"Brel n'est pas mort d'un cancer. Ce sont les photographes qui l'ont tué!"

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Par: rédaction
6/10/08 - 17h58
La biographie de Brel, signée Eddy Przybylski, regorge de témoignages rares et précieux.
Les photographes ont traqué Brel jusqu'à la fin...
Brel repose au cimetière d'Atuona à Hiva Oa dans l'archipel des îles Marquises, à côté de Paul Gauguin.

Eddy Przybylski a la passion communicative. Ce n'est pas la première fois que l'auteur s'intéresse à la vie de Brel (un premier livre était sorti en 2002), mais son entrain reste le même: sa curiosité est intacte, son sourire franc, ses yeux plein d'étoiles et sa mémoire désormais pleine de merveilleux souvenirs liés à l'écriture de son nouvel ouvrage, La valse à mille rêves (ed. L'Archipel). Certains pourraient hausser les épaules et se dire: "encore une bio de Brel, 30 ans après sa mort!" Mais si longtemps après le décès du grand Jacques, de nouvelles choses s'apprennent.

Les photographes ont tué Brel
Ainsi, Eddy révèle que Brel n'est pas mort d'un cancer, comme tout le monde le croit. Selon le professeur Israël, qui soignait Brel sur la fin et dont l'auteur a recueilli les confidences: ce sont les photographes qui l'ont tué. Brel, excédé par l'intrusion permanente des paparazzi dans sa vie, a arraché son baxter, fui l'hôpital et interrompu son traitement. C'est l'embolie pulmonaire, déclenchée suite à ça, qui lui a été fatal, selon son médecin d'alors. "Ce qui m'a surpris c'est que Madly elle-même n'en avait jamais parlé", raconte l'auteur. "Israël m'a certifié que ces photographes étaient venus en blouse blanche avec leurs appareils photos. Je lui ai demandé pourquoi on n'avait jamais vu ces photos. Et il m'a dit que Brel était mort peu de temps après et que donc ça aurait démontré que c'étaient bien les photographes qui étaient la cause de sa mort. Un destin à la Lady Di..."

Un bonheur total
Avant d'en arriver à ce tragique épilogue, avant même de commencer à suivre les traces du grand Jacques, Eddy a hésité à se lancer dans l'aventure. "Il y a des bonnes bios qui existent. Je ne pouvais le faire que si j'apportais vraiment du neuf. Donc je me suis demandé où en trouver. Déjà, les autres biographies parlent très peu des chansons. Je me disais que là, il devait y avoir de la matière et la matière elle se trouve où? A la fondation. Il me fallait y avoir accès. France Brel m'a dit que les portes m'étaient ouvertes mais ce n'était pas un oui franc et massif. Puis, avec Gérard Jouannest, le pianiste de Brel depuis 1959, il n'y avait pas eu de travail en profondeur. Mais Jouannest m'a dit non parce qu'il trouve qu'on en a assez dit sur Brel et pour lui, quelqu'un qui fait quelque chose sur Brel, c'est quelqu'un qui veut gagner de l'argent. J'ai tout essayé. J'ai même été en stop chez lui. Je lui ai envoyé un texte déjà fait en me disant que même s'il ne voulait pas participer, il ne voudrait pas laisser passer des erreurs, mais rien. J'ai appelé au moins cent fois chez lui. A chaque fois je tombais sur Juliette Greco (son épouse) qui m'invitait à le rappeler. Mais rien." Eddy a donc préféré refuser l'offre de l'éditeur parisien de L'Archipel.

Jusqu'au jour où... "Un matin, dans ma salle de bain, en train de me raser, je me disais que j'avais quand même été con de refuser! Et à 11 h, le téléphone a sonné et c'était l'éditeur qui me demandait si je ne revenais pas sur ma décision. Le même jour! C'est extraordinaire. Après un signe comme ça je ne pouvais plus dire non. Et ça a été, à partir de ce moment-là, un bonheur total. Ca m'a permis de rencontrer des gens qui parlaient de Brel merveilleusement."

