C'est un livre qui s'appelle "L'envie" mais qui parle justement de l'absence d'envie. Un jour, Sophie Fontanel, journaliste chez Elle connue sous le pseudo de Fonelle, en a eu marre qu'on la prenne et qu'on la secoue. Un jour, son corps a refusé tout contact et elle arrêté de faire l'amour. "J'avais trop dit oui, je n'avais considéré la tranquillité demandée par mon corps", écrit-elle.
Un sujet difficile à aborder dans une société hypersexualisée qu'elle traite avec sincérité et humour. Elle s'intéresse beaucoup aux, réactions que sa décision a suscité autour d'elle, de la gêne ressentie à l'idée de ne pas être "comme tout le monde", de la libération et du soulagement ressentis par ce corps malmené par des hommes pas assez tendres ou pas assez compréhensifs.
Sophie Fontanel a depuis refermé cette parenthèse sans sexe. La vie a repris son cours. Mais les souvenirs de cette période en suspens sont encore vivaces. Elle en partage quelques-uns avec nous.
Vous avez dû faire face à des réactions relativement dures quand vous avez arrêté de faire l'amour. C'est également le cas depuis que votre livre est sorti. Comment ça se passe?
Chez France Inter, on m'a demandé si je n'étais pas totalement névrosée. C'est vrai qu'en général, les questions sont dures. Par exemple, on me demande si je n'ai pas plutôt subi qu'arrêté de mon plein gré. On me dit: "Peut-être que vous n'aviez pas le choix, en fait". Vous savez, il n'y a pas que les gens très jeunes et très beaux qui font l'amour, il y a l'humanité entière. Et il y a des gens qui, à un moment donné, n'ont plus envie de faire l'amour comme ils l'ont toujours fait. On m'a dit aussi que je n'étais pas tendre avec les hommes. Au contraire, je prends la défense de tous ces hommes qui sont dans le même cas que moi, qui en ont ras-le-bol des relations merdiques. Je connais des hommes qui se sont arrêtés. C'est totalement tabou, un homme n'aurait pas pu écrire ce livre.
Vous pensez que si le sujet heurte tant les sensibilités, c'est parce que les gens se sentent concernés?
Il y a des gens qui ont connu ça. Après, il y a aussi des gens qui vivent avec quelqu'un qui vit ça et qui ne supportent pas que je tienne ce discours parce que ça invite les femmes, ou les hommes d'ailleurs, à la rébellion. Le fait de dire: si on n'est pas content de sa sexualité, on peut l'arrêter, c'est dangereux. Il y a beaucoup de gens en couple qui restent pendant un an, deux ans, trois ans avant de se séparer dans une sexualité où ils ne sont pas du tout à l'aise. Je suis un peu le pertubateur. Mais on dit souvent que j'ai choisi d'arrêter mais en fait, je dis: "Mon corps, comprenant que je n'entendais pas, allait hausser le ton". Mon corps s'est bloqué. J'avais mal au dos, à la tête, je ne pouvais plus faire l'amour physiquement.
Comment comprend-t-on que c'est la sexualité qui pose problème quand le corps se met à se manifester?
Parce que ça insiste. Et puis j'étais un peu déprimée après les rapports sexuels. Un jour, j'ai vu cette scène du shampooing dans "Out of Africa". Je me suis dit: "Et là, ils ne font même pas encore l'amour..." Je me suis dit que ce n'était pas ça du tout que je vivais. Un peu plus tard, il entre dans la pièce et lui dit: "Si je faisais l'amour avec vous, en souffreriez-vous?" Je trouvais cette manière de dire les choses tellement belle. Je me suis dit: "Donc Robert Redford sait que ça peut terriblement déplaire à une femme d'être prise et donc il lui pose la question." Et là, je me suis dit: "En fait, j'ai une sexualité merdique." Je suis partie en vacances. Le confort de cette semaine de vacances où j'étais seule dans un lit, il y avait de la neige autour de moi, où on glissait avec les skis... J'ai eu envie d'essayer de rester un peu dans cette liberté-là. Donc j'ai arrêté.
