Sous ce titre surprenant, on découvre l'histoire de Mauro (Michel Joelsas). Ce petit Brésilien de douze ans voit sa vie chamboulée à quelques semaines de la Coupe du Monde de 1970. Ses parents décident de partir "en vacances" dans l'urgence. En réalité, ces militants de gauche fuient la répression du régime militaire.
Ils décident de confier Mauro à son grand-père Motel, qui vit dans le quartier juif de Sao Paulo, durant leur absence. Mais celui-ci meurt peu avant son arrivée et Mauro se retrouve seul dans une ville où il ne connaît personne. Shlomo, le voisin de son grand-père, le prend sous son aile à contre coeur. Une cohabitation difficile entre ce vieux juif célibataire et ce jeune goy qui n'a rien conservé de ses origines juives.
Mauro se détourne de ce vieillard qui ne le comprend pas et tente de se débrouiller par lui-même dans cette nouvelle vie. Très vite, l'ensemble de la communauté se prend d'affection pour lui, Mauro passe d'appartement en appartement, se crée un groupe d'amis, s'intègre dans l'équipe de football du quartier. Pourtant Mauro continue d'espérer une seule chose... le retour de ses parents avant la Coupe du Monde.
Mais les semaines passent et la Coupe du Monde finit par arriver. Malgré l'ambiance festive qui l'entoure, Mauro se retrouve seul face à ses angoisses. Un contraste émouvant entre ce jeune garçon hésitant entre joie et tristesse et l'enthousiasme d'un pays face aux victoires successives de leur équipe nationale. Un parallèle discret aussi entre l'allégresse de cette population et les dérives militaires du gouvernement brésilien de l'époque. La légèreté d'un match de football face à la rudesse de la dictature.
Cao Hamburger parvient à nous emmener dans un Brésil loin des clichés, de la samba et du carnaval (qui nous rappelle le Central do Brasil de Walter Salles). Bien entendu, il reste le football. Mais l'histoire de Mauro lui donne toute sa valeur car dans toute équipe de foot, il y a toujours un homme seul, à part... le gardien. Comme Mauro. Comme les opposants à toute dictature.
Une histoire à la fois drôle, émouvante et bien menée vue à travers les yeux de ce jeune garçon: la solitude, l'angoisse de ne jamais revoir ses parents, l'envie pourtant de vivre comme un enfant de son âge, de s'enthousiasmer pour la Coupe du Monde, de découvrir ses premiers émois amoureux. Et quel garçon! Michel Joelsas est étonnant de spontanéité et de sincérité. Facile dès lors de le suivre dans son été de tous les dangers et de tous les questionnements, qu'on aime le football ou pas. Un petit délice à savourer dans les salles obscures.
L'année où mes parents sont partis en vacances, de Cao Hamburger.
Caroline Albert


