Chanson que personne n'écoute, voila le titre du premier morceau de Chansons ordinaires, le dernier album de Christophe Miossec. Mais parce qu'on est de ceux qui aiment prendre les choses à contre-pied, justement, on tend l'oreille. Et on découvre très vite que Miossec n'a pas perdu son merveilleux sens de la formule. Qui d'autre que lui chante mieux l'amour déçu, qui dépeint mieux les tourments des sentiments?
Dans cet album aux chansons à fonction (Chanson qui laisse des traces, Chanson sympa, Chanson protestataire, Chanson du bon vieux temps...), Miossec nous parle d'amour, de faits divers et d'amitié sur fond de musique rock. Mais n'allez pas lui dire qu'il fait du rock français, c'est un terme qu'il déteste. "A part Noir Désir, qui a fait du bon rock français?", s'interroge-t-il. "Johnny, peut-être, c'est du rock tout court, lui..."
C'est autour d'une bière sans alcool, à la terrasse du Roi des Belges, en plein centre de Bruxelles, tandis qu'un petit rayon de soleil de fin d'été pointait son nez, que nous avons discuté musique avec le Breton qui sait comment nous remuer les tripes.
Vous avez déclaré que parfois, vous ne comprenez pas où vous voulez en venir quand vous commencez à écrire vos chansons. Pour ce disque-ci, c'était plus clair?
Non. La chanson, c'est une forme d'écriture très brève. Il faut que ça s'écrive assez vite. Une fois qu'on a entamé la première et la deuxième phrase, on ne maîtrise pas forcément celles qui suivent. C'est la vitesse qui entraîne le mouvement en quelque sorte. C'est tellement réduit comme forme d'écriture que c'est de l'impulsion. Donc parfois, ce n'est pas très clair tout de suite.
Il paraît que quand vous commencez à travailler sur un disque, vous avez envie de repartir à zéro. En quoi la manière de travailler ici a-t-elle été différente de l'album sorti en 2009?
C'est l'exact contraire de ce que j'ai fait avec Yann Thiersen sur Finistériens. Avec lui, c'était un travail de studio. Ce n'est pas du tout mon truc. La, c'était que du live en permanence, que de la vie en permanence. Pas de bandes qui passent et qui repassent. Quand tu te retrouves avec trois mecs que tu ne connais pas du tout, ta première réaction, c'est de rentrer dedans. Du coup, j'ai ressenti une bouffée d'adolescence, une bouffée de jeunesse. C'était une sorte de madeleine. Tu t'amuses à faire du bruit.
Le temps qui passe est un thème récurrent dans vos chansons. Ici encore, vous l'évoquez dans la Chanson qui laisse des traces. C'est parce que ça vous fait peur?
Non. Ce n'est pas de la peur. C'est la base de toute chose. On a un temps donné. C'est un sujet qui me travaille mais ce n'est pas du tout flippant. C'est juste un constat. Ma grand-mère me disait tout le temps à quel point le temps passe vite. Mais il y a des périodes de temps qui sont très longues. Les périodes malheureuses, l'adolescence, ça passe lentement. Par contre, entre 30 et 40 ans, c'est autre chose.
Dans Chanson d'un fait-divers, vous parlez de ces gens qu'on dit ordinaires qui se retrouvent à la une des journaux pour un coup de folie...
J'ai vécu en Belgique. Au café, j'aimais bien la DH tandis qu'à la maison, j'étais abonné au Soir. J'adore les faits divers. C'est pareil en France : je suis abonné à Libé mais j'achète Le Parisien quand il y a un gros fait divers. Ce qui m'intéresse, c'est le moment où ça bascule. Le mot "ordinaire" revient très souvent dans les faits divers. On dit que c'est une famille "normale" et puis il y a le mari qui sort le fusil. Ca m'a toujours fait marrer. Ces vies soi-disant normales... Par rapport à quoi? C'est quoi la norme?
Dans la Chanson sympa, vous dites: "Avoir un bon copain, c'est ce qu'il y a de plus chouette au monde". Chez vous, les amours sont souvent déçus mais l'amitié est plus solide?
(Il réfléchit) L'amitié n'est pas une préoccupation première. S'encombrer d'amis, c'est insupportable. J'ai connu des périodes comme ça, avec plein de gens. Il y a toujours de la merde qui sort à un moment ou un autre, il y a toujours quelque chose qui déconne. Partir à douze dans une grande maison en vacances, c'est hors de question pour moi : jamais de la vie. J'ai plein de potes, de copains, ça j'aime bien. Mais l'ami, c'est la personne qui fait partie de l'intime, c'est beaucoup plus dangereux. (Il rigole.)
Déborah Laurent
Miossec sera en concert le 8 octobre prochain au Botanique à Bruxelles.


