Pénélope Bagieu, son Cadavre Exquis et sa vie fascinante

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Par: rédaction
21/06/10 - 09h04
Pénélope Bagieu, 28 ans, dessinatrice bourrée de talent et d'humour.
Dans Cadavre Exquis, Zoé est hôtesse d'accueil. Un boulot "haut en couleur" comme le dit politiquement Pénélope Bagieu qui l'a exercé avant de cartonner en librairies.
Pénélope dessine ses humeurs de fille sur son blog qui connaît un succès grandissant.
"Dessiner des culottes, c'était super", mais ça ne sera qu'un one shot.

Pénélope Bagieu, pétillante dessinatrice française de 28 ans, a vu sa cote de popularité exploser grâce à son blog, où elle poste régulièrement ses humeurs avec humour. Ses notes de blog compilées dans le bouquin Ma vie est tout à fait fascinante lui a permis de s'installer en librairies avec succès. Après deux tomes des aventures de Joséphine, touchante et maladroite trentenaire en mal de mec, racontées en une page, Pénélope signe sa première histoire longue.

Dans Cadavre Exquis, il y a Zoé, qui a un boulot pourri (hôtesse d'accueil) et un mec qui l'est tout autant. Un jour, elle rencontre Thomas Rocher, écrivain à l'égo démesuré en mal d'inspiration. On n'en dit pas plus pour ne pas gâcher votre plaisir, on donne plutôt la parole à l'auteur...

Ce Cadavre Exquis, il est né comment?
Ce n'est pas mon métier. J'ai un travail, je suis illustratrice dans la pub. Je trouve du temps pour faire des BD. Quand on me propose d'en faire une, si c'est un projet qui m'intéresse, je le fais. C'était le cas ici. Je l'ai fait pour les gens qui me l'ont proposé et aussi parce que ça n'allait pas où on m'attendait. Et puis avoir des gens qui y croient, en face, ça change tout. Je me disais que je n'y arriverais pas.

Vous avez besoin d'être rassurée?
Non. C'est juste que ce n'est pas ce que je sais faire. Quand il y a des gens qui se pointent et qui vous disent: je suis sûr que tu peux faire ça, rien que pour le challenge, ça vaut le coup d'essayer. Ce n'était pas facile mais ça valait le coup. C'est une collection que j'adore. Je suis contente d'avoir un Bayou.

Vous avez déjà pensé arrêter la pub pour la BD?

Je l'ai envisagé. Plus que ça même. C'est un peu en train de se faire. Ce n'est pas ce qui était prévu mais les BD me prennent beaucoup de temps. Au bout d'un moment, on ne peut pas faire deux plein-temps. A un moment, je vais finir par bâcler un truc. J'ai envie de projets qui sont plus difficiles en BD pour moi, j'ai envie d'avoir du temps pour les faire et pas juste y consacrer dix minutes le soir en rentrant du boulot.

Et puis la pub, c'est frustant non pour un dessinateur de BD?

C'est le métier que j'ai toujours fait. Pour un auteur qui a commencé par la BD devoir faire de la pub, ça doit être une torture. C'est très contraignant, c'est beaucoup de frustration. Moi, quand j'étais étudiante, j'étais vendeuse, hôtesse, tout ça, je me dis toujours qu'au moins, on me paie pour dessiner. Il faut relativiser. Les moments les plus pénibles de ce métier c'est de dessiner des trucs qu'on n'aime pas. Après, c'est ce qui fait manger le mieux de tout. Il ne faut pas se mentir. Ca permet à côté de faire des livres et de se dire: au pire, ça ne marche pas et je m'en fous. C'est une vraie liberté d'édition. Derrière, je peux bosser pour moi. Je n'ai par exemple pas du tout envie de faire un deuxième recueil du blog. L'argument que m'avance l'éditeur c'est "oui mais ça marcherait super bien." Sauf que moi, ça me ferait chier. J'ai le luxe de pouvoir ne pas le faire.

Pourquoi ça vous ennuierait?

Je l'ai fait une fois parce qu'on me l'avait proposé mais là, ça serait pousser la blague un peu loin. Ca ne reste que des notes de blog. Au final, le seul intérêt que ça a c'est que ça marche bien. Je ne crache pas du tout dans la soupe: c'est super un livre qui marche, tant mieux, mais justement, je ne suis pas obligée. Je préfère dessiner des paquets de lessive et faire des dessins qui me plaisent que passer six mois à peaufiner des notes de blog pour les remettre en forme pour en faire un livre et que ça me rapporte autant qu'un paquet de lessive. Le plus précieux, c'est mon temps. J'ai envie d'avoir de la satisfaction en regardant le bouquin fini et me dire que je n'en ai pas honte. Peut-être que j'aurai un discours complètement autre dans cinq ans mais là... Au pire si ça ne marche pas, je suis juste vexée mais je ne suis pas dans la merde.

