Ca bouge chez les Goncourt! L'académie a fixé à 80 ans l'âge limite des futurs membres du jury qui attribue chaque année le prestigieux prix, et modifié son règlement intérieur pour clarifier notamment les relations entre jurés et maisons d'édition.
Les Goncourt avaient lancé les grandes manoeuvres début janvier, après les cafouillages et polémiques de l'automne autour des prix littéraires. Lors de leur réunion mensuelle, ils ont voté mardi à l'unanimité des présents "l'accession d'office à l'honorariat à partir de 80 ans", a indiqué mercredi Françoise Chandernagor, membre du jury Goncourt.
Une décision qui n'est pas rétroactive et ne concerne pas les jurés actuels, dont quatre sont âgés de plus de 80 ans: Michel Tournier (83 ans), Robert Sabatier (84 ans), Jorge Semprun (84 ans) et la présidente Edmonde Charles-Roux (87 ans). Avant même la réunion, Daniel Boulanger (85 ans) avait demandé par courrier à bénéficier de l'honorariat "pour raison de santé", après 25 ans à la table des Goncourt.
Avec le départ de François Nourissier (80 ans) début janvier, le jury ne compte donc plus que huit membres au lieu de dix, et devra désigner deux nouveaux jurés avant l'été. Chez les Goncourt, l'âge limite n'est pas pour autant une mise à la retraite d'office. Les membres honoraires pourront toujours assister aux déjeuners du jury, mais ne participeront plus aux votes qui ont généralement lieu avant.n"Il n'y a pas de raison de les priver de ça simplement parce qu'ils ont plus de 80 ans", a estimé Mme Chandernagor. Ils seront également associés aux déplacements du jury en province et pourront représenter l'Académie Goncourt.
Autre modification importante, les sept jurés présents mardi ont voté "l'incompatibilité entre une fonction à l'Académie Goncourt et toute fonction rémunérée chez un éditeur". Une situation qui, selon Françoise Chandernagor, ne concerne aucun des membres actuels du jury.
Ils ont enfin borduré la règle des absences : "Toute personne qui aura manqué toutes les réunions pendant un an" sera désormais considérée d'office comme membre honoraire. Un juré absent deux ans de suite lors du vote pour l'attribution du prix début novembre sera de même déclaré démissionnaire.
Les jurés Goncourt donnent ainsi le ton pour une rénovation des prix littéraires, qui suscitent chaque année de vives critiques, d'auteurs mais aussi de jurés, sur la collusion entre certains membres des jurys et éditeurs. "C'est bien si ça fait progresser les choses", a souligné Françoise Chandernagor, selon qui d'autres "peuvent plus facilement changer leurs règles du jeu" que les Goncourt, soumis à un cadre juridique contraignant.
Compte tenu du statut juridique particulier de l'Académie Goncourt, les décisions du jury doivent en effet être encore soumises aux ministères de tutelle de l'institution, l'Intérieur et la Culture, et à l'avis du Conseil d'Etat. (afp)