Vous pensez que la première fois conditionne la suite du désir sexuel?
Bien sûr. J'ai eu une première fois bourrée de désir. J'étais très jeune. J'avais 13 ans à peine, j'en faisais 16. Quand ce garçon s'est déshabillé, j'ai trouvé ça sensationnel. Et puis, j'ai dit: "Bon, eh bien, je vais rentrer chez moi." Je n'avais pas du tout compris qu'une fois que le garçon était nu, il fallait continuer. Si ce garçon m'avait dit: "Il n'y a aucun problème, rentre chez toi", je serais rentrée chez moi, j'aurais pensé à son corps, on se serait revu le lendemain et j'aurais fait l'amour, heureuse de le faire. Mais ce n'est pas ce qu'il s'est passé. Je lui ai dit que j'avais peur, que j'étais vierge. Il a fermé la porte à clé. Je ne savais même pas à l'époque ce que c'était qu'un abus. J'ai compris ce jour-là que si on allait jusque là, il fallait aller plus loin. J'ai mal commencé. Je ne veux pas me plaindre même si c'est triste mais ça arrive à tellement de filles. Et parfois, ça ne vous arrive pas la première fois. J'ai compris qu'un homme, c'est dangereux.
Vous parlez de la dureté des hommes, que si les hommes n'étaient pas aussi durs au lit, il n'y aurait peut-être jamais eu cette absence de désir chez vous...
Celui-là, il était dur dans tous les sens du terme. (Elle sourit). Je lui ai dit que j'avais 13 ans et il y a des salauds. Il s'est dit: 13 ans et à portée de main. Après, cette homme m'a dit: "Il ne faut pas que tu oublies que ça, ce n'est pas de l'amour. C'est ce qui arrive quand un homme perd la tête." Ca vous terrorise. Je me suis dit: "Il ne faut plus que jamais, un homme perd la tête, parce que ce n'est pas du tout drôle." La première fois est décisive.
Cette période sans sexe était synonyme de célibat. Si au début, vos amis vous accueillaient en vacances, un jour, vous n'avez plus été invitée parce que votre décision dérangeait...
Quand vous êtes célibataire, vous n'avez pas besoin d'une chambre à vous pour votre sexualité puisque vous n'en avez pas. Je me souviens, un jour, une amie célibataire insistait pour prendre une chambre à l'hôtel. On a compris que c'était au cas où elle rencontrait quelqu'un. Immédiatement, c'est devenu une prédatrice. Le jour où les conjoints de vos amies voient en vous revenir ce truc de femelle, ils voient revenir en vous l'envie, vous changez immédiatement de statut. Vos amies ont peur pour leur couple.
Vous écrivez: "Je n'ai jamais été plus heureuse qu'à cette période."
Oui, c'était un moment de bonheur absolu. A la fois, je me délivrais de quelque chose qui ne me correspondait pas et je m'ouvrais à cet homme que je n'avais pas encore rencontré et avec qui je referais l'amour. J'étais déjà en pré-sentiment amoureux pour l'inconnu et délivrée de ce qui m'emmerdait. Il y a deux cas où on est extrêment heureux amoureusement parlant: quand on se délivre d'une relation qui ne nous plaisait pas et le jour où on rencontre quelqu'un. Ca vous donne une espèce d'énergie. Que ça marche ou pas avec cette personne, vous vous dites: "Je sais que je suis capable de rencontrer." Ce sont deux cas d'ouverture. Et puis, le moment où l'on s'arrête d'avoir des relations sexuelles permet de se remettre à niveau par rapport à ce que c'est.
Quel est le sentiment qui a prédominé pendant cette période-là: la joie, la honte, la fierté?
L'humiliation de ne pas être comme tout le monde, l'impression d'être anormale. Je me sentais looseuse.
Dé.L.


