-
 

Son dernier album, l'Eurovision, la maternité, Patricia Kaas se confie

 L'Eurovision, j'y vais pour gagner, sinon ce n'est pas la peine" 
 Normalement, je ne chante pas le jour de l'anniversaire de ma maman. Mais ça va peut-être me porter chance? 
Sexe Fort, son dernier album studio, est sorti en 2003. Patricia Kaas a donc pris son temps pour se remettre au travail. Non pas que la passion ne l'anime plus. Simplement, après près de vingt de carrière, la chanteuse avait besoin de se poser. Pour mieux revenir. Et c'est ce qu'elle fait avec un album dont le nom résume bien l'idée: Kabaret. Un thème choisi initialement par hasard, comme elle nous l'a expliqué.

"L'album, c'est un peu le hasard. J'ai commencé à écouter des chansons. La première que j'ai choisie c'est Das Glück kennt nur Minuten qui est devenue La chance jamais ne dure, qui est une chanson de Hildegard Knef de 1945. Il y avait deux, trois chansons que j'ai choisie dans cette ambiance et très vite, je me suis dit que j'aimais bien ces ambiances des années 30 un peu glauques, noir
et blanc, enfumées, il y a un côté très contemporain. Il y avait cette ambiance-là que j'avais envie d'emmener à un son d'aujourd'hui et on s'est vite rendu compte que dans les années 30, il y avait aussi le jazz à Saint-Germain, le tango à Buenos Aires et que ça me permettait de survoler tout ça. La chanson Addicte aux héroïnes, qui est venue après avoir parlé longtemps avec Tanguy Dairaine qui a écrit les paroles. On parle de ces femmes: Marlène, Greta Garbo... Ces femmes étaient très indépendantes, très fortes, très fatales et en même temps, elles avaient un côté odieux qui faisait passer leur côté masculin. J'aime bien aussi ce franc-parler, elles n'avaient pas peur de parlerd'érotisme ou de sexualité. C'est un hommage à tout ça, à cette beauté.

On dirait que c'est un album pensé pour la scène.
Je n'avais pas vu tout de suite que ça allait être un album cabaret. Enfin, je ne voulais pas un album cliché. Mais au fur et à mesure j'ai eu des idées, des images, et très vite j'ai su qu'il fallait faire plus un
spectacle qu'un concert. J'ai eu envie d'y amener plein de choses. Des choses qui m'ont touché, mais il ne fallait pas que ça soit trop avant-garde, trop intello, il fallait que ça me ressemble et je ne suis pas ça.

Vous avez laissé passer pas mal de temps entre Sexe Fort et Kabart. C'était une volonté de votre part?
J'ai sorti Sexe fort en 2003 et on était en tournée en 2005. Après, j'ai pris deux ans, j'avais besoin de souffler, ça faisait quand même vingt ans que j'enchaînais les albums et les tournées. Je ne sais pas si c'est lié à mes 40 ans, au fait que j'ai enchaîné pendant 20 ans. J'avais besoin de souffler, pas de remettre des choses en question. Au contraire, je ne voulais surtout pas me poser de questions. D'ailleurs quand j'ai fait cet album, je l'ai fait avant tout pour me faire plaisir. Je ne savais pas si j'allais arrêter trois mois ou deux ans. Ca m'a fait du bien, je me suis beaucoup ennuyée. (Elle sourit) C'était assez agréable parce que ce sont des moments que je ne connais pas tellement et forcément, ça apporte des choses après, lors des choix de chansons par exemple. Mais ce n'était pas pour réfléchir du tout.

Vous aviez la sensation d'être attendue?
Non. La scène ne me manquait pas, je sortais de 170 concerts. J'avais tellement donné que j'avais besoin de ce moment. Là, je n'aime pas dire que cet album est plus personnel qu'un autre, parce que c'est ce qu'on a dit à chaque fois. Mais Cyril et Richard sont mes meilleurs amis depuis 25 ans et ce sont ceux qui travaillent avec moi, on a toujours choisi les chansons ensemble. Là, je leur ai dit: laissez-moi faire toute seule. Une fois que j'avais l'album, j'avais des doutes. Parce que c'est facile de dire laisse-moi faire mais bon... Une fois que c'était enregistré, je me disais: est-ce que les gens vont aimer? Mais je ne me suis pas dit: on m'attend. Parce qu'il y a des gens qui critiquent et d'autres qui sont positifs, peu importe ce que tu fais.