Zoé, l'héroïne de Cadavre Exquis, est hôtesse. C'est du vécu?
Ah oui, oui, oui. J'ai cherché dans mes nombreux boulots d'étudiante lequel je pouvais utiliser. J'en ai plein d'autres dans ma manche pour d'autres histoires parce que j'ai tout fait. Je trouvais qu'hôtesse c'était le plus haut en couleur dans les gens qu'on rencontre et les lieux où ça se passe. Toutes les hôtesses ont des anecdotes: les gros lourds, les uniformes moches, les chaussures qui font mal aux pieds...

Et la littérature... Vous connaissez un Thomas Rocher?
Je ne connais pas du tout le milieu de la littérature. Evidemment, j'imagine qu'il est beaucoup moins caricatural et que les gens n'ont pas des egos pareils dans l'édition. J'ai construit mon histoire autour de Thomas. Par la suite, j'ai trouvé le prétexte de Zoé pour faire un narrateur, pour entrer dans son histoire. C'est vraiment l'histoire de Thomas. Du coup, il fallait que je trouve un boulot neutre à Zoé, pénible, qui explique le fait qu'elle soit mécontente de sa vie. Elle aurait pu être cantinière. Dans les boulots que j'ai faits, il y avait cantinière. Quand on se fait jeter du Kiri dessus par les enfants, c'est dur après de rentrer chez soi et de ne pas pleurer.

L'année passée, vous avez dessiné une collection pour Etam. Un one shot?
Oui. Tant qu'on me propose des trucs différents, je préfère aller vers ça. Mais dessiner des culottes, c'était super.

Grâce à votre blog, vous êtes devenue une référence pour les jeunes femmes. C'est flatteur?

C'est cool. Ce n'est pas comme être super connue grâce à la télé ou au cinéma. On m'arrête en rue mais ça ne m'empêche pas de partir en vacances. Ca n'a pas d'inconvénient. Ni les avantages: on ne me garde pas les bonnes tables au resto. Les gens sont bienveillants.

Vous avez ouvert une porte et beaucoup marchent dans vos pas désormais. Ca vous agace?

Pas tant que ça, il y a de la place pour tout le monde. Il y a aussi un tri en qualité. Les choses bien marchent. Quand il y a une fille à 17 ans qui recopie des dessins dans sa chambre et qui les poste, c'est juste dommage pour elle, parce que si c'est un métier qu'elle a envie de faire, elle perd du temps. C'est du temps pendant lequel on régresse: recopier les dessins ce n'est pas comme ça qu'on trouve son style. De manière plus large, le champ éditorial qui s'est ouvert, des gens qui parlent de chats, de chaussures, de shopping, ça existait déjà. Je n'ai pas inventé ça. C'est juste les éditeurs qui se sont décidés. On a un lectorat qui n'aurait pas acheté de BD avant et d'ailleurs qui n'en achèteront pas après.

Pourquoi pas?

Ca reste des filles et les filles sont persuadées que la BD, c'est un truc de mec. Pour elles, BD = aventures, elfes, trolls, machins. Ca les rassure de pouvoir s'identifier au "héros". Pendant des années, je n'ai pas lu de BD mais je sais aujourd'hui qu'on peut avoir les mêmes émotions, la même richesse que dans un roman. Une BD peut faire pleurer et réfléchir. Mais il faut s'y mettre. Moi j'ai eu la chance de tomber sur un super libraire. Je lui rends d'ailleurs hommage dans Cadavre exquis, c'est lui qui m'a mis le pied à la BD. Mais je pense que le créneau BD de filles n'amène pas à la BD. Et puis, une bonne BD de fille est une bonne BD tout court. Il n'y a pas de BD de mec.

Vous ne sortirez pas de deuxième compilation de blog mais il va continuer?

Oui, j'en ai besoin. Plus je travaile, plus j'ai besoin de pouvoir dire merde. Personne ne peut me dire quoique ce soit, ni en bien ni en mal. C'est pour ça qu'il n'y a pas de commentaires. J'ai besoin d'avoir un espace. Quand on bosse sur des commandes, tout est disséqué, remanié, retravaillé, modifié cinquante fois. Je n'ai pas envie qu'on me dise: est-ce que là elle peut être plus souriante? Je veux que ça reste la démarche pure du début.

Déborah Laurent

Cadavre Exquis, Pénélope Bagieu, Coll. Bayou, Ed. Gallimard.
Le blog: www.penelope-jolicoeur.com

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