Frédéric Beigbeder s'adoucit. 15 ans après la publication de L'amour dure trois ans, véritable coup de gueule contre l'amour, condensé de cynisme, petite merveille de désespoir (oui, le désespoir amoureux, sous la plume de l'écrivain, c'est beau), il propose la version cinéma revue et corrigée.
De la tendresse ajoutée au récit
Beigbeder, dont c'est le premier job de réalisateur, a ajouté
de la tendresse à son récit, une touche d'optimisme, un peu de ciel bleu dans sa déprime toute grise. Résultat, L'amour dure trois ans s'est transformé à l'écran en une petite comédie romantique, complètement assumée par son géniteur et emmenée par la lumineuse Louise Bourgoin et le un peu gauche Gaspard Proust.
Il est Marc Marronnier, écrivain et chroniqueur mondain, fraîchement divorcé, complètement déprimé, persuadé que l'amour ne sert à rien et est destiné à terminer en eau de boudin. Elle est Alice, celle qui va bouleverser ses théories bien établies.
La souffrance palpable de Marc Marronnier à l'écrit se transforme en gentil cache-cache sentimental avec Louise Bourgoin, ravissante Alice, à l'écran. Les aficionados du livre risquent donc d'être déçus s'ils se persuadent que ce qu'ils vont voir est fidèle à ce qu'ils ont lu. Mais pour la défense de Beigbeder, il n'a pas tenté d'adapter son bouquin.
Une adaptation mais surtout une nouvelle version
Le film est une version édulcorée, une suite au récit, une sorte de porte ouverte vers quelque chose de plus lumineux. Le regard de Beigbeder sur les relations amoureuses est un peu candide et finalement touchant: il sait qu'elles se terminent toutes un jour, souvent dans le drame et le partage des meubles, mais il veut y croire et saisir sa chance.
L'amour dure trois ans est une comédie légère, avec des seconds rôles sympathiques et branchés comme leur papa: Joey Starr qui casse complètement son image (on vous garde la petite surprise), Valérie Lemercier en éditrice à l'humour cinglant, Annie Duperey en mère castratrice. Les clins d'oeil perso sont drôles, de la guéguerre avec Marc Lévy au passage de Marc Marronnier sur le plateau du Grand Journal de Canal +.
Ceux qui arrivent vierges de toute lecture se régaleront de bonnes répliques. Les autres se feront à l'idée que L'amour dure trois ans ne provoque plus dépit et remise en question mais qu'il fait désormais sourire. C'est un peu déstabilisant, mais pourquoi pas?
Dé.L.


