hollywood. Lorsqu'il est mort, nous venions de finir le tournage à Londres, de toutes les scènes qui se passent dans le monde actuel. Nous devions reprendre à Vancouver en janvier, et toute la partie imaginaire restait à faire, soit la moitié du long métrage".
"Terry a passé un mois avec son monteur, à remettre le film à plat", racontait-il encore. "Puisque le héros pénètre à trois reprises dans le monde imaginaire, il a eu l'idée de proposer à trois acteurs de reprendre son rôle. Il y a eu un vrai élan pour que la dernière performance de Heath voie le jour, pour que le film existe".
Un film qui répond à toutes les attentesL'imaginarium du Docteur Parnassus répond à toutes les attentes. Il raconte l'histoire du Docteur Parnassus et sa petite troupe de forain. Parnassus a pactisé il y a longtemps avec le diable qui lui a offert l'immortalité en échange de sa progéniture lorsqu'elle sera âgée de 16 ans. Parnassus n'ayant pas d'enfant à l'époque, il ne voyait pas où était le problème. La donne a évidemment changé lorsqu'il est devenu père par un "heureux accident" d'une ravissante fille, Valentina (Lily Cole, magnifique). Le jour des 16 ans de la demoiselle, le diable refait son apparition.
On plonge avec plaisir dans l'imagination débordante, débridée, colorée, enfantine de Terry Gilliam. La balade est pleine de rebondissements, on en prend plein les yeux, et on ressort de là, étonné du voyage, bien que parfois un peu perdu tant ça foisonne d'images, de rêves et tant les chemins empruntés sont nombreux. On ne regardera plus jamais notre miroir de la même façon.
Heath Ledger penduL'intérêt et l'émotion sont évidemment décuplés en sachant que Heath va être remplacer en cours de route par trois autres acteurs, une fois son personnage passé de l'autre côté du miroir de Parnassus. On attend donc les apparitions de Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell avec une réelle impatience.
Tout comme la première de Ledger d'ailleurs, qui nous laisse un peu estomaqué. On le découvre mort, pendu sous un pont. Un frisson d'émotion a parcouru la salle. Heath Legder livre ici une prestation excellente dans un film qui l'est tout autant et qu'il lui est évidemment dédié.
Un film des "amis de Heath Ledger"Le générique annonce que ce film est celui "des amis de Heath Ledger." De là où il est, l'acteur doit être heureux d'avoir eu des potes aussi dévoués.
Déborah Laurent