Gorillaz vous convie sur l'île virtuelle de "Plastic Beach"
Insatiable explorateur de la musique sous toutes ses formes, Damon Albarn réactive Gorillaz avec un concentré de collaborations éclectiques glanées autour du monde et invitées à se fondre dans le délirant univers virtuel de "Plastic Beach" (EMI), dans les bacs lundi.
Gorillaz est un projet atypique. Ses quatre membres - 2D, Murdoc, Noodle et Russel - sont des personnages de dessins animés, dont les aventures sont développées dans des clips vidéos, sur internet, mais aussi lors de concerts événements où le groupe apparaît en image de synthèse.
Adoré dans les cours d'école et adulé par les critiques musicaux, le groupe virtuel connaît un succès planétaire. Ses deux albums "Gorillaz" (2001) et "Demon Days" (2005) et les DVD qui en sont issus, se sont vendus à 12 millions d'exemplaires dans le monde.
Tandem anglaisDerrière Gorillaz se cache un tandem anglais. Le dessinateur Jamie Hewlett, créateur du "comics" culte "Tank Girl" et Damon Albarn. Chanteur de Blur, un des groupes phare de la brit-pop, Albarn s'est imposé en quelques années comme un des musiciens les plus doués et aventureux de sa génération.
Avide d'expériences, amateur éclairé de musique sous toutes ses formes, il a publié un disque de musique malienne, produit Amadou et Mariam, réuni l'ancien bassiste des Clash, Paul Simonon, et Tony Allen pour "The Good, The Bad and The Queen", un album rock en forme d'ode à Londres. Il a aussi composé la musique d'un opéra adapté d'un classique de la littérature chinoise "Monkey, journey to the west".
Lou Reed, Snoop Dog, De La Soul..."Platic Beach" est le reflet de cette boulimie de musique. Il affiche une impressionnante liste de collaborateurs : Lou Reed, le chanteur de The Fall Mark E. Smith, les rappeurs Snoop Dog, Mos Def et De La Soul, Bobby Womack, Paul Simonon et Mick Jones des Clash, mais aussi le National Orchestra of Arabic Music, et Hypnotic Brass Ensemble, un nonette jazz hip-hop basé à Chicago.
L'album, qui s'ouvre par un morceau orchestral très cinématographique, mélange rap, dub, électro, musique orientale, pop... le tout dans une tonalité nonchalante, portée par la voix mélancolique et cotonneuse d'Albarn. Si l'album compte moins de tubes évidents que ces prédécesseurs, certains morceaux accrochent rapidement l'oreille : le single "Stylo" qui allie le rap de Mos def et le funk de Bobby Womack, le groovy "Superfast Jellyfish" qui réveille le meilleur de De La Soul, ou l'étonnant "Some Kind of Nature" avec un Lou Reed à contre-emploi.
Toujours dans l'ombreComme pour les deux précédents albums, Hewlett et Albarn, passés maîtres dans l'art du marketing, prennent un malin plaisir à rester dans l'ombre, tirant les ficelles d'un univers qu'ils ont peaufiné dans les moindres détails. Les journalistes ont reçu une délirante biographie de Murdoc, retraçant les pérégrinations du musicien débauché depuis "Demon Days".
On y apprend que Murdoc a confié son argent à Bernard Madoff, trempé dans le trafic d'armes, a été poursuivi par des pirates baptisés "The Black Clouds". Il s'est finalement réfugié sur le point le plus éloigné de toute côte connue de l'homme : l'île de Plastic Beach. Un énorme amoncellement de détritus et de vestiges de l'humanité, qui fait écho aux thèmes évoqués dans l'album.
Récemment, Murdoc a "piraté" des webradios influentes, comme celle du magazine NME, la bible du rock britannique, pour présenter en avant-première quelques morceaux de l'album. Et les fans du groupe ont pu découvrir peu à peu l'île sur www.gorillaz.com, le magnifique site du groupe, qui comprend vidéos, jeux interactifs... (afp)