Ayo confirme son talent: son deuxième album est une pépite
Il y a deux ans, Ayo, chanteuse germano-nigérianne, rencontrait un succès fulgurant avec le tube
Down on my knees. L'album qui s'en suivit,
Joyful, fut un régal. En treize plages, Ayo racontait ses joies, ses peines, son histoire familiale, avec une vraie sincérité, sur une musique dépouillée teintée de soul, funk, folk. Son deuxième album,
Gravity at last, très attendu vient de sortir et enchante encore! Ayo, maman heureuse d'un petit garçon, profite de ce disque pour panser ses blessures. Elle parle de sa mère héroïnomane; de son père, incapable de s'occuper de ses enfants trop longtemps; de son fils, son bonheur... Rencontre.
Comment vous sentiez-vous quand vous êtes entrée en studio?J'étais heureuse et excitée. Il y avait une énergie très positive et très forte autour de moi. Je parlais de choses tristes et sombres mais il y avait un vrai bonheur dans cette tristesse. Parce que c'était important pour moi de raconter toutes ces choses, j'avais tellement besoin d'exprimer ça que du coup j'étais plus heureuse une fois que c'était fait. Quand j'étais jeune, j'avais l'habitude de tout cacher à propos de ma vie, je mentais en permanence. Je me surprotégeais, et ce n'est pas bien parce que vous vous créez un monde de toute pièce, vous vous trompez vous-même. Aujourd'hui, j'ai décidé d'assumer et de dire tout ça, je choisis d'être qui je suis.
La musique est donc vraiment votre thérapie...La musique a toujours été ma thérapie, même quand je n'étais pas connue. J'ai toujours fait des choses et je me suis rendue compte que c'était ça que je voulais faire réellement quand j'ai compris que le vrai moi naissait en écrivant et en jouant de la guitare.
Vous étiez attendue. Ca vous a mis la pression?Heureusement pas du tout. Je n'ai jamais écrit pour la sortie de ce nouvel album. J'ai beaucoup de chansons qui provenaient du premier album mais que je ne savais pas su mettre dessus. J'avais aussi des chansons écrites en tournée. Un jour, un des boss de Polydor est venu me voir en concert et m'a dit: j'ai entendu deux de tes nouvelles chansons, est-ce que tu en as plus? J'ai répondu, oui, que j'en avais plein. Il m'a demandé de venir avec ma guitare lui jouer mes nouvelles chansons dans les bureaux. Il a toujours aimé ce que je faisais et je partage tout avec lui. Et quand je lui ai joué mes titres, il m'a dit: allez, c'est parti pour le deuxième album. Je vivais aux Etats-Unis et j'avais le temps, j'ai juste bloqué le temps nécessaire et j'ai enregistré mon disque. C'était très spontané, il n'y avait aucune pression.
Vous avez enregistré ce disque en cinq jours, au Bahamas. C'est court!Le premier aussi s'est fait en cinq jours. Je n'ai pas besoin de plus de temps. Je ne vois pas l'intérêt de recréer les choses. Si tu passes deux, trois semaines, ou plusieurs mois en studio c'est parce que tu t'efforces de recréer les choses pour faire mieux. Mieux que le premier album ou une meilleure prise. Je pense qu'il faut oublier ça et simplement se laisser aller. Il faut le faire et c'est tout. On a fait maximum trois prises de chaque titre et c'est tout. Je ne pouvais pas faire mieux. C'était spontané, il y avait une belle énergie. Quand tu suis tes impressions, que tu sens quelque chose, ça sonne différemment et ça atteint les gens différement aussi je crois.
Votre vie a changé depuis le succès de Joyful?Non, pas vraiment. Enfin si, dans les choses que je fais au quotidien, mais tout est toujours très normal, mes bonheurs comme mes problèmes n'ont pas changé. Il y a énormément de choses qu'on voudrait changer mais on n'en a pas le pouvoir. Il faut juste se réjouir des bons moments quelque soit la situation.
C'est facile de gérer votre succès et votre vie familiale, avec votre jeune fils de deux ans?Quand vous n'y pensez pas, c'est facile. C'est quand vous commencez à y réfléchir que ça devient compliqué à gérer. Quand vous commencez à y penser, vous commencez aussi à vous inquiéter. Vous faites des plans. Et faire des plans ce n'est jamais bon parce que vous avez du coup des attentes et la plupart du temps, ça ne se passe pas comme vous l'espériez. C'est pour ça que j'y pense le moins possible. Je réagis spontanément et je me dis que tout ira bien si mon fils est avec moi. Je me dis qu'il est heureux.
Vous avez déjà des idées pour la tournée à venir?Je n'y pense pas, je veux garder notre liberté. On joue notre musique et passera ce qui se passera. C'est comme ça que chaque concert est différent. Je n'écris pas mes interventions. On se sent chaque jour différent, chaque jour tu as un nouveau feeling, c'est pareil pour la musique, on la joue différement chaque soir.
J'ai l'impression que vous ne vous rendez pas compte de votre succès...(Elle rigole) C'est vrai! Quand mon album est sorti, le patron de mon label m'a appelé à l'aube quand j'étais à New York, où je vis, pour me dire que j'étais numéro un en France. J'étais choquée. Je n'ai jamais vu un seul de mes posters en France. Mais j'ai été à la Fnac acheter mon CD. Par supertition. C'est fou, les gens savaient déjà que ce CD était sorti. J'ai joué dans plusieurs endroits pour le présenter et les gens connaissaient déjà mes chansons. C'est incroyable, d'autant plus que pour moi, finalement, rien n'a vraiment changé.
Déborah Laurent