Fan de la première heure des Muppets, Jason Segel s'est senti comme un enfant sur le plateau du tournage.
© ap.
Jason Segel n'a pas chômé ces dernières années. L'acteur, révélé dans "How I Met Your Mother", a enchaîné les projets et multiplié les casquettes. Dans "Les Muppets", celui qui interprète le rôle de Gary, un homme partagé entre l'amour qu'il porte à Amy et à la bande à Kermit, Segel est à la fois scénariste, acteur et producteur exécutif. Quoi de plus normal au final pour l'acteur, fan invétéré des personnages de Jim Henson qui n'a pas perdu son âme d'enfant. Rencontre.
Comment avez-vous convaincu les studios avec ce projet?
C'est toujours difficile de faire passer un projet. Pour celui-ci, il était important de préserver l'esprit des Muppets tel qu'on l'aime et tel qu'il était vers la fin des années 70, début 80. Je pense que les Muppets évoquent les meilleures facettes de nos personnalités. Ils transportent la rêverie, l'imagerie de notre enfance toute en refusant d'aborder le monde sans cette facette cynique qui les caractérise depuis presque 40 ans maintenant. Mais on s'est tout de suite trouvé avec Disney. Depuis l'acquisition de la franchise, Disney n'avait pas vraiment développé de projets. Au départ, nous devions travailler sur un autre projet. J'ai coupé court et leur ai dit: "Tout ça est parfait, mais moi, ce qui m'intéresse, ce sont les Muppets". Ils ont cru au départ à une plaisanterie, avant de s'emballer à la lecture du script. Et puis, j'avoue, je leur ai un peu forcé la main, en annonçant dans un talk-show mon envie de faire revivre les Muppets. Pourtant, rien n'était encore décidé. J'ai en quelque sorte joué une partie d'échecs. Heureusement, on était, avec les studios, sur la même longueur d'ondes.
Est-ce que Disney vous a contraint à attendrir certains personnages ou à changer certaines choses?
Non, je vous avoue que cela m'a positivement surpris; nous sommes restés relativement libres. Ils se sont montrés confiants, même sur certaines blagues, qui auraient pu leur sembler trop incisives ou tirées par les cheveux. On a dû cependant couper certains caméo, en raison de la longueur, mais vous les retrouver dans le blu-ray en fin d'année. Une bonne idée cadeau (rire).
Quels ont été vos rapports avec l'ancienne garde des Muppets. Frank Oz (l'ancien marionnettiste), resté en retrait, a émis certaines critiques à la lecture de votre scénario?
La première chose que nous souhaitions était de respecter ce patrimoine. Je comprends qu'il y ait pu y avoir une certaine nervosité à l'idée de nous voir nous lancer dans cette aventure, vu que nous sommes issus, avec Nicholas Stoller (co-scénariste), d'un autre style de comédie. Mais au final, je suis convaincu que ma dévotion et mon amour à l'égard des Muppets et de leur créateur (feu Jim Henson, ndlr) transpirent. J'ai en quelque sorte adressé une lettre d'amour à leurs auteurs originaux. Je regrette juste qu'il (Frank Oz, ndlr) n'ait pas vu le film avant de le critiquer, car je suis sûr qu'il a dû se sentir stupide en le découvrant.
Votre fanatisme à l'égard des Muppets a été le moteur de ce projet. Quelle a été, enfant, votre première expérience avec les Muppets?
En somme, j'étais trop jeune pour les suivre en direct à la télévision (Jason est né en 1980, nldr). Mais ma maman, comédienne, m'a repassé les Muppet Show et s'assurait que je les regardais. Elle m'a également montré leurs films. Je suis resté longtemps accro aux Muppets. Pour tout vous avouer, jusqu'à mes 20 ans, ma chambre était entièrement décorée de figurines ou de posters des Muppets. Je ne les ai enlevés que lorsque je me suis rendu compte que c'était l'une des raisons principales de mon célibat.
Walter, le nouveau Muppet, joue le rôle de votre frère. N'est-il pas, en quelque sorte, la projection de votre personne?
Si, tout à fait. La création du personnage de Walter fut l'une des premières idées du projet. Dès le début, je pensais à faire intervenir un nouveau personnage. S'il est lui-même un Muppet qui s'ignore, Walter est, comme moi, le plus grand fan des Muppets. Il n'apprécie pas les savoir sur le carreau et fait le maximum pour les mettre à nouveau sur le devant de la scène et les ériger à nouveau en stars. Au final, c'est ce que nous espérons tous avec ce film. Il est en quelque sorte le reflet des fans des Muppets.
Le film est émaillé de nombreuses chorégraphies. Aviez-vous déjà pratiqué ce type d'exercice?
Oui. J'ai le corps du parfait danseur (rire). Cela m'est venu de manière naturelle, c'est un exercice qui ne m'a pas posé de difficulté. Je crois que si je n'étais pas devenu acteur, je me serais probablement lancé dans une carrière de danseur (rire). Je danse tout le temps. Surtout, la lambada. Et à l'occasion de mon anniversaire, généralement, mes amis forment un cercle et me demandent de danser au milieu. Donc, cela ne m'a pas trop éprouvé.
Comment ont réagi les différents acteurs appelés à participer au caméo?
Ils étaient enchantés évidemment. Tous les comédiens d'aujourd'hui ont, à leur tour, vécu, enfants, une expérience avec les Muppets. Et certains sont venus avec leurs propres enfants sur le tournage. C'était vraiment sympa.
Quel personnage des Muppets appréciez-vous le plus?
Ma réponse ne va pas être très originale, mais il s'agit de Kermit, définitivement. J'adore Statler et Waldorf, mais Kermit a ce petit côté "monsieur tout le monde" que j'adore. J'étais comme un spectateur sur le tournage. Je me sentais comme un enfant.
L. Struys, correspondant à Hollywood.


