Le hip-hop de moins en moins homophobe
Kanye West
Le monde du hip-hop serait-il en train de changer? Après quelques déboires juridiques, il semblerait que les artistes du milieu aient enfin décidé d'adapter leur discours aux normes de la société actuelle.
Flavor Flav (Public Enemy)
© ap
50 Cent
© getty
Kanye West
© ap
Jusqu'il y a peu, les rappeurs d'ici ou d'ailleurs ne se cachaient pas pour revendiquer haut et fort leur opinion tranchée sur la question de l'homosexualité. Des "explicit lyrics" par milliers, suffisamment pour constituer une retrospective de la honte et de la haine.
De Public Enemy à Eminem en passant par Sexion d'Assaut, 50Cent, Ice Cube ou encore Rohff, plus près de nos frontières, le hip-hop a multiplié les rimes pauvres aux motivations douteuses dans le respect d'une longue tradition inaugurée par leurs prédécesseurs. Le champ lexical du "pd" en gros. Pendant longtemps, cette habitude a persisté avec l'assentiment tacite d'une société presque complice de la discrimination quotidienne.
Paradoxalement, les rumeurs ont toujours circulé sur l'homosexualité avérée de certains figures de proue du milieu mais personne, à l'image des footballeurs, n'a jamais osé franchir le Rubicon.
A observer les efforts de certains, il semblerait que les "mauvais garçons" aient décidé de se racheter une réputation politiquement correcte. Ainsi, Lil'B a intitulé son dernier album de l'été 2011 "I'm Gay". Si l'on peut y décéler une approche non dénuée d'intérêts économiques et souligner l'importance donnée au sous-titre "(I'm happy)" pour éviter l'interprétation erronée ("gay" signifie à la fois "homosexuel" ou, plus simplement "gai", en anglais démodé), on peut toutefois apprécier le changement de trajectoire opéré.
Récemment, l'incontournable et respecté Kanye West, dont l'un des cousins serait gay, y est allé de sa contribution: "Le monde du hip-hop s'en prend toujours à la communauté gay. J'ai un message à adresser à mes collègues et amis: ça suffit maintenant".
Le monde change. En apparence, du moins. (afo)