Patrick Bruel a pris beaucoup de plaisir sur le tournage du nouveau film de Danièle Thompson.
En apparence, à ce dîner, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. En apparence seulement.
Bruel joue Alain, un cancérologue, marié à Mélanie (Marina Foïs).
Deux ans après Fauteuils d'orchestre, Danièle Thompson réunit une belle nouvelle brochette d'acteurs français pour Le code a changé. Le pitch? Des amis se retrouvent à un dîner. A première vue, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Quoi de plus normal? En société, tout le monde respecte tacitement le même code: la dictature de l'apparence domine. Mais une fois la porte fermée et la maîtresse de maison ayant ôté son tablier, les masques tombent et ce n'est pas toujours joli à voir.
Autour de la table, un casting trois étoiles: Karin Viard, Dany Boon, Marina Foïs, Emmanuelle Seigner, Christopher Thompson, Marina Hands, Patrick Chesnais, Blanca Li, Laurent Stocker, Pierre Arditi et, last but not least, Patrick Bruel. C'est lui que nous avons eu la chance de rencontrer pour la sortie de ce film, en salles à partir de demain. Interview.
Vous avez d'emblée accepté ce rôle quand on vous l'a proposé?
Quand Danièle Thompson m'a téléphoné pour me dire: je vais t'envoyer un scénario, il y a un mot qui m'est venu, c'est: enfin! J'attendais ça depuis très longtemps. J'avais fait les essais de La Boum 2 déjà mais on m'avait préféré quelqu'un d'autre. J'étais très vexé. Ils avaient dit: on prend Pierre Cosso, parce que l'autre là, - moi donc -, il est très sympa mais il ne fait pas rêver les filles. J'ai eu beaucoup de rendez-vous ratés avec Danièle Thompson. Donc j'ai reçu le scénario, je me disais: de toute façon, c'est oui mais j'espère que le rôle est bien. Et j'ai trouvé que c'était un très beau personnage, qui s'insérait dans une belle histoire et dans un concept que je trouvais très intéressant. J'étais ravi de dire oui.
Vous êtes donc dans ce film Alain, cancérologue réputé, marié à Mélanie (Marina Foïs). Qu'est-ce qui vous a plu dans ce personnage?
Sa double, voire triple facette. Il est très volubile, haut en couleurs, très sympa, bon vivant, épicurien, il aime le bon vin, il est avec des copains et ils respectent les codes d'amis qui ont l'habitude de se voir. Et puis en même temps, c'est un type brisé de l'intérieur, parce qu'il se pose des questions sur la finalité de son rêve. Il se dit: j'ai décidé d'être médecin, de soigner les gens. Je ne savais pas qu'en fait, j'allais être aussi psychologue et que ça allait être un poids aussi difficile, aussi lourd à porter de dire aux gens qu'ils vont mourir.
Comment avez-vous préparé le rôle?
J'ai appelé un copain médecin. Je n'ai pas l'habitude de faire ça: m'immerger dans un hôtel pour jouer un groom, me crever les yeux pour jouer un aveugle... J'essaie généralement de trouver d'autres moyens, mais là j'ai demandé à mon copain de passer un petit moment avec lui. Il m'a ouvert les portes du service d'oncologie de la Salpetrière, pendant plusieurs jours. J'ai fait les visites avec lui et j'ai compris très vite la récurrence de cette relation psychologique. C'est lourd, c'est tuant. La scène que vous voyez dans le film, c'est cette porte que j'ouvre, puis que je referme. Ce que vous ne voyez pas dans le film, c'est que derrière, il va y en avoir une deuxième et une troisième... Puis ça va être la consultation privée, où je vais recevoir d'autres malades. Tout ces patients ont accepté que je sois là, dans un coin, en levant la tête quand la pudeur le permettait. C'était dingue, j'étais face à la réalité. En même temps, avec tout ça, il y a ce dîner et en même temps, il sent que sa femme lui échappe et il va devoir composer avec les trois situations. En tant qu'acteur, c'était jouissif.
Alain aime sa femme du début à la fin, même quand il sent qu'elle lui échappe...
Oui. Il l'aime fondamentalement. Mais que faire de toute façon? Vous êtes en voiture avec votre femme et elle vous dit: il faut qu'on se parle. Vous lui demandez: un peu ou beaucoup? Elle vous répond: beaucoup. Ou vous êtes très orgueilleux et très fier, vous garez la voiture et vous lui dites: bon quoi? et c'est fini. Si vous avez un tant soi peu de sixième sens, vous esquivez, vous sentez que ce n'est pas le moment. Lui, il dit: d'abord on va au dîner. Il repousse le truc. Mais pendant le dîner, il sent qu'elle est absente, qu'elle est déjà partie. La réaction dans ces cas-là est propre à chaque couple, ça dépend de la liberté qu'on prend ou qu'on donne à l'autre. Lui, il continue... et les événements vont faire qu'ils ne vont pas se parler ce soir-là. Dans le film, c'est le mec qui est le plus structuré, le mieux dans sa tête et dans son histoire en apparence. Mais à côté de ça, ça ne l'empêche pas d'être bien esquinté.
Dans ce dîner, le douzième invité, c'est le spectateur.
Oui, j'ai aimé ce dîner pour ça. Le spectateur arrive avec ce fantasme absolu qu'on a tous: il sait tout de tout le monde. Il sait ce que les gens autour de cette table pensent: il a tous le sous-texte, tout le filigrane. Vous voyez les gens se débattre, s'agiter mais vous, vous savez tout. C'est marrant.
Quel est le secret d'un dîner réussi pour vous?
Un dîner où il se passe quelque chose. Un dîner raté c'est celui où on est venu, on s'est pas dit grand-chose, on a mangé, on s'est souri, on est reparti. Ces dîners-là, je ne les laisse pas se passer, moi. Je lance un sujet à débat mais j'évite le Moyen-Orient en général parce qu'il y a toujours un mec qui lance une connerie.
Vous avez dit un jour que ce que vous avez vécu en tant que chanteur, vous aimeriez le vivre en tant qu'acteur?
J'ai eu la reconnaissance, je n'ai jamais eu une vraie mauvaise critique en tant qu'acteur. Maintenant, c'est sûr que coup sur coup, le Chabrol, le Miller, le Thompson... Et puis les rôles ont du poids. Peut-être que là, des choses vont se passer... Je pense beaucoup à la réalisation mais il faut du temps. Un film, il faut l'écrire, le réaliser, le monter, attendre, le sortir. C'est long. Je n'ai pas le temps. Mon agenda est plein jusqu'en 2012.
Avec un autre film?
Le prochain sera a priori celui d'un jeune metteur en scène, qui fait son premier long métrage. Mais je ne préfère pas en parler tant que ce n'est pas encore signé. Et puis, en musique, mes projets c'est revenir à Forest au mois de juin pour quasiment terminer cette tournée improbable. On est parti seuls avec une guitare, les salles de 800 places sont devenues le Forum de Liège et ses 2200 personnes... Le public est venu de plus en plus vite, les places se sont vendues de plus en plus vite. Le spectacle est dingue. Si vous n'avez rien à faire le samedi 6 juin, venez le voir. Et puis il y a un nouvel album aussi. Je suis en train de l'écrire. Il faut absolument qu'il sorte en septembre. Cette tournée m'a servi à ça aussi: j'ai beaucoup écrit.
Déborah Laurent
Retrouvez notre critique demain dans la rubrique cinéma.


