Parmi les grands retours de 2007, Rage Against The Machine a soulevé un enthousiasme tout aussi intense que les dinosaures.
RATM s'est imposé pour ses textes enflammés, scandés par Zack de la Rocha d'une façon proche du hip-hop.
Retrouvant leurs anciens héros disparus, les spectateurs du Sportpaleis ont sué dans une ambiance torride.
Parmi les slogans subversifs notoires, le fameux "Fuck you I won't do what you tell me", a été repris en choeur par quelque 15.000 personnes en guise de final.
L'orage qui sévissait sur Anvers depuis quelques heures s'est calmé, mais l'électricité est restée dans l'air, complétant l'excitation ambiante. Huit ans que Zack de la Rocha a quitté Rage Against The Machine, on pensait ne plus jamais revoir le fameux quatuor de Los Angeles dans le même état. La foudre s'est pourtant abattue lundi soir sur les planches du Sportpaleis d'Anvers, comme à la belle époque.
Parmi les grands come-back de 2007, RATM a soulevé un enthousiasme peut-être plus discret mais tout aussi intense que les dinosaures. Les pogos de jeunesse n'ont en effet pris tout leur sens que sur la musique explosive du groupe fusion, terroriste musical américain engagé à gauche. Pour la première étape belge du combo depuis son retour aux affaires, les alentours du Sportpaleis avaient pris des allures de pèlerinage pour rescapés des nineties, regroupant principalement des jeunes trentenaires nostalgiques et peu de nouvelles recrues dans les rangs de la guérilla.
Textes enflammés, musiciens ravagés
Révélé par un premier album éponyme en 1992, Rage Against The Machine s'est imposé pour ses textes enflammés, scandés par de la Rocha d'une façon proche du hip-hop, soutenu par un guitar hero novateur tantôt corrosif, tantôt bruitiste (Tom Morello), et une paire rythmique basse-batterie souvent ravageuse (Tim Commerford et Brad Wilk). L'aventure authentique a pris fin en 2000, après quatre opus, mais a connu un prolongement avec Audioslave, formé par les trois musiciens rassemblés autour du chanteur Chris Cornell, ancienne figure de proue du groupe Soundgarden. Parallèlement, Morello s'est aussi illustré de son côté, dans un registre débranché, sous le pseudo The Nightwatchman.
Double ouverture
La fameuse étoile rouge sur un drapeau géant en arrière-plan, Rage succédait sur la scène anversoise au slameur américain Saul Williams et au chanteur Serj Tankian, échappé de la formation System of a Down. Vingt-deux heures passées de quelques minutes, ovation d'entrée pour la prise de contact. Retrouvant leurs anciens héros disparus, les spectateurs du Sportpaleis, t-shirts du Che de rigueur, ont sué dans une ambiance torride, poings levés et gosiers grands ouverts pour reprendre les slogans subversifs les plus notoires.
Foule hystérique
Testify met immédiatement le feu aux poudres. La fosse est traversée par des mouvements de foule hystérique, voire surmontée de crowdsurfers. Le groupe enchaîne avec Bulls On Parade et People Of The Sun, histoire de faire comprendre que la soirée va être éprouvante à tous points de vue.
Sensations fortes
Sueur, relents d'émeute bon enfant, vapeurs de bière, dégâts collatéraux de pogos furieux, sourires échangés en hurlant les paroles apprises par coeur sur les bancs de l'école, les sensations fortes sont au rendez-vous. Qu'importe si la sonorisation n'a pas répondu en permanence aux attentes, et tant pis pour les quelques dérapages dans la synchronisation.
Grosses cartouches
Après plus d'une heure quart de musique, un moment de répit, très vite interrompu par les hurlements d'un public pas rassasié, et qui sait que le meilleur -et donc le plus dur- est à venir. Historiquement, Rage a toujours laissé pour la fin ses plus gros tubes, et le groupe n'a pas dérogé à la règle.
Livrés en guise de rappels, Freedom et Killing In The Name viennent clôturer une renaissance -attendue et crainte- d'un quatuor qui a bercé l'adolescence de toute une génération. Un "Fuck you I won't do what you tell me", repris en choeur par quelque 15.000 personnes, résonne dans les gradins. Après une salve d'applaudissements révélateurs, le combo quitte les planches et met fin au rêve éveillé.
Sébastien Cools - Thomas Halter
Les déçus sans ticket et les acharnés en quête d'une décharge supplémentaire noteront que la tournée de RATM connaîtra une étape française cet été au festival Rock en Seine, à Paris, le 20 août.


