Mélanie Laurent: "Les filles ne sont pas trop copines avec moi"

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Par: rédaction
7/12/11 - 12h41
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 Avec l'album, j'ai eu beaucoup le trac. Je ne me sentais pas tout à fait à ma place. La réalisation, je suis faite pour ça.  
Mélanie Laurent
Petits pas de danse avec Quentin Tarantino sur les marches de Cannes pour la présentation d'Inglourious Basterds © photo news.
En 2009, bien entourée...

Mélanie Laurent s'allume une cigarette au moment où on entre dans sa chambre d'hôtel. Elle sourit, nous dit qu'elle a arrêté de fumer ce matin-là. Elle parle doucement, presque à voix basse. C'est la fin de journée. On la sent fatiguée mais désireuse de parler de son premier film en tant que réalisatrice, Les adoptés. Le projet lui tient à coeur depuis longtemps, on sent toute l'importance que ce bébé cinématographique a à ses yeux.

Mélanie Laurent sera charmante, concentrée durant notre entretien. On la sent sûre d'elle, à sa place. Mais peut-être un peu méfiante: une certaine presse ne l'a pas épargnée quand son premier album est sorti plus tôt cette année. Elle tire sur sa clope et se lance...

Il paraît que vous n'avez pas voulu mettre beaucoup de vous dans ce film: vous avez une soeur à l'écran tandis qu'en réalité, vous avez un frère; vous avez un enfant à l'écran, pas en vrai. Il y avait une vraie volonté de se distancer de votre réalité? Plus encore après l'album, très proche de vous?
L'album est sorti avant le film mais je n'étais pas dans ces questionnements-là à ce moment-là. Le cinéma que j'avais envie de faire n'était pas un cinéma vérité. J'avais envie d'utiliser le champ des possibles du cinéma, de raconter une histoire, une fiction, de l'imaginaire, de filmer une certaine manière. Le film que je voulais faire ne demandait pas de se raconter, de dire des choses personnelles. J'ai toujours eu peur des histoires trop personnelles, j'ai toujours eu peur qu'on s'en lasse. Pour l'album, je ne voyais pas comment ne pas écrire des chansons pas personnelles pour le coup.  Je ne pouvais pas envisager ce projet si je ne mettais pas complètement de moi.

C'est un film de filles et vous dites souvent que vous êtes plutôt copine avec des garçons...

Les filles ne sont pas trop copines avec moi, ce n'est pas pareil.

Et vous expliquez ça comment?

J'ai arrêté d'essayer de comprendre. Mais en même temps, les copines filles que j'ai, ce sont des vraies copines. D'ailleurs je trouve que les filles entre elles, quand il n'y a pas le filtre de la jalousie, sont tout de suite dans des rapports de famille. On est vite soeurs. Avec les hommes, c'est pareil, quand on enlève le filtre de la séduction, on est dans un rapport fraternel. C'est très fort l'amitié. Le film parle aussi un peu de ça.

L'album vous tenait à coeur depuis longtemps. Ce film aussi. Les deux projets se sont enchaînés dans le calendrier. C'est une bonne chose? Vous avez le temps de profiter de tout ce qui vous arrive?

Pas toujours et peu l'année dernière. Trois films dans lesquels je jouais sont sortis à des dates auxquelles je ne m'attendais pas. Tout est sorti en même temps, il a fallu tout faire. Il y a eu aussi cette proposition de Cannes difficilement refusable mais c'était rajouter un gros coup de pression. Ce qui a été difficile, c'était de sortir de ce cocon, très fusionnel, très fort, très beau, très humain, très protégé avec mon équipe technique, mes acteurs, où personne ne m'appelait parce que tout le monde savait que je faisais mon film et retourner dans l'arène. C'était violent.

De l'extérieur, ça donne l'impression que vous avez envie de tout faire en même temps, que vous n'arrivez pas à dire non...

Je suis hyperactive, je ne m'en cache pas. J'ai besoin de faire beaucoup de choses. Après, je fais les choses par nécessité, par besoin. On ne fait pas les choses par caprice ou envie de tout faire. Je fais des choses très réfléchies. Ce film, c'est cinq ans de ma vie. L'album aussi. Là où je n'ai pas été intelligente, c'est que tout est sorti en même temps. Mais l'album, quand il a été terminé après de longues années de travail, je me suis dit que si je ne le sortais pas tout de suite, je ne le ferais jamais.

Parce que vous aviez peur?
Oui. J'ai toujours chanté, j'ai toujours fait de la musique, j'ai écrit des chansons il y a des années et j'avais envie d'en faire quelque chose. Et puis, j'ai rencontré Damien Rice et je trouvais tellement génial de travailler avec lui, j'ai appris énormément de choses. Mais ce n'est pas là où je suis le plus à l'aise, j'ai eu beaucoup le trac. Je ne me suis pas toujours sentie à ma place. La réalisation, c'est plus moi. Je suis faite pour ça.

Comment vous sentiez-vous sur le plateau de tournage? Dans la direction des acteurs?

C'était facile. On parle le même langage. On devient caméléon. On s'adapte aux manières de travailler de chacun. C'est beaucoup d'énergie à mettre au service de 80 techniciens qui posent une question par seconde et des acteurs qui demandent des choses différentes. Pour une hyperactive comme moi, c'est extraordinaire parce qu'on est dans l'activité tout le temps. C'est obsédant, ça fait peu dormir. Vu que je joue dedans, c'est un peu schizophrénique de passer devant et derrière la caméra. Après avoir vécu tout ça, on se retrouve dans une pièce, plongée dans le noir, avec une seule personne pour le montage. Il faut tout réécrire, beaucoup couper, faire des choix tout le temps. C'est un métier de choix.

Vous dormiez trois heures par nuit. C'est douloureux quand même...

Non. Géraldine Nakache m'avait dit: Tu vas voir, tu ne dormiras pas mais tu ne seras jamais fatiguée. Mais le corps fatigue. Quand on arrête, il y a un grand vide et on ne dort pas forcément mieux.

Jouer dans votre film, ça a été évident?
Non, pas du tout. C'était une histoire financière. Il fallait quelqu'un d'un peu connu. Mes financiers m'ont convaincue de le faire. J'ai beaucoup réfléchi avant de dire oui.

Ca a rajouté du stress?
Non parce que c'est le rôle que je connaissais le mieux, c'est celui qui avait été le plus travaillé inconsciemment. J'étais à l'intérieur des scènes avec les acteurs, je les emmenais où je voulais.

Il parait que vous vouliez offrir le rôle à Natalie Portman...

Oui. Je l'adore. Je crois que c'était une mauvaise idée: elle est Américaine, alors qu'il me fallait une Française. J'adore son jeu. Elle m'émeut. Je l'ai rencontrée à Cannes, on en avait parlé. Elle n'était pas contre mais je crois qu'elle n'a jamais reçu le scénario.

Maîtresse de cérémonie au Festival de Cannes, vous le referiez?

Pas l'année prochaine. J'adorerais être dans le jury, par contre.

Déborah Laurent

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