Bouchaib Moqadem et le Docteur Michel Schaar réclament le placement d'un message d'avertissement au début du film "A perdre la raison", indiquant qu'il s'agit d'une "pure fiction qui s'écarte très largement de la réalité et des prémisses des faits dont il entend librement s'inspirer", ont-ils déclaré vendredi lors d'une conférence de presse au cabinet de leur avocat, Me Alexis Ewbank.
Le Dr Schaar a vu le film du réalisateur belge Joachim Lafosse, librement inspiré de l'affaire Geneviève Lhermitte, tandis que les médecins déconseillent toujours à Bouchaib Moqadem d'en faire de même.
Les deux protagonistes masculins de l'affaire reprochent au réalisateur, avec lequel ils n'ont jamais eu de contacts, un mélange des genres entre réalité et fiction. "Il est impossible pour le spectateur, et il le sera encore davantage à l'avenir, de faire une distinction entre le vrai et le faux", souligne Me Ewbank. "Actuellement, le seul avertissement se trouve à la fin du générique, lorsque le spectateur a déjà quitté la salle ou qu'il a retiré le DVD de son lecteur."
L'avocat estime que le film présente une version des faits à charge de MM. Moqadem et Schaar, et que la thèse qu'il épouse, selon laquelle il y aurait des circonstances atténuantes qui expliqueraient les assassinats commis par Mme Lhermitte sur ses cinq enfants, pourrait s'avérer favorable pour la défense lors d'une future demande de libération conditionnelle. "Cette thèse a été rejetée par la cour d'assises qui a jugé les faits", rappelle Me Ewbank.
Si la demande de message d'avertissement avant le film n'est pas acceptée par le réalisateur, l'avocat saisira la justice pour faire interdire sa diffusion sur tout type de support. "Dans un premier temps, avant la sortie du film, la justice ne nous a pas permis d'obtenir le scénario, estimant qu'il était trop tôt. Si notre demande n'est pas rencontrée, nous tenterons de faire reconnaître les fautes du film, au premier rang desquelles l'abus du droit de liberté de création, devant un tribunal."
Un "deuxième assassinat"
Visiblement ému, Bouchaib Moqadem a comparé le film à un "deuxième assassinat de (ses) enfants". Il reproche au réalisateur d'avoir fait écho aux "délires de certains" et d'avoir "manipulé la vérité" par intérêt purement financier.
L'ex-mari de Geneviève Lhermitte soupçonne par ailleurs l'équipe du film d'avoir tenté de racheter sa maison pour y tourner des séquences. "J'ai résisté pendant cinq ans pour ne pas la vendre. Je voulais attendre que le film soit sorti pour être sur qu'elle ne soit pas utilisée pour le tournage."
M. Moqadem en veut également à la Fédération Wallonie-Bruxelles, à qui il reproche "d'avoir octroyé de l'argent public au réalisateur pour le film".
Bouchaib Moqadem, qui a quitté la conférence de presse en assénant qu'aucune modification ne l'aurait satisfait et qu'il n'y aurait pas dû y avoir de film, a précisé qu'aucun contact n'avait jamais eu lieu entre lui et l'équipe du film, et qu'aucune demande ou proposition de transaction financière n'avait été émise par l'une des parties.



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