Traiter ses élèves de pétasses. Un professeur se doit d'éviter ce genre d'écart. En aucun cas, il ne peut déraper. C'est une question de respect. Voici entre autre l'un des thèmes abordés dans Entre les murs réalisé par Laurent Cantet, l'adaptation cinématographique du roman homonyme de François Bégaudeau.
L'effet papillon
En effet, traiter des élèves de pétasses s'avère un effet papillon. Ce phénomène a été mis en évidence par le météorologue Edward Lorenz. Il explique qu'un simple battement d'aile de papillon peut influencer les directions des vents et au final devenir la cause originelle d'un tsunami. Entre les murs est une métaphore qui illustre à merveille la découverte du météorologue. Un vent de paroles se transforme en tourbillon d'injures, les échanges verbaux s'amplifient et deviennent physiques. Dans ce tsunami incontrôlé, la bagarre entraîne un accident malheureux et le drame s'installe dans une classe ravagée, abattue par une vague impression d'impuissance face aux actes commis sous leurs yeux.
Le professeur peut perdre tout crédit, voire son emploi. L'élève peut subir un contrôle de discipline qui se solde par une expulsion définitive. A l'instar d'un mouvement d'aile, une insulte peut engendrer des situations lourdes de conséquences pour chacune des parties.
Une définition de l'école d'aujourd'hui
Même si Bégaudeau partage l'histoire fictive d'une classe précise dans son roman et qu'il n'avait pas la volonté de couvrir un tel sujet, son adaptation n'en demeura pas moins un film sur l'école. Entre les murs apparaît tel un documentaire fiction. Le long métrage définit le milieu scolaire contemporain en dénonçant ses lacunes. Bien que cette oeuvre soulève des interrogations laissées sans réponses, elle reflète la réalité quotidienne d'une classe de 4e année d'une école parisienne (soit 2e année du secondaire, en Belgique). Le film ne prétend rien de plus que de témoigner sur le rôle que chacun joue entre les murs de l'établissement. L'objectif n'est pas d'apporter des solutions mais de susciter le débat.
Beaucoup de compliments, quelques réserves
Certains se souviennent encore de l'adaptation d'Ecrire pour exister sortie en 2007 et réalisée par Richard LaGravenese avec Hilary Swank, oscarisée deux fois en tant que meilleur rôle féminin. A l'instar du long métrage américain de l'an dernier qui est quand même basé sur une biographie des années 1960, le spectateur retrouvera également dans Entre les murs un sujet similaire: une présentation du journal d'Anne Frank. Un sujet sensible, criant de vérité mais redondant.
Bref, une vague impression de déjà vu. Encore une fois, les élèves n'y échappent pas: ils lisent le journal d'Anne Frank afin de rédiger un autoportrait. Dans le même style, on se souvient aussi d'Esprits rebelles de John N Smith avec Michelle Pfeiffer ou du Sourire de Mona Lisa, réalisé par Mike Newell avec Julia Roberts. Dans ces films, il est plutôt question d'un professeur qui aide ses étudiants à échapper à un avenir incertain tandis que dans Entre les murs, François Marin (Bégaudeau), le professeur de français, ne sauve personne sinon lui-même.
Un concentré au goût nouveau
Les thèmes évoqués dans le docu-fiction, comme la dépression des professeurs, la crise d'adolescence, la victimisation de l'élève, le respect, le civisme, l'immigration et la liste n'est pas exhaustive, nous rappellent dans un tout autre registre les séries Boston public, Les années collège ou pire encore des sitcoms français comme Hélène et les garçons, Seconde B voire Plus belle la vie, qui ont également traité les mêmes sujets. Begaudau n'a évidemment rien inventé, certes, son film est un concentré de tout cela à la fois, mais à une période différente: la nôtre.
Entre les murs, n'est tout de même pas une version française d' Ecrire pour exister ou autre. L'oeuvre est originale. Par contre, elle intègre cette kyrielle de films et de séries qui parlent de la vie dans les écoles. Un film tout en nuance aux jeux de mots, enjeux des maux.
Mauro Di Loreto


