Pour Pomme C, son disque précédent, Calogero avait choisi de travailler en binôme avec Zazie. Pour L'embellie, qui sort aujourd'hui et deux ans plus tard, Calo a repris ses anciennes habitudes de travail: proposer ses mélodies à différents auteurs. Et quels auteurs! Dick Annegarn, Dominique A, Marc Lavoine, Kent ou encore Jean-Jacques Goldman, tous lui ont offert leurs bien jolis mots.
"Ce qui fait le lien, mon style entre guillemets", explique Calogero, que nous avons rencontré, "c'est ma musique, ma voix. Je suis revenu finalement à ce que je faisais avant sauf que ça s'est fait avec des auteurs avec lesquels je n'avais jamais travaillé. C'est la particularité de cet album. Je me mets un peu en danger. Comme l'album Pomme C d'ailleurs. J'aime bien faire des choses inattendues."
Pourquoi ces collaborations sont-elles inattendues, selon vous?
Ce sont des auteurs qui a priori n'ont rien à faire avec Calogero: Dick Annegarn, Dominique A et Kent. On n'est pas médiatiquement dans le même schéma. C'est un peu débile puisque artistiquement, cet album est la preuve qu'on avait des choses à faire ensemble. Ce qui veut bien dire que les chapelles que les médias fabriquent ne sont pas forcément vraies. Nous, ça ne nous pose pas de problèmes de collaborer. Mais la barrière médiatique est telle qu'on ne pourrait pas imaginer Dave avec Johnny Hallyday mais peut-être qu'ils ont envie de collaborer ensemble. Tout est très cloisonné alors que nous, les chanteurs, on ne réfléchit pas comme ça.
Vous ne citez pas Goldman. Parce qu'avec lui, c'était plus évident?
Pas forcément. Mais j'ai tenu à ce qu'il soit là parce que c'est un très bon auteur. Pour Goldman, j'ai choisi une chanson particulière où il n'y a pas de refrain, C'est dit. Je voulais voir comment quelqu'un comme Jean-Jacques Goldman qui fait des chansons avec des refrains que tout le monde connaît pouvait s'en sortir avec cette musique. Voir s'il pouvait trouver l'accroche. Il m'a appelé et il m'a dit: mais elle est où l'accroche? Je lui ai répondu: Mais il n'y en a pas! Et finalement, il en a trouvé deux: "on est riche que de ses amis" et "c'est dit". C'était rigolo de travailler avec lui sur un titre comme ça.
C'est une chanson qui parle de l'amitié. Un sentiment qui vous est cher?
Oui. C'est une chanson qui dit plusieurs choses: malgré ce qu'on peut réussir dans la vie, la vraie richesse, c'est de ne pas se retrouver seul, c'est d'être entouré de ses deux, trois vrais amis. C'est une manière aussi de dire qu'on n'a pas beaucoup d'amis.
Dans le clip, il y a une apparition de Casimir. Parce que vous êtes nostalgique du bon vieux temps?
L'idée est un peu décalée et saugrenue, c'était pour faire des références à ce que j'ai aimé. J'aime bien, avec les gens de ma génération, parler de cette époque de la télé. Ce qu'il y a de bien dans la musique, c'est de prolonger cette enfance et cette adolescence... Si on m'avait dit à 5, 6 ans, un jour tu vas rencontrer Casimir et le prendre dans tes bras, je n'y aurais pas cru. C'était une sensation un peu bizarre. Au départ, je croyais que c'était le vrai mais c'était sa doublure. Comme il a la même voix et les mêmes gestes, c'est une star. C'est tout un protocole pour l'accueillir. C'était drôle. On était dans le tournage du clip et j'ai passé une porte et il était là, et il n'avait que les pieds. Ca casse le mythe!
C'est vous qui soufflez les thèmes de vos chansons?
