© ap.
Avec son épouse, Alexandra Lamy.
© photo news.
© photo news.
Lors de son sacre au dernier Festival de Cannes: il a reçu le Prix d'interprétation masculine pour The Artist.
© reuters.
On pourrait craindre qu'il ait pris la grosse tête depuis son sacre au dernier festival de Cannes mais c'est bien mal connaître Jean Dujardin. Détendu et avenant, l'acteur nous a fait le plaisir de nous parler de son dernier film, l'excellent "The Artist", muet et en noir et blanc.
Ecoutez Jean Dujardin dans notre Journal du Cinéma diffusé sur Nostalgie ici.
Un projet étonnant, qui lui collera désormais à la peau, qu'il défend avec bonne humeur et conviction. Rencontre.
On dit oui tout de suite à un projet aussi audacieux?
On dit "oui, pourquoi pas"? Et puis, "oui, qu'est-ce que c'est"? La référence que j'avais dans le cinéma muet, c'était Chaplin et vu que c'est un génie, ça allait être difficile de faire pareil. Et puis, j'ai découvert qu'il y avait un autre cinéma muet, minimaliste, intense, même parfois moderne. Ca m'a rassuré. Mais on n'est jamais rassuré jusqu'au bout: on n'a pas de texte alors on revoit plein de films pour étudier un peu la gestuelle. On se nourrit, mais c'est tout ce qu'on peut faire.
Vous avez travaillé avec Michel Hazanavicius sur "OSS 117" par deux fois. Vous avez accepté "The Artist" de ce même réalisateur. Finalement, à chaque fois qu'il vous proposera quelque chose, vous comptez dire oui?
Non. Je sais pourquoi il me l'a proposé: j'ai toujours travaillé par le corps. Il avait vu ça en moi. Il m'offre un spectre très large dans le jeu: je peux en faire des tonnes, m'éteindre, faire des claquettes... c'est tout ce que je recherche dans le cinéma, des choses singulières.
Justement, il paraît que le numéro de claquettes, c'est l'un des moments que vous avez préféré pendant le tournage...
C'était un moment fort parce qu'on s'est mis un peu la pression. On a travaillé cinq mois là-dessus et si on voulait donner l'illusion, le faire comme à l'époque, on devait le faire en plan séquence. Même si au final, techniquement, on n'est pas au point, c'est généreux, ça raconte quelque chose dans l'histoire. Ce n'est pas un numéro de claquettes pour rien, c'est un peu leur façon à eux de faire l'amour.
Ce qui est surprenant avec "The Artist", c'est que la salle, les spectateurs réagissent beaucoup, ils rigolent fort, applaudissent, soupirent. Ca vous a étonné, ces réactions?
C'est très physique, oui. D'habitude, la parole vient polluer un peu l'image. Là, on supprime l'intellect et on est sur quelque chose de plus charnel, plus immédiat. On a seulement l'image et les émotions à cent pour cent. J'ai été assez étonné de ces réactions.
Ce film parle de la chute, de la fin de carrière d'un acteur. Vous avez déjà pensé à votre fin de carrière? Si jamais tout s'arrêtait demain, vous réagireriez comment?
Je n'y pense pas vraiment. Je me pollue avec autre chose. Dans ma vie, il y a d'autres choses qui m'effraient plus. Le métier, je ne le trouve pas très dangereux. Si ça s'arrêtait, ça m'emmerderait énormément mais je n'y pense pas. C'est beaucoup de ma vie, mais ce n'est pas que ma vie. Ma vie avec ma femme, avec mes enfants, c'est important de la réussir. Il faut trouver un équilibre.
"The Artist" parle aussi d'un acteur qui est en haut de l'affiche et de sa moitié qui ne l'est pas. Est-ce que ça vous a déjà posé problème dans votre couple?
Non. (Grand sourire) A la limite, si on avait des problèmes, on aurait les mêmes problèmes que n'importe quel couple. On n'est pas des acteurs à la maison. Alex, à Cannes, elle était très heureuse pour moi. Elle me rend toujours plus juste, plus fort, elle me porte énormément.
Vous êtes sensible à l'échec?
J'en ai ressenti beaucoup à l'école. J'étais mauvais élève, par manque d'intérêt. J'étais totalement lunaire pendant vingt ans. J'étais tout le temps à la bourre, mes notes ne suivaient pas, on s'inquiétait pour moi. Vous pensez alors que vous êtes un débile. Il y avait quelque chose, un imaginaire qui devait se déclencher. Le métier m'a aidé.
C'est un film qui s'est tourné à Los Angeles. Hollywood, ça vous fait rêver?
Pas du tout. (Sourire) Ca serait une erreur d'y penser. C'était la première fois que j'y allais: ça m'a fait plaisir, j'étais à la fois acteur et touriste. Tu sens que c'est une ville de transit, c'est la ville du jeu. Chacun saisit sa chance, c'est très motivant.
Mais si on vous proposait une carrière à la Marion Cotillard... Vu que "The Artist" se lance dans la course aux Oscars, ça pourrait vous arriver!
S'il fallait jouer là-bas, il faut jouer à mi-temps, ce que fait un peu Cassel: jouer l'aternance. Et puis, en France, on a des supers réalisateurs, on a un cinéma très riche. Pourquoi j'irais rêver de l'Amérique? Déjà, j'ai un anglais très approximatif. Et puis, simplement, je n'ai pas ce rêve-là. Si jamais il y avait un beau projet, pourquoi pas, mais je ne voudrais pas faire le Français de service.
Qu'est-ce que ça vous fait d'être très populaire dans le bon sens du terme?
C'est très agréable. Vous vivez dans un village: chaque personne vous reconnaît, vous encourage, vous félicite, vous remercie. Ce n'est pas pesant. Ca fait 12 ans maintenant. Et puis, je ne me prends pas pour quelqu'un de connu quand je sors. Je ne me refuse rien. Ca peut être pesant pour les autres, pour mes enfants. S'ils veulent aller à une fête foraine, je leur dis que ça va être un peu compliqué. On trouve des compromis. En fait, ce n'est pas pesant mais ça dépend comment c'est fait. Si quelqu'un vous shoote avec son téléphone portable, sans même un bonjour, sans demander, ça m'énerve parce que je deviens une espèce de fond d'écran.
Recevoir un prix à Cannes, c'est une cerise sur le gâteau?
Oui, ça fait plaisir. On n'est jamais préparé à De Niro qui vous remet un tel prix. C'est super, il n'y avait pas d'a-priori, ils ne me jugeaient que sur ce film-là. C'était drôle. Je n'ai pas essayé de feindre l'émotion, j'ai dit "merci, c'était super". J'ai travaillé pour ça, je ne vais pas m'excuser. Mais je sais que c'est très ponctuel, ce n'est pas un passeport pour autre chose.
C'est possible de faire encore mieux, de faire plus? Qu'est-ce qu'on pourrait bien vous souhaiter de plus?
Rien! Que ça continue. Ca serait indécent de vouloir plus. C'est ça qui est incroyable: on veut toujours plus mais moi, non. Je veux garder ma liberté mais je ne veux pas plus. Vous vous rendez compte de tout ce que j'ai? Je suis très heureux.
Déborah Laurent
Le Journal du Cinéma, en collaboration avec 7sur7.be, est diffusé tous les mercredis sur Nostalgie à 8 h 30. Soyez au rendez-vous pour toutes les infos ciné à ne pas rater! Rejoignez notre page facebook: www.facebook.com/journalducinema
- Jean Dujardin magistral dans The Artist, un film muet en noir et blanc
- Jean Dujardin est fou d'Alexandra Lamy
Lire aussi


