Si je vous dis: C'est quand le bonheur?, Elle m'a dit... ou depuis peu, Comme j'étais en vie, je suis certaine que vous commencez à fredonner. Ces petits airs entraînants qui trottent dans la tête sont l'oeuvre du chanteur-auteur-compositeur Cali, de son vrai nom Bruno Caliciuri. Après L'Amour parfait (août 2003) et Menteur (octobre 2005), le chanteur français nous emmène à nouveau dans ses combats, parfois poétiques, parfois politiques, mais toujours remplis d'Espoir, puisque c'est le nom de son troisième album.
Car l'autodidacte Cali est un mélodiste engagé: il part en guerre contre les voleurs, les imposteurs, les assassins de joie. L'inspiration de ce nouvel opus lui est venue lors d'un concert de l'"Avis de K.-O. social" initié par le groupe Les Têtes Raides. L'enthousiasme des jeunes spectateurs lui a inspiré la chanson L'Espoir, il confiait d'ailleurs à RFI: "Je suis toujours émerveillé quand je vois des jeunes de seize ou dix-huit ans sortir dans la rue et hurler - le futur vient d'eux. Notre génération est peut-être un peu résignée. Les jeunes qui arrivent n'ont pas vécu nos déceptions, ils ont la rage au coeur et le poing levé, l'éternité dans les yeux".
Dans cinq ans...
Un espoir mis à mal par la victoire de Nicolas Sarkozy (Cali avait clairement affiché son soutien à Ségolène Royale pendant la campagne présidentielle) mais pas de résignation: "On en a pour cinq ans maximum et puis on le met dehors". Une déception énorme qui l'a poussé à se révolter en musique, notamment sur Résistance, écrite le soir des élections présidentielles: Nous partions têtes basses digérer notre nuit, vomir notre dégoût (...) Et déjà de partout bien rangés courraient les policiers, leur petit chef debout au balcon de la honte (...) Il pouvait maintenant à sa guise égorger la liberté, la mainmise sur tout, le grand marionnettiste des journaux des télés.
Au coeur
Cali a donc oublié ses projets sabbatiques pour s'attaquer à une bataille de coeur. Cette fois-ci, il est resté au pays, dans le sud (entre Carpentras et Perpignan) et s'est entouré d'amis proches dont le leader de Dionysos, Mathias Malzieu, qui a mis la main à la production de l'album aux côtés de Scott Colburn (Arcade Fire, Animal Collective...).
Ce duo de producteurs a apporté deux touches radicalement différentes à l'album, dans une bataille entre l'esprit rock et le style latin: les guitares rappellent Arcade Fire sur Résistance et 1000 Coeurs, les cuivres réveillent des accents flamenco sur L'espoir ou Je suis laid et les cordes éveillent la nostalgie de Brel sur les Beaux jours approchent. Il s'essaye même aux sonorités hip-hop sur Je ne te reconnais plus, un duo piquant en compagnie d'Olivia Ruiz.
Un père
Autre combat, autre inspiration. Cali se bat aussi pour le Droit des pères, une lutte qu'il a expérimentée dans la douleur: "Je tiens à cette chanson, comme Le Vrai Père à la fin de Menteur. Je soutiens une association qui s'appelle Les Papas = les Mamans (www.lplm.info), qui affirme que si on sépare un enfant de son père ou de sa mère, on casse son équilibre et qu'il ne peut pas être heureux. Il y a tous les jours des parents qui continuent à vivre le chagrin énorme de cette histoire. Cette chanson est une chanson d'espoir, pour leur dire qu'ils ne sont pas seuls".
Outre ces chansons engagées, le chanteur à la voix rocailleuse n'a pas oublié pour autant ses anciennes amours et ses vieilles mélancolies (Comme j'étais en vie, Sophie Calle n°108, Amoureuse). Il a même écrit, contre toute attente, une chanson inspirée par l'échangisme, Paola. Depuis, le chanteur a appris que notre reine s'appelait Paola et a décidé de prétendre que cette chanson est la suite du célèbre Tombe la neige d'Adamo. De là à savoir si le clin d'oeil plaira aux protagonistes...
L'art de la lettre
Avec ce troisième album, Cali continue avec force à creuser le sillon musical qui a assuré son succès: chansons à textes, poésie du quotidien, et mal de vivre. Pourtant, il plane sur l'Espoir un vent de nouveauté: de nouvelles sonorités et une plume encore plus acérée promettent aux fans une échappatoire à la lassitude qui survient souvent lorsque les artistes se répètent. Cali s'affirme comme un grand de la chanson française, et ses prestations sur scène s'avéreront certainement encore ébouriffantes.
Cali sera en concert le 26 mars à l'Ancienne Belgique et le 3 mai à Forest National.
Caroline ALBERT


