"Monsieur le cardinal, honte à toi"

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Par: rédaction
29/03/08 - 17h15

La famille et les amis d'Hugo Claus mais aussi de très nombreuses personnalités des mondes artistique et politique se sont réunis ce samedi dans un théâtre anversois pour un dernier hommage à l'écrivain et poète belge, décédé il y a dix jours par euthanasie.

Au théâtre du Bourla, l'auteur du Chagrin des Belges retrouvait une dernière fois les planches, à l'endroit même où, le 19 mars dernier, jour de son décès, se jouait une pièce tirée de son roman La Rumeur (1997).

Le cercueil, clair, dépouillé et surmonté d'un rose rouge, reposait sur un tapis de roses, rouges elles aussi, devant un immense portrait de l'artiste. Des musiques de Chet Baker et Thelonious Monk notamment, choisies par Hugo Claus et son épouse, ont accompagné la cérémonie.

Les neuf cents places du théâtre du Bourla ont accueilli d'innombrables écrivains, poètes, acteurs et autres artistes, mais aussi des personnalités politiques au rang desquelles on relevait la présence de l'ancien premier ministre Guy Verhofstadt, un proche de l'artiste. Des auteurs tels que Piet Piryns, Erwin Mortier, Suzanne Holtzer, Jef Lambrecht ou Cees Nooteboom ont dressé le portrait du défunt, relevant son génie littéraire mais également son côté "artiste de la vie" qui, ont-ils dit, l'a fait décider lui-même du jour de son départ.

Parmi les interventions remarquées, celle de l'écrivain public Erwin Mortier, qui s'en est pris au cardinal Godfried Danneels, auteur d'une homélie pascale dans laquelle il avait critiqué l'euthanasie, sa médiatisation et son manque d'héroïsme, quelques jours à peine après la mort d'Hugo Claus.

Il a évoqué des "princes de tous rangs" et des "dignités ecclésiastiques" voulant, même après la mort, "dicter la leçon à ceux qu'ils ont décrits comme des personnes qui ne seront jamais entièrement civilisées et qui leur ont toujours montré un salutaire manque de respect". "Célébrer sa propre supériorité morale sur le corps d'un mort bien-aimé n'est pas un acte héroïque. Monsieur le cardinal, honte à toi", a notamment lancé Erwin Mortier.

L'éditeur d'Hugo Claus, Robbert Ammerlaan, a souligné combien l'adieu à sa vie avait paru difficile à l'artiste. "Il y a quelques mois, Hugo Claus a dit à Erwin Mortier qu'il n'aurait jamais cru que prendre congé de la vie était si difficile", a-t-il indiqué.

L'homme, à en croire ses proches, n'a cependant pas redouté la mort. Plusieurs intervenants ont rappelé des paroles ou des écrits de l'artiste où il évoquait ce thème. "Je pense souvent à la mort, mais pas en termes tristes. La mort a pour moi quelque chose de théâtral. Je me la représente volontiers sous les traits d'une fille en lingerie noire, il doit y avoir quelque chose de rigolo là-dedans. La mort est pour moi une maladie d'enfant, elle vient de toutes façons toujours trop tôt", avait déclaré Hugo Claus à l'occasion de son 75e anniversaire. (belga)

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