L'embargo dEUS rompu au nom de la liberté de la presse
"Au nom de la liberté de la presse", le journal
Le Soir a choisi de publier ce samedi une interview de Tom Barman, leader du groupe de rock belge dEUS, trois jours avant la date fixée par écrit avec la maison de disques Universal sous peine d'amende.
Amende de 25.000 eurosPour un entretien avec Tom Barman, dont le groupe sort un nouvel album intitulé
Vantage Point, Universal Music Belgique avait imposé au journaliste Thierry Coljon la signature d'un contrat fixant un embargo, assorti d'une amende de 25.000 euros en cas de publication prématurée, a expliqué le journal. Après réflexion,
Le Soir a refusé de se plier à cette "première" en Belgique, consistant à menacer un média d'une pénalité financière pour non respect d'un embargo de publication dans le secteur de la production musicale.
Forcer le débatDans un éditorial, la rédactrice en chef Béatrice Delvaux a expliqué que
Le Soir a pris cette décision pour défendre la liberté de la presse, "prenant le risque d'une procédure judiciaire (...) pour forcer la réflexion et le débat dans un univers culturel, musique ou cinéma, qui enferme de plus en plus des journalistes soumis à une pression insupportable".
Maison de disques critiquéeLe directeur marketing d'Universal Belgique, Niels Derckx, a justifié cette pratique inédite par le fait qu'un embargo pour la sortie du précédent disque de dEUS, il y a trois ans, n'avait pas été respecté. "Cette fois-ci, nous n'avons pas voulu prendre de risques", a-t-il expliqué au
Soir. Citée également par
Le Soir, l'Association des journalistes professionnels de Belgique (AGJPB) a dénoncé les "conditions insupportables" posées par la maison de disques.
Pratique logiqueDans un entretien séparé, Filip Vanes, manager entre autres de la chanteuse Axelle Red, estime au contraire "que l'artiste ne peut pas rencontrer toute la presse en un jour, et donc il faut imposer des embargos afin de rassembler les articles dans une même période qui coïncide avec la sortie du disque".
Clause problématiqueSelon l'avocat renommé Alain Berenboom, spécialiste des droits d'auteur interrogé par
Le Soir, "ce n'est pas l'embargo qui pose problème mais bien sa formulation écrite et surtout la clause glissée par Universal". (afp/7sur7)