Tintin convainc difficilement Hollywood

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Par: rédaction
23/12/11 - 10h49
© reuters.

Affichée depuis des semaines sur les boulevards insomniaques de la cité des anges, l'arrivée de Tintin sur les écrans américains était attendue avec une certaine appréhension, face à un public plus curieux de découvrir les biens faits de la motion-capture que l'adaptation cinématographique proprement dite d'un personnage dont il a vaguement entendu parler. À peine 48 heures après sa sortie, l'accueil est positif (2,3 millions de dollars) même si certaines critiques ciné des grands titres de la presse quotidienne et magazine ont émis certaines réserves.

En cause? Le procédé justement. Si Steven Spielberg a motivé l'utilisation de la motion-capture pour calquer au mieux l'esprit de la ligne claire chère à la plume d'Hergé, le New York Times y voit une erreur du réalisateur, dont "la technologie offre une forme de simulacre de vie qui fonctionne mieux pour les créatures d'Avatar ou des personnages caricaturaux comme le sont les alliés bouillonnants de Tintin, Thomson et Thompson (Dupont et Dupond, ndlr)".

Pas intéressant Tintin?
En outre, il confère aux héros une certaine froideur, "comme si leur âme était faite en éponge", à moins, relève le très influent Entertainment Weekly, que ce manque d'expression soit le fait "que rien d'intéressant ne se passe dans la vie de Tintin, Haddock, ou n'importe quel autre personnage? L'ennui avec Tintin, c'est ce manque d'introspection, cette sensation qu'éprouve le spectateur d'assister à un spectacle depuis l'extérieur, de ne pas être pris par la main par les personnages. Si le procédé exploite parfaitement la capture de mouvement, il ne parvient pas à capter notre coeur".

Spielberg en fait trop
Ennuyeux Tintin, vraiment? Si son côté gendre-idéal cadre mal avec les anti-héros qui foisonnent désormais dans les films d'animation, certains ciblent Spielberg, responsable à leurs yeux d'avoir voulu trop en faire. Cette recherche constante du mouvement, fidèle à ce qu'était l'oeuvre d'Hergé, déforce le film, "comme si Spielberg craignait de nous perdre dans la longueur du style européen. (...) Ce manque de rupture devient lassant et altère le discours, ce qui est regrettable car, comme toujours avec le réalisateur d'E.T., certains intermèdes cinématographiques sont un vrai régal, mais uniquement lorsque son imagination visuelle et son espièglerie spielbergienne prennent le dessus sur son matraquage technologique excessif", juge le sévère NY Times.

L'élégance belge
Méconnu aux Etats-Unis, Tintin, dont un faible pourcentage des 350 millions d'exemplaires vendus dans le monde est arrivé jusqu'à Hollywood, a beau avoir été traduit dans 80 langues, il n'en reste pas moins qu'il est jugé sur "sa" performance cinématographique, accueillie avec une certaine froideur en comparaison de notre enthousiasme collectif et de notre fierté légitime de voir un héros national devenir un membre de la famille Spielberg.  Un patronyme qui pardonne moins aux Etats-Unis. Même si pour le magazine Empire, qui qualifie le film d'excellent, "l'animation de Spielberg élargit l'élégance formelle belge au Pays des Merveilles de la précision numérique sans jamais perdre de vue le charme de ses livres familiers".

Quant au L.A. Times, il nuance la critique en l'axant sur le bonheur juvénile ressentit en regardant le film. "Le Secret de la Licorne peut être accusé de cafouiller, d'avoir voulu mixer trop d'histoires en une et de laisser des personnages inutiles comme l'équipe de détectives favoris des fans de la BD, Thomson et Thompson. Mais il s'agit là de récriminations d'adultes. L'enfant qui sommeille en nous en sortira ravi".

En moins de 48 heures, "Le Secret de la Licorne" a engrangé plus de 2 millions de dollars de recette (plus d'1,5 millions d'euros). Un score honorable, au vu de la période. Loin de la ferveur consécutive à sa sortie en Europe, le film doit désormais apprivoiser un nouveau public. Et les critiques.

L.S., correspondant à Hollywood.

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