Si j'avais un vrai flingue, je ferais gangster
Un film à sketches en noir et blanc, hésitant entre film d'auteur et comédie populaire, peut être un objet difficile à approcher. Celui de Samuel Benchetrit s'avère pourtant accrocheur.
"J'aurais voulu être un gangster" enchaîne les gueules d'antihéros fatigués à travers attitudes stylées, dialogues écrits et actions calculées.
Edouard Baer se fait voler la vedette par deux Belges hilarants en kidnappeurs en herbe: Serge Larivière et Bouli Lanners.
Savoureuse brochette d'anciens avec Jean Rochefort, Roger Dumas, Venantino Venantini, Jean-Pierre Kalfon et Laurent Terzieff.
Perdue dans le casting très masculin, la jolie Anna Mouglalis est pourtant promue pivot des volets du film.
Une affiche aguicheuse, un casting de pointures et valeurs sûres, une dose d'humour régulièrement absurde, un flingue qui ne fait pas "pan" et un réalisateur gavé d'idées. Il n'en faut pas plus pour livrer un film original, complètement en marge de la production française, avec ses défauts mais pourtant accrocheur. J'aurais voulu être un... gangster (air connu), il ne me manquait qu'une arme et un neurone.
Deuxième long métrage du polyvalent Samuel Benchetrit -après
Janis et John (avec feue Marie Trintignant, François Cluzet et Christophe Lambert)-,
J'ai toujours rêvé d'être un gangster s'intéresse aux larcins nécessaires pour goûter le pain quotidien, à la cupidité de petits escrocs mous du genou et aux actes manqués. Tourné entièrement en noir et blanc, ce film à sketches, hésitant entre film noir et comédie décalée -voire entre film d'auteur et comédie populaire-, enquille gueules d'antihéros fatigués à travers attitudes stylées, dialogues écrits et actions calculées.
Duo belge exemplaireTout commence avec un braqueur maladroit, désarmé, en manque de confiance et de crédibilité, incarné par Edouard Baer (
Le Bison de sa complice Isabelle Nanty, Otis dans l'
Astérix d'Alain Chabat), dont la tronche et la dégaine dépassent le verbe un peu plus qu'à l'habitude. S'il est l'acteur le plus en vogue présent au générique, le Parigot se fait pourtant voler la vedette par deux Belges parfaits et hilarants en kidnappeurs en herbe: Serge Larivière (le petit à lunettes de la Kriek Belle-Vue, précision réductrice mais efficace) et Bouli Lanners (l'entraîneur du fils de Poelvoorde dans
Les Convoyeurs attendent et le roi Samagas dans le dernier
Astérix, pour citer des rôles saillants d'une filmographie exemplaire). Par sa cocasserie, ses dialogues tordus et tordants, une larme de sensibilité et leur interprétation plus vraie que nature, leur chapitre ne pouvait que se démarquer.
Pression, thé ou café?Suit une joute oratoire attachante mais presque accessoire entre deux rockeurs old school dans leur propre rôle (le Français Alain Bashung dans le coin gauche, le Belge Arno dans le coin droit), pour un remake apparemment involontaire du
Coffee and Cigarettes de Jim Jarmusch. Après eux, Benchetrit aligne une dernière salve de gros calibres, encore plus anciens -la belle brochette Jean Rochefort, Jean-Pierre Kalfon, Laurent Terzieff, Venantino Venantini et Roger Dumas-, qui campent un gang de vieux braqueurs nostalgiques prêts à rempiler. Perdue dans ce casting masculin, la jolie Anna Mouglalis est pourtant promue pivot des volets, vu son rôle de serveuse dans la cafeteria en bord de route où se croisent les destins qui dérapent.
FantaisiesOutre le face à face à la Jarmusch, Benchetrit se permet quelques références et fantaisies stylistiques: un titre pompé à la phrase d'introduction des
Affranchis, un court épisode à la manière du muet (ouverture en iris, rythme des images, mélodie cliché au piano), du flash-back, ou encore du montage saccadé pendant l'engueulade Lanners-Larivière.
Agréable malgré un genre fermé et drôle malgré une trame névrosée,
J'ai toujours rêvé d'être un gangster n'est étonnamment programmé chez nous que dans trois salles (UGC Toison d'Or à Bruxelles, Imagix à Mons et Churchill à Liège). Et bien que certaines critiques l'aient descendu à coups de balles perforantes, Dieu sait s'il pourrait séduire un plus large public.
Sébastien Cools