"J'ai vécu avec les plus grandes stars"
Jean-Marie Périer est certainement l'un des photographes français les plus célèbres, tout le monde - ou presque - a déjà admiré l'une de ses photos. Que ce soit le jeune adolescent des années yé-yé, la fashionista dévorant les magazines de mode ou tout amateur de belles images.
Fils légitime de l'acteur François Périer (et fils biologique de Henry Salvador), le jeune Jean-Marie a, dès la plus tendre enfance, vécu une vie hors-norme. Entouré des plus grands noms du cinéma, il décide pourtant de se tourner vers un autre art: la photographie. Il a vingt ans à peine quand il photographie Ray Charles, Myles Davis et les grands noms du jazz.
Viennent ensuite les années 60 et c'est Daniel Filipacchi lui-même qui lui propose un poste de photographe pour
Salut les Copains. Périer rencontre les stars françaises et internationales: Françoise Hardy, Sylvie Vartan, Johnny, les Beatles, les Rolling Stones... Jean-Marie est l'un des leurs, il les suit partout, vit avec eux, accède à leur intimité.
Après plus de dix ans de folie, il range son appareil photo pour se consacrer au cinéma, mais revient à son premier amour dans les années 90, pour la mode cette fois. Aujourd'hui, le photographe rassemble plus de 400 portraits dans un livre portant son nom, une rétrospective de son travail qui ressemble plutôt à un album de famille, car tous ces visages ravivent nos souvenirs et on se surprend à reconnaître certains clichés, à rire de ses anecdotes. Un livre que les ados des années vont adorer, mais pas seulement... 7sur7 a rencontré Jean-Marie Périer pour qu'il nous parle de ces années folles.
Votre livre se lit comme un album de famille, comment le définiriez-vous?Il y a deux façons de le définir. C'est une récapitulation de tout mon boulot, le livre qu'on fait quand le mec est mort sauf que moi je suis encore là. C'est très étonnant de revoir toute sa vie d'un seul coup, c'est la première fois que je fais ça. Et puis la deuxième façon de le définir, c'est par rapport aux photos, qui étaient destinées en grande partie à des adolescents et elles réapparaissent après trente ans parce que ces mômes, aujourd'hui, ont entre 50 et 60 ans. Elles racontent des tas de souvenirs à plein de gens parce qu'à l'époque je me souviens que les murs des chambres étaient entièrement recouverts de mes photos. D'ailleurs il y a plein de photos pour lequel les gens disent
tiens je ne savais pas que c'était lui qui les avait faites.
Quel regard portez-vous sur ces photos aujourd'hui?C'est très très émouvant pour moi, d'abord parce que beaucoup de ceux qui sont dans ce livre sont encore mes amis, certains sont même carrément ma famille comme Françoise (Hardy) et Jacques (Dutronc) et j'aime bien l'idée de rester le garant de leur image quand ils étaient jeunes et beaux.
Vous avez rencontré un nombre impressionnant de célébrités...