Déborah François: "Tous les hypermarchés français nous ont fermé leurs portes"

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Par: rédaction
14/12/11 - 14h52
© photo news.

Héroïne drôle et tendre des "Tribulations d'une Caissière", Déborah François raconte à 7sur7 son coup de coeur pour ce conte de Noël des supermarchés et le destin extraordinaire d'une femme ordinaire. L'actrice belge, qui réside toujours à Liège, a elle aussi vécu un véritable conte de fées après son rôle dans "L'Enfant" des frères Dardenne et son César du meilleur espoir féminin pour "Le premier jour du reste de ta vie".

Le métier de caissière, c'est un métier de l'ombre, tellement sous-représenté, alors qu'on en croise tous les jours.
Caissière, comme beaucoup, ça a été un de mes premiers petits boulots. Là on parle des caissières de supermarché, mais il y en a partout. C'est ce qu'on raconte un peu dans le film. Au fur et à mesure d'avoir l'habitude de voir des gens à une certaine place, ils font partie du magasin. Ce que les caissières comme Anna Sam racontent, c'est aussi que quand on arrive aux caisses, on a fait tout le magasin. Et toutes nos frustrations de consommation se déchargent sur la caissière un peu injustement, vu que c'est la seule personne qu'on croise.

Ce n'est pas la première fois que vous incarnez un personnage réel, vous ne ressentez pas plus de pression que pour une héroïne de fiction?
Non là j'ai eu la chance aussi que le film soit un peu différent de la vie d'Anna, même si c'est très inspiré de ce qu'elle a vécu. Mais c'est vrai qu'il y a un devoir de respect, de ne pas en faire non plus quelque chose de complètement surréaliste. Après le film prend des libertés, c'est un film de cinéma, il y a une part de rêve, une part de conte. C'est assumé, c'est la vision du réalisateur. Ce que j'aime dans le film c'est aussi qu'il y ait une part de conte de fées et à la fois ce recul sur des choses très concrètes. J'aime cette ironie-là.

Justement sur l'aspect conte de fées, il était nécessaire?
On ne peut pas proposer aux gens de passer une heure et demie dans un supermarché et de le filmer comme un documentaire, c'est pas possible, sinon ils vont faire leurs courses et ils verront bien. Donc oui il fallait ajouter du cinéma à cette histoire mais les ingrédients du conte de fées étaient déjà là, y avait qu'à les mettre en images.

Vous avez été confrontés à un refus des hypermarchés français de pouvoir tourner dans leurs locaux.
Oui, c'est pour ça qu'on a tourné en Belgique. Toutes les grandes enseignes nous ont fermé leurs portes. C'est interpellant surtout que le film prend du recul et n'est pas vraiment contestataire ou révolutionnaire. Si ce film avait été cynique, je n'imagine même pas les problèmes qu'on aurait pu avoir. Tout est bien qui finit bien vu qu'en Belgique ils ont eu beaucoup d'humour et de sympathie pour nous accueillir. Merci à eux. C'est bien d'avoir une piqûre de rappel, par rapport au livre d'Anna et son blog qui avaient fait beaucoup de remue-ménage à l'époque. On n'oublie pas.

Qu'est-ce que vous avez retenu de votre propre expérience de jeune caissière?

C'est un assez bon poste d'observation. Je comprends pourquoi cette fille a eu envie de raconter tout ça avec énormément d'humour. Il faut en rire pour ne pas en pleurer. On voit défiler toute l'humanité, toutes les couches de la société, les gens de tous les âges. Et puis c'est intéressant de voir ce que les gens mettent dans leur caddie aussi. Je crois que c'est très représentatif de ce qui se passe.

Vous aussi vous avez le sentiment d'avoir vécu un conte de fées?

Oui complètement, moi je m'étonne toujours d'être à la place où je suis et de faire ce que je fais parce que je n'aurais pas pu rêver mieux.

Et le César ça vous a ouvert beaucoup de portes?
Je n'ai pas eu l'impression que ça ait été un vrai tremblement de terre. Peut-être, il faudrait demander aux personnes qui m'engagent. C'était plus une reconnaissance du fait que j'étais vraiment accepté dans le cinéma français comme faisant partie du décor, quelque part. Ca n'a pas été un boosteur dingue.

Vous avez commencé par le cinéma d'auteur, pas toujours très accessible, vous avez envie de vous tourner vers le cinéma plus grand public?

C'est une volonté et en même temps j'avais déjà lu des choses plus légères ou grand public mais je crois que je n'avais pas encore trouvé ce qui me convenait à moi. J'avais vraiment envie d'avoir un coup de coeur sur un scénario et sur un personnage. Je ne me précipite pas. C'est pas parce que je vais recevoir quelque chose que j'ai jamais fait ou dans un style que j'aimerais faire que je vais sauter dessus. Parfois je suis un peu lente. Mais du coup je suis très contente de ce que je fais parce que ça veut dire que c'est le bon moment et le bon projet surtout.

Au début du film, Solweig dit que grandir c'est abandonner ses rêves d'enfant. Vous les avez réalisés?
Moi je vis mon rêve d'enfant, alors je suis peut-être mal placée pour parler de ça. On ne vit pas tous tous ses rêves d'enfant mais essayer d'en réaliser certains, c'est un beau message. C'est qu'Anna nous dit, elle a réussi à vivre ses rêves d'enfant au fur et à mesure sans abandonner. Pour continuer de rêver, elle a écrit. Je crois qu'on peut tous le faire à notre échelle. Après, ce ne sera pas forcément ce dont on a rêvé enfant mais ça peut s'en approcher. (CD)

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