Sur cet album-là, j'en ai soufflé pas mal. En général, quand je propose une musique, je ne donne pas forcément de thème. Je me souviens, un jour, j'ai donné une musique à Françoise Hardy et je lui ai dit: je ne sais pas exactement ce que je veux raconter, j'ai un peu honte. Elle m'a dit: ne vous inquiétez pas, vous ne devez pas avoir honte, vous avez déjà tout dit dans votre musique. Ca m'a rassuré. Je ne fournis pas des piano-voix. Je fournis souvent la chanson telle que vous l'entendez avec du yaourt anglais, avec les mêmes sonorités. Ca permet aux auteurs de rêver à d'autres choses.
Pourquoi avoir appelé ce disque L'embellie?
L'embellie, c'est passager, un album, c'est passager. Un album, c'est une photo à un moment donné de sa vie et après on passe à
autre chose. J'avais envie que l'album soit lumineux, confortable à écouter, enjoué. En même temps, il n'y a pas de message.
Il y a toujours une volonté assez héroïque dans l'album, avec les
trompettes. Des trucs qui font un peu chasse à courre. (Il rigole)
Vous aviez enregistré Pomme C en plein air, en Toscane. Ici, ça s'est passé comment?
Je l'ai enregistré un peu en Belgique, beaucoup chez moi. Et je l'ai mixé à Paris avec Dominique Blanc-Francart. C'était ma première collaboration avec lui. C'était un album fait à la maison, au milieu de ma cuisine, il y avait mes potes qui passaient le soir pour écouter mes chansons, je faisais des fêtes...
Ca vous a paru naturel du coup de proposer à vos filles de venir chanter avec vous?
Oui. Je voulais une chanson joyeuse. Je ne voulais pas faire une ballade qui parle de mes filles, je voulais faire un truc rigolo. Comme je suis souvent avec elles, je fais plein d'activités. Je fais de la trotinette, du vélo, je vais à la piscine... Je voulais un truc qui leur ressemble. J'ai demandé à Dick Annegarn d'écrire le texte. Et il m'a
dit: oh moi tu sais les enfants ça m'emmerde. Je lui ai dit de venir voir quand même et d'aviser. Il a observé un peu et la chanson est née.
Leur présence fait que c'est un album plus personnel que les autres?
C'est un album où il y a plus mes tripes oui. J'ai toujours chanté les chansons de manière assez directe, premier degré. Je ne suis pas un chanteur de second degré. Je ne me cache pas. Quand je chante les chansons, je les vis à fond. Cet album-là, je vais le vivre encore plus parce qu'il y a des titres très personnels.
Notamment Je me suis trompé. C'est le premier texte que vous signez.
Oui, c'est un texte lié à une colère. Mais la colère, ça passe. (Il sourit)
Ca vous a donné envie de vous mettre à l'écriture?
J'aimerais bien. Mais je vais mettre du temps. J'ai bien mis six mois sur le texte. Ce n'est pas mon truc. Je vais tellement plus vite en musique.
Le duo avec Grand Corps Malade, il est arrivé comment?
Vu le succès du duo avec Passi, je ne voulais pas faire de duo sur l'album Pomme C. Je ne voulais pas faire ça comme une recette. Donc j'ai laissé passé. Entre-temps, il y a plein de gens qui ont fait des duos rap-variété. J'étais flatté. On n'a rien inventé. Il y a des Anglais et des Américains qui l'ont fait avant mais en France, on était dans les premiers. Donc là, je voulais le refaire avec un slammeur. Comme sa voix est très cinématographique, très western, je me suis dit que j'allais faire un titre très western spaghetti. Ce n'est pas une redite de Face à la mer, cette chanson a vraiment une particularité.
Vous serez en concert à l'Ancienne Belgique le 2 mai. C'est rare de vous voir sur des scènes plus petites. Ca met la pression?
Oui. On a l'impression d'être tout nu. (Il sourit)
Pourquoi ne pas avoir directement programmé une salle comme Forest National?
Pour changer un peu. Je n'ai pas envie de devenir une bête de grandes salles, je l'ai fait, j'adore mais quand on peut changer un peu, c'est bien.
Déborah Laurent
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Calogero sera en concert à Forest National le 12 novembre prochain.


