Dany Boon et sa femme, Yael Harris, pour qui il s'est converti au judaïsme.
Avec Arthur, son grand ami, dans Le Dîner de Cons.
"Je vais bien, tout va bien, je suis gai, tout me plaît", en écrivant cette phrase, Dany Boon ne pensait probablement pas qu'elle lui irait un jour comme un gant, fort de l'énorme succès rencontré par Bienvenue chez les Ch'tis. Un exploit qu'il ne faut pas aller chercher trop loin, selon lui: "Le film marche parce que c'est une comédie drôle. Les gens rient à une histoire simple, humaine, authentique".
Il ne se la joue pas Dany mais ne s'en cache pas non plus: son coeur fait Boon, il est heureux et fier. Fier d'être enfin reconnu par son public et par ses paires, lui qui n'a jamais reçu une seule récompense du monde professionnel. "A chaque fois que je vais aux Césars, je loue une moitié de smoking. Je sais que je n'aurai pas à me lever», ironise-t-il. Avant même sa sortie nationale, Bienvenue chez les Ch'tis fait un carton dans le Nord où il est projeté en avant-première. S'en suit un déferlement d'enthousiasme: 19 millions d'entrée en France, 1 million en Belgique, les chiffres de Bienvenue chez les Ch'tis ont de quoi faire tourner la tête du plus célèbre d'entre eux.
Dany Boon, héros d'un vrai conte de Ch'tis? Si l'on vous dit qu'il est d'origine modeste, qu'il a ramé avant de connaître le succès en tant qu'humoriste et qu'il s'est épanoui à grands coups de psychanalyse, on frôle le cliché. Pourtant, avec Bienvenue chez les Ch'tis, où l'on retrouve beaucoup de sa propre vie, Dany Boon a su rester fidèle à ce qu'il est. Un film qui devrait, selon son ami Arthur, permettre aux "Français d'aimer Dany Boon comme ils ont aimé Bourvil".
On le sait peu mais Dany Boon, né à Armentières dans le Nord, est aussi Algérien par son papa comme le laisse penser son véritable nom, Daniel Hamidou. Débarqué à Paris dans les années 1980, il patiente dix ans avant de connaître le succès avec l'aide de quelques parrains de renom: Sylvie Joly, Patrick Sébastien mais aussi et surtout Raymond Devos, son mentor avec qui il entretient une relation quasi-filiale. L'adaptation à la vie parisienne est difficile. "Lorsque je suis arrivé à Paris à 23 ans, j'ai eu un choc. Les gens étaient si froids", se souvient le Ch'ti. "On a une chance incroyable d'avoir cette simplicité et ce sens de l'autre. Je me suis rendu compte de cet humanisme en quittant ma région".
Peu à peu, à force de travail, il trouve son créneau, le one-man-show dans lequel il met en scène les mésaventures de Monsieur-tout-le-monde comme dans l'hilarant sketch du k-way ou celui de la file d'attente à la Poste. Invité très prisé à la télévision, mémorable François Pignon dans Le Dîner de Cons aux côtés d'Arthur, c'est naturellement que le cinéma lui fait de l'oeil. Après de premières apparitions dans Le Grand Blanc de Lambaréné (1994), Oui (1996) et Paroles d'hommes (1997), c'est Le Déménagement (1997) et Bimboland (1998), sur le tournage duquel il rencontre sa future femme Judith Godrèche, qui lui offrent ses premiers rôles consistants.
Mais le cinéma ne lui fait pas vraiment honneur et pendant cinq ans, il s'écarte volontairement des plateaux de tournage. Un mariage, un enfant, un divorce et un remariage avec Yael Harris plus tard, il renoue avec le cinéma dans Pédale dure, un fiasco. Pour ses dix ans de scène, Dany Bonn s'offre ensuite un spectacle en ch'ti, A s'baraque et en ch'ti, salué par la critique. Les prémisses du succès? En 2006, son rôle de soldat dans Joyeux Noël lui vaut une nomination aux Césars. La même année, il tourne La Doublure avec Gad Elmaleh sous la direction de Francis Veber.
Dany Boon passe ensuite derrière la caméra avec La Maison du Bonheur dans lequel il met en scène Michèle Laroque et Daniel Prévost. De son expérience avec le grand Veber, il garde une certaine sévérité lorsqu'il endosse la casquette de réalisateur. Et d'avouer: "Lorsque l'on a commencé le tournage de Bienvenue chez les Ch'tis dans le sud avec Kad Merad, il y a eu des tensions. C'était à cause de mon côté "vébérien": je veux que les comédiens connaissent leur texte sur le bout des ongles. (...) Je me fiche qu'ils ne respectent pas les dialogues à la lettre mais je veux qu'ils en soient imprégnés afin de vivre pleinement la situation qu'ils jouent. Pour incarner le directeur de la Poste, Dany Boon pensait d'abord à des amis, comme José Garcia. Mais le comédien sort d'un tournage très fatigant: "Il m'a demandé de ne même pas lui envoyer le scénario, il ne voulait rien regretter", confie Boon.
Désormais, à quarante-deux ans, le réalisateur au succès tardif peut se targuer d'être l'auteur de la comédie qui a supplanté La Grande Vadrouille. Un succès tardif pour Dany Boon qui dit avoir découvert le monde tardivement. Il se rend à la piscine pour la première fois à dix ans, franchit la porte d'un restaurant à dix-huit. "J'ai tout eu en décalé, alors j'ai tout apprécié plus que les autres", explique Dany Boon. Nul doute dès lors que l'acteur-réalisateur apprécie la gloire à sa juste mesure. "Je ne peux pas faire cinq mètres dans la rue sans être arrêté. Je croule sous les messages de remerciements d'exploitants de salle de cinéma qui ont vu la fréquentation décoller grâce à Bienvenue chez les Ch'tis. J'en suis très heureux mais ça se calmera", tempère le Ch'timi dont la fortune est pourtant évaluée à 3,5 millions d'euros en plus du cachet perçu pour le film. Bienvenue chez les Ch'tis est désormais à l'assaut du Titanic. Objectif: faire couler le plus gros blockbuster de tous les temps en dépassant ses 20 758 887 entrées en France. C'est comme si cétait fait, hein, biloute?
Viktoria Thirionet