Des témoignages rares
Et parmi eux, des gens qui étaient avec Brel à l'école primaire. "Ainsi il y avait l'amant de sa maman qui était instituteur. Pierre Brel en avait parlé dans ces livres. Selon lui, et il avait raison, l'infidélité de sa maman était la source des vers terribles de La chanson des vieux amants: "Bien sûr tu pris quelques amants, il fallait bien passer le temps, il fallait que le corps exulte." Clairement, ça vient de là. Mais les gens de l'école primaire m'ont dit que ce n'était pas Monsieur Maurice, comme Pierre Brel l'appelait, mais Frère Maurice. Et Brel a toujours eu un problème avec les femmes et un problème avec les prêtres. Enfin, il n'était pas prêtre mais en tout cas ecclésiastique."

Eddy a également rencontré l'aide soignante qui s'occupait de Brel aux Marquises. "Au début, elle ne voulait pas en parler, prétextant qu'elle avait déjà tout dit. Mais évidemment, quand on travaille sur un bouquin comme ça on sait beaucoup de choses sur le personnage. Et elle, elle se posait des questions auxquelles je pouvais répondre. Du coup, c'est devenu une vraie discussion avec une vraie complicité. On a parlé pendant des heures. C'est une femme qu'on n'avait jamais mentionnée ailleurs alors qu'elle avait beaucoup de choses à dire." Eddy a aussi eu le témoignage de Marc Bastard, l'un des amis de Brel dans les îles. Le retrouver était affaire de chance. Et Eddy en a tellement eu tout au long de l'écriture de son bouquin qu'il a l'impression "d'avoir été guidé".

Tout n'est pas dit
L'auteur, qui a eu l'occasion de rencontrer Jacques Brel une seule fois, à l'âge de 19 ans, au tout début de sa carrière de journaliste, a beau avoir écrit 728 pages sur la vie de Brel, il n'a pas l'impression que tout est dit. "Pendant des mois, je me suis baladé avec les questions que j'avais à poser à Gérard Jouannest. Elles ne me quittent jamais, parce que je me dis que peut-être un jour il m'appellera. Je l'espère. La même chose avec Miche Brel. Je l'ai interviewée souvent précédemment mais je ne l'ai pas eue spécifiquement pour ce livre-ci. Et puis, quelqu'un qui a connu Brel dans sa jeunesse m'a passé un petit film à l'époque de La Franche Cordée, une sorte de mouvement de jeunesse dans lequel Brel était. On a filmé une réunion des anciens, c'est un petit document mais plusieurs personnes sont décédées depuis, donc je ne pouvais pas les avoir et c'était de la matière très précieuse. Quelqu'un explique : "c'est grâce à moi que Miche et Jacques se sont rencontrés." Il y avait une histoire d'arbres. Et puis comme c'est un débat, on l'interrompt et on passe la parole à quelqu'un d'autre et je ne connais pas cette histoire d'arbre! C'est très frustrant. Les autres ne s'en souviennent malheureusement pas. Sinon bêtement aussi: comment Brel a-t-il commencé à jouer de la guitare? On n'a pas la réponse à cette question..."

Aucun artiste ne marche dans ses pas
Pour Eddy, aucun artiste d'aujourd'hui ne peut prétendre suivre les traces de Brel. "Si on parlait de Brassens, j'aurais répondu Thomas Fersen ou Juliette. Mais Brel, je ne vois personne, il est tellement atypique. Brassens, Brel, c'est l'importance du texte. Brassens, c'est du texte ciselé avec une dose d'humour dont on ne perçoit pas toujours l'importance. Serge Lama dit de Brel qu'il écrivait ses chansons comme un peintre peint à la palette, avec des expressions à l'emporte-pièce. Et je ne vois pas, vraiment." Irremplaçable Brel. Inoubliable Brel.

Déborah Laurent


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