Vous avez des concerts prévus jusqu'en 2010, vous représenterez la France à l'Eurovision... Vous n'avez jamais envie de vous consacrer rien qu'à votre vie privée? Pour fonder une famille par exemple?
J'ai encore un peu de temps. Pas beaucoup mais quand même... Maintenant, ce n'est pas une question qu'on se pose d'abord parce que je viens de rencontrer mon amoureux et que ça serait trop tôt et puis, là, dans l'immédiat, un enfant ça ne me manque pas. Je suis une femme, donc j'y pense. Mais je ne me dis pas que c'est trop tard, ou que je n'en ferai jamais...

Justement l'Eurovision, parlons-en... Vous y représenterez la France. Comment avez-vous atterri là?
C'est France Télévisions qui me l'a demandé. J'étais un peu surprise et je n'ai pas répondu tout de suite. Je me suis rendue compte que ça fait 22 ans que j'amène ma musique dans plein de pays différents.
Là, je me suis dit: c'est génial, je vais aller là-bas et faire ce que je fais depuis toujours. Maintenant, on peut se demander si c'est bien ou pas par rapport à ma carrière, mais ça n'a rien à voir. On fait des albums aussi qui ont moins de succès que d'autres et ça ne change rien à ma carrière. Les gens sont là, ils me respectent et je ne vois pas pourquoi l'Eurovision changerait quelque chose. J'aime les challenges. Quand en plus France Télévisions m'a demandé de chanter Et s'il fallait faire, qui est une chanson que j'avais choisi pour mon album et que j'adore et qui pour moi représente super bien le côté traditionnel avec une certaine modernité, avec un texte fort... Je l'interprète sur scène avec un pied de micro. Et d'ici le 16 mai, mais je peux encore changer d'avis d'ici là, je vais le faire comme sur scène... C'est comme ça que j'ai réfléchi. Encore une fois, il y a toujours des gens qui vont trouver ça extraordinaire et d'autres qui diront: pourquoi t'as besoin de ça? J'y vais pour gagner, sinon ce n'est pas la peine. Mais après, je ne crois pas qu'il y ait de risque.

Le fait d'être connue en Russie a joué dans la décision de France Télévisions?
Ce qui va être sûr c'est qu'il va y avoir une bonne ambiance dans la salle parce que les Russes me connaissent bien. C'est important
de se sentir bien dans l'endroit où tu interprètes ta chanson. Maintenant, je suis positive mais je n'ai pas envie de me prendre un
truc sur ma tête. Je me compare un peu à un footballeur. Quand tu aimes un footballeur et qu'il n'est pas dans ton équipe, est-ce que
tu préfères voir perdre ton équipe ou voir perdre ton footballeur. Les Russes et les pays de l'est m'adorent mais après, je n'en sais rien. Je n'ai pas envie de me mettre cette pression là. Donc je me dis: vas-y, ta chanson est super et on verra. Le 16 mai, c'est une date particulière pour moi et ça m'a fait hésiter dans le oui et dans le non. Dans le non parce que c'est une date à laquelle je ne chante jamais parce que c'est l'anniversaire de la mort de ma maman. Et après, je me dis bon 20 ans, ça va me porter chance. Et puis, jamais personne ne l'a fait avec autant d'années de carrière.

Vous regardiez l'Eurovision en général?

Je regardais quand j'étais plus jeune. A un moment, j'ai laché parce que je trouvais que ce n'était plus vraiment le concours eurovision de la chanson. Depuis deux ans, ça redevient plus interessant. Bon, il y a le côté déguisements, etc, mais je pense qu'aujourd'hui, on ne fait pas un disque juste pour la musique. Donc dans l'Eurovision, on peut se permettre. Evidemment, il y a des choses de mauvais goût mais il y a aussi des mélodies, des chanteuses à voix...

Vous savez déjà comment vous serez habillée?
Aucune idée. C'est vrai que c'est un truc de fille. Sur scène, je chante avec une petite robe noire et pieds nus. Je ne sais pas si je vais aller oser pieds nus à l'Eurovision. Mais je ne vais en tout cas pas mettre une robe avec une traîne...

Déborah Laurent
07/03/09 08h00
      mailIcon Envoyez cet article      printIcon Version imprime

Votre avis nous intéresse!

Partagez votre opinion avec plus de 80.000 visiteurs

 

© De Persgroep Publishing. Tous les droits réservés. Lisez les conditions d'utilisation


acap enabled
Mediargus
Metriweb