"Françoise Hardy m'a sauvé la vie"

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Par: rédaction
15/09/09 - 17h50

Dans dix jours très exactement, Lara Fabian fera son grand retour sur scène. Pour sa première, la chanteuse a choisi de rester à la maison: c'est Forest National qu'elle investira, avec ses propres morceaux bien sûr, mais également avec les reprises de toutes ces femmes en elle, qui sont compilées sur son dernier disque.

Un album qui n'a pas été aussi chaleureusement accueilli que les disques de chansons originales de Lara Fabian, mais qu'elle défend avec coeur. Nous l'avons rencontrée.

Vous avez été absente assez longtemps entre votre dernier album et celui-ci. Est-ce que le fait d'être devenue maman a changé votre perception de la musique?

J'ai toujours mis beaucoup de temps entre un album et un autre, assez étrangement. Ce sont des questions qu'on ne se pose pas quand on fait ce métier. Je ne fais pas d'arithmétique. J'ai laissé le temps faire ce qu'il avait faire et puis, je me suis sentie à l'aise à un moment donné pour faire cet album-là, même si entre-temps, j'ai
fait un album de chansons originales. A l'aube de mes 40 ans ça me semblait plus juste de faire cet autoportrait par le biais de ces femmes que de sortir un album de chansons originales. Quatre ans, c'est long et en même temps pas du tout.

C'est un album né d'une conversation avec votre meilleure amie et que vous dites très personnel...

Il ne l'est pas plus que les autres mais j'ai dévoilé des choses par le biais des lettres que je n'avais pas forcément racontées. J'ai moi-même fait un retour par le passé avec tous les divers carrefours qui ont fait que j'ai fait ce métier. Je me suis rendue compte que j'avais de véritables raisons, qui ont motivé mon parcours et certains choix, et qu'elles résidaient dans ces chansons. Enfin, plus dans ces femmes que dans les oeuvres elles-mêmes. Cet album, c'était une façon de s'asseoir, de regarder son parcours et de dire merci.

Vous avez envoyé ces lettres aux principales intéressées?
Oui. Certaines m'ont répondu. C'était beaucoup d'émotions. La lettre du frère de Dalida était très émouvante, celle du frère de Barbara aussi. Je m'attendais pas à ce que les ayants-droits allaient me répondre. Je m'attendais plus à ce que ça soit les vivantes qui répondent. Pourtant, ce sont les premiers à m'avoir répondu. Sanson aussi m'a répondu, Maurane aussi, d'abord un peu décontenancée par l'orientation de Ca casse et puis finalement touchée par l'aspect plus lumineux de mon interprétation. Quand elle a lu la lettre, elle m'a appelée et elle ne savait pas quoi dire mais elle a mieux compris. Parce que c'est une démarche globale, c'est le récit d'une vie entre mes 18 mois et mes 30 ans.

Dans le message que vous adressez à Françoise Hardy, vous dites qu'elle vous a sauvé la vie.
C'est vrai. C'est difficile d'en dire plus. Il y a des gens qui passent et qui voient votre détresse là où vous ne trouvez plus d'issue. Comme un prisme, ils la tournent et la mettent sous une autre lumière et vous permettent d'envisager les choses autrement. C'est ce qu'elle a fait en cinq minutes. Elle n'a pas répondu à ma lettre.

Il y a toujours une attente?
Non. Je n'ai pas fait pour recevoir un mot d'amour des gens. Ca ne m'étonne pas qu'elle ne me réponde pas. Elle est d'une telle discrétion.

Vous reprenez un titre de Céline Dion, alors qu'on vous a toujours présentées comme concurrentes.
On ne m'a jamais laissé le droit d'exprimer l'amour et l'admiration que je lui porte. Comme dès que je suis arrivée, on m'a mis un flambeau allumé dans la figure en me disant: hein que vous êtes concurrentes? hein que vous vous détestez?, je me suis tue, pendant des années. Là, pour une fois, j'avais le droit de dire des choses, par le biais de la musique. Dans la lettre, il y a un peu d'ironie. Ca me fait sourire de pouvoir le faire comme ça. Et cette guerre qui a été alimentée par les médias lui est forcément remontée aux oreilles et forcément dans son équipe, il y a dû y avoir de l'animosité. Ils ont dû croire que tout ça venait de moi. Alors qu'on venait du même endroit, que c'est la personne la plus simple d'approche et la plus disponible que je connaisse, qu'elle n'est absolument pas dans un personnage... Ce truc est né en France, ça n'existe qu'en France. Un jour, beaucoup plus tard, on s'est croisé beaucoup plus tard. J'étais pudique, je lui ai juste dit: tout ça est faux. Elle m'a dit: je sais. Après, le temps passe, nos vies vont et c'était important pour moi de rectifier les choses par un geste d'amour honnête.

L'album a été vivement critiqué, notamment en France, dans certains médias. Avec le temps, on se blinde, on s'habitue aux critiques?
On se passe toujours de la cruauté, de l'injustice. Parce que ce n'est que ça. Mais il y a des gens dont c'est la nourriture. Quand on est quelqu'un de solaire, je le dis en toute humilité parce que c'est ma nature, on a toujours aux basques, deux, trois éléments d'ombre. On les attire. L'unique façon de s'en sortir, c'est d'arriver à mettre entre parenthèses cette sensibilité qui en même temps nous anime et nous fait faire de belles choses, et relativiser. Je ne suis pas amère mais je suis triste. C'est foudroyant. Je sais que je ne crée pas de sentiments tièdes. Enfant, c'était pareil. Il y a une catégorie d'individus qui ne supporte pas la lumière. On remet toujours en question les gens sincères et disponibles. Je voudrais m'associer à cette partie des gens qui tracent leur chemin, vivent leur vie, en essayant de relativiser une
partie de ma sensibilité. Je ne m'attends pas à ce que tout le monde m'aime. Mais à du respect, ça oui. Un minimum.

La tournée commence le 25 septembre. Impatiente de remonter sur scène?
Oui, très. C'est une histoire différente: oui, ce ne sont pas mes chansons, c'est un album de reprises. Mais il y aura mes chansons aussi, et d'autres moments un peu festifs, sortis un peu de l'inconscient collectif, qui n'ont rien avoir avec ces femmes et rien avoir avec moi.

Vous appréhendez la tournée différemment, maintenant que vous êtes maman?
A mort. L'envie est forte mais je vais devoir être une fine organisatrice pour bien vivre tout ça. C'est très douloureux d'être loin des gens qu'on aime. Je pourrais la prendre avec mais quand un enfant est si petit, c'est vraiment le déstabiliser.

Déborah Laurent

Lara Fabian, Toutes les femmes en moi (Universal).
A Forest National le 25 septembre (Infos & Réservations: 0900/84.100. ou www.sherpa.be).
Le 29 et le 30 septembre 2009 au Forum de Liège (Infos & Réservations: 04/223.18.18. ou www.leforum.be).
Le 2 octobre 2009 et le 3 mars 2010 au Palais des Beaux-arts de Charleroi (Infos et réservations: 071/31.12.12. ou www.ticketnet.be)

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