Les mélodies démolies de l'apache dégarni

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Par: rédaction
25/09/08 - 12h33
Déjà à l'affiche du Dour Festival cet été, Jeronimo présentera son nouvel album "Mélodies Démolies" ce vendredi, dans le cadre de la 7e Nuit du Soir.
"On ne pensait pas trop qu'on était en train d'enregistrer un album, on était plutôt comme des enfants dans un magasin de jouets", se souvient Jérôme Mardaga.
Depuis que son projet personnel avait été mis entre parenthèses, le guitariste s'est entre-temps illustré au sein du groupe Saint-André.
"Ca me tenait à coeur de m'inscrire dans un épisode de la Belgique, de tirer le portrait de mon pays avec ses trois Régions. Ca me tourmente toujours", commente Jérôme à propos de son morceau "Le nord, le sud et le grand mur".
Le choix de la pochette s'est porté sur une photo de Françoise Sagan à la mer, pour l'image d'insouciance mais aussi comme un clin d'oeil à une grande tante qu'on rêverait d'avoir.
Changement de line-up: Jeronimo, anciennement trio, est devenu quatuor pour répondre à une envie d'un son plus souple et plus vivant.

Le groupe belge Jeronimo, emmené par le chanteur et guitariste Jérôme Mardaga, revient sur le devant de la scène en publiant ce vendredi un nouvel album intitulé Mélodies Démolies, déjà annoncé sur les ondes depuis quelques semaines par le premier single L'argent c'est bien. Avec ce troisième opus, Jérôme et les siens retrouvent avec succès l'univers décalé et les textes aigres-doux qui avaient permis d'imposer le nom de l'apache dégarni dans la sphère pop-rock francophone.

"Comme des enfants dans un magasin de jouets"
L'album Mélodies Démolies a été enregistré en trois semaines, à la Fabbrica di Plastica, près de Vérone, en Italie. Le mixage a ensuite été réalisé par Rudy Coclet au studio Rising Sun, à Bruxelles. Armés de beaucoup de vieux matériel, les musiciens se sont lancés dans les sessions sans planning et sans stratégie, dans un climat de liberté. Le disque a été élaboré par essais, délires et accidents, en contrepied de la méthode rigoureuse de 12h33, son prédécesseur. "On ne pensait pas trop qu'on était en train d'enregistrer un album, parce qu'on se trouvait très loin de la maison de disques, des idées de production et de marketing, on était plutôt comme des enfants dans un magasin de jouets", se souvient Jérôme, enchaînant les anecdotes à propos des expérimentations, le sourire aux lèvres.

Aventures parallèles
Au point de vue écriture, les textes de Mélodies Démolies restent caractérisés par leur spontanéité et agrémentés d'un zeste d'humour. Ils apparaissent peut-être comme plus distancés que ceux de 12h33. Au-delà des éléments de sa vie, Jérôme indique trouver l'inspiration dans ses lectures, ses voyages et les tournées, les siennes et celles des autres. Car depuis que son projet personnel avait été mis entre parenthèses, le guitariste s'est entre-temps illustré avec Mark Gardener et au sein du groupe Saint-André, dans des aventures parallèles propices à un partage artistique.

Le nord, le sud et le grand mur
Parmi les nouveaux morceaux, deux couplets engagés feront sans doute parler d'eux plus que d'autres. "La télé s'allume par erreur et sonnent les tambours militaires du Journal de 20 Heures. De nombreux drapeaux tricolores dégoulinent des fenêtres, pendant qu'à la capitale se déchirent satires et chimères. Des journalistes courent dans tous les sens et moi, je m'en balance, je n'ai plus confiance. Les garanties et les promesses restent coincées dans les gorges. Les cravates sont trop serrées, le palais commence à transpirer. De sombres crétins crachent et s'époumonent et moi, pour être franc, je m'en tamponne. Il se chuchote qu'un raz-de-marée viendra, que le gouvernement courbera le dos, faisant taire l'assourdissant murmure du nord, du sud et du grand mur". Voilà la crise politique dans laquelle la Belgique s'embourbe résumée en quelques vers criants de vérité.

L'actualité comme décor
"J'aime évoquer ce qui se passe dans mon environnement immédiat", confie Jérôme. "Pour moi, ce morceau est une façon de montrer que je me sens concerné par ce qui se passe, que ça me touche", ajoute le chanteur. "Je trouve que depuis un an - un an et demi, toute la situation était un peu comme une main tendue pour écrire une chanson. Il y avait énormément d'éléments: le canular télévisé de la RTBF, les drapeaux aux fenêtres, les invectives des politiques qui se déchirent, ... Ils ont construit la chanson eux-mêmes", s'amuse l'artiste. "La situation crée le décor de la chanson. Après ça, il reste à placer un personnage et un point de vue, mais tout le décor est là, c'est l'actualité qui le fournit", explique le musicien. "Je ne suis pas aussi désabusé et détaché que le personnage ne l'est dans la chanson, mais ça part quand même de quelque chose que je ressens par rapport à tout ça. Peut-être que dans un an ou deux, je me dirai "c'était racoleur, c'était poujadiste ou ce n'était peut-être pas le bon moment", mais je ne crois pas. Nous, c'est une de nos chansons préférées sur le disque. Ca me tenait à coeur de m'inscrire dans un épisode de la Belgique, de tirer le portrait de mon pays avec ses trois Régions. Ca me tourmentait et ça me tourmente toujours", commente Jérôme.

Femmes fatales

Jérôme signe encore une autre carte postale de sa belgitude, en consacrant aussi une plage à Ostende et son E40. Pour le reste, on retrouve plusieurs thèmes récurrents de l'artiste, à savoir femmes fatales (Tout sera comme avant), amours bancales (Heidi), société de consommation (L'argent c'est bien), rêverie (Fille infinie) et désillusions (Maman si tu savais).

Sagan et Prévert
Pour la première fois, la pochette du disque n'est pas un simple portrait du chanteur. Le choix s'est porté sur une photo de Françoise Sagan à la mer, pour l'image d'insouciance mais aussi comme un clin d'oeil à une grande tante qu'on aimerait bien avoir, une figure emblématique, marquante pour sa plume et son attitude. Le titre Mélodies Démolies vient quant à lui d'un poème de Prévert, un autre auteur fétiche de Jérôme, faisant quelque part allusion à la méthode de travail, au-delà de la belle anagramme.

Enfin, côté scène, Jeronimo, anciennement trio, est désormais devenu quatuor (deux guitares-basse-batterie), pour répondre à une envie d'un son plus souple et plus vivant. Après Dour et Ferrières cet été, le groupe enchaînera une dizaine de concerts cet automne et se lancera en 2009 dans un périple plus intensif, qui le mènera jusqu'en France, en Suisse et au Québec. Jérôme et sa bande seront avant tout à l'affiche de la 7e Nuit du Soir, ce vendredi, au Cirque Royal, avec aussi Suarez, Kris Dane et Malibu Stacy.

Sébastien Cools

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