Il était innocent, on l'a Présumé Coupable: l'affaire d'Outreau au ciné

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Par: rédaction
14/09/11 - 07h30

Alain Marécaux n'oubliera jamais la date du 14 novembre 2001, qui marque le début de son cauchemar. Ce jour-là, vers 6 h 30 du matin, ce père de famille, comblé par son travail d'huissier, apprend qu'il est accusé, ainsi que son épouse, de pédophilie. Des faits atroces qu'ils n'ont jamais commis.

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Alain Marécaux était l'un des accusés de l'affaire d'Outreau, l'un des plus grands fiasco judiciaire français qui s'est soldé, en 2005 par l'acquittement de 13 prévenus. 23 mois de prison, un divorce, plusieurs tentatives de suicide, des enfants en souffrance, une maman qui décède, incapable de supporter ce qui arrive à son fils, une atroce grève de la faim au cours de laquelle il perdra 50 kilos: Alain Marécaux aura connu le pire. Pour rien. Parce qu'un juge a voulu faire de l'excès de zèle. Parce qu'on n'a pas assez prêté l'oreille aux dires des enfants. Parce que ses voisins, qui abusaient, eux, vraiment de leurs petits, n'ont pas voulu être les seuls à payer pour leurs méfaits.

L'incroyable performance de Philippe Torreton

Présumé Coupable, réalisé par Vincent Garenq, est le premier film à s'intéresser à l'affaire d'Outreau. Il est fidèle à l'histoire racontée par Alain Marécaux dans le livre Chronique de mon erreur judiciaire. Celui-ci a suivi tout le processus et a donné son accord au résultat final. Résultat? Une oeuvre dont il est difficile de parler en trouvant les mots justes. Philippe Torreton livre une performance incroyable, bouleversante. Mais la réalité et sa mise en images se téléscopent et on ne sait plus très bien si on est ému par le jeu de l'acteur ou si c'est la douleur éprouvée, l'injustice subie par Alain Marécaux qui nous émeut tant.

Présumé Coupable donne envie d'hurler tant l'horreur dépeinte est édifiante. Alain Marécaux n'avait pas encore ouvert la bouche pour se défendre que déjà, il était le coupable idéal. La justice et ses acteurs, sourds et aveugles (les preuves de la culpabilité d'Alain Marécaux ont toujours manqués mais personne n'a jamais revu sa position), ne lui ont jamais accordé le bénéfice du doute.

Humilié, traité comme un chien

L'homme a été humilié, traité comme un chien. On pense notamment à la scène du premier interrogatoire, où le flic lui attache la main au pied de sa chaise, le laissant dans une position des plus inconfortables, l'obligeant à des "aveux", lui confiant que son propre fils l'accuse d'attouchements. Mensonges, manipulation, ego surdimensionné, manque d'empathie: voila tout ce qu'il s'est pris dans la figure, tout ce à quoi il a dû faire face. La bêtise, la pire de l'être humain. Voila tout ce qu'on prend aussi dans la figure, plongé dans le noir de la salle de cinéma.

Philippe Torreton/Alain Marécaux nous tire des larmes quand il apprend le décès de sa mère, juste avant une rencontre avec le juge Burgaud. Un juge impassible à sa peine, qu'on a envie de gifler de bout en bout, pour sa froideur, sa volonté de faire de sa première affaire l'affaire de sa vie, son inexpérience.

Un petit malaise

Voila ce qu'il faut retenir de ce film: une performance d'acteur incroyable et la douleur réelle d'un homme, broyé par la machine infernale d'un système judiciaire déficient. Mais on ne pourra s'empêcher de ressentir une sorte de gêne à la sortie de la salle. On plonge avec un tel réalisme dans une difficile réalité qu'on a un peu l'impression d'avoir joué les voyeurs (et la manière de filmer, caméra à l'épaule, en style un peu documentaire n'arrange rien à l'affaire). Mais le principal intéressé a donné son aval. Espérons que ce film lui fasse du bien.

Déborah Laurent

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