José Munoz, un président en Noir et Blanc pour le festival d'Angoulême

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Par: rédaction
18/01/08 - 12h43

Le dessinateur argentin José Munoz, spécialiste de la BD en noir et blanc, préside le jury du festival d'Angoulême 2008, du 24 au 27 janvier, au terme d'"une promenade Nord-Sud" d'un demi-siècle autour de la bande dessinée.

"Je viens de fêter mes 50 ans de professionnel du dessin. Ca veut dire que j'ai 65 ans, ça c'est moins sympathique", résume-t-il dans un français un peu bousculé. Né en 1942 à Buenos Aires, José Munoz a connu l'"âge d'or" de la BD argentine à laquelle il rend hommage au travers d'une grande exposition à Angoulême. Dans les années 1950, son père, "très bon joueur d'échecs", l'inscrit à l'Ecole panaméricaine d'art, où enseigne alors le grand dessinateur Alberto Breccia. "Il m'a dit : ton père joue aux échecs, une case noire, une case blanche. Tu mets toujours une blanche à côté d'une noire, c'est ça la bande dessinée", raconte-t-il.

Depuis, José Munoz, lunettes métalliques et éternelle cigarette à la main, dessine toujours en noir et blanc, sur des scénarios d'un autre exilé argentin, Carlos Sampayo, rencontré "en Espagne encore franquiste". En 1972, il quitte l'Argentine pour se frotter à la bande dessinée européenne. "Je suis parti comme voyageur, je suis devenu un exilé. Quand les militaires massacreurs sont arrivés au pouvoir, il n'était pas question que je rentre dans mon pays", se souvient-il. L'exil le conduit des Pays-Bas en Italie, et de Londres à Paris. "J'ai vécu au milieu de différentes familles créatives, argentine, espagnole, italienne..., dit-il. En Argentine, il y a une hétérogénéité qui fait notre identité. En bande dessinée, le résultat est extraordinaire".

Angooulême-Munoz, une vieille et belle histoire
Et le succès est venu très vite. En 1978, il reçoit le Prix du meilleur album étranger à Angoulême pour "Alack Sinner" et cinq ans plus tard le Prix du meilleur album pour "Flic ou privé" (Casterman), avant la consécration avec le Grand prix de la Ville d'Angoulême en 2007. Alack Sinner, son personnage fétiche, côtoie une faune de truands et d'immigrés clandestins dans les bars de New York. "Dans notre métier, on n'est jamais tout à fait certain que nos personnages n'existent pas, dit-il. Toute cette promenade de travailleur nomade, ça m'a donné le sens du social. Avec Alack Sinner, on est dans la description du tissus social dans la veine de Raymond Chandler. On entre dans la société américaine".

Mi-janvier, José Munoz publie, toujours avec Sampayo, le premier tome de "Carlos Gardel" (Futuropolis), un hommage teinté de nostalgie à "la voix de l'Argentine". "Je voulais toucher un endroit primordial, la ville où je suis né. Avec l'éloignement, tout ça devient un peu exotique", dit-il. "En Argentine, la bande-dessinée, on appelait ça les historietas. Mais aujourd'hui, le mot anglais comix a pris tout l'espace. Je leur dit : on ne fait pas du comique, on fait du tragique... Il faut avoir un peu de self-humour, conclut-il. Sinon, ça tourne à la bagarre".

("Carlos Gardel, La voix de l'Argentine" T1, de José Munoz et Carlos Sampayo - Futuropolis - 64 p. - 16 euros. "Intégrale Alack Sinner", T1 et T2 - Casterman - de 17,95 à 19,95 euros) (afp)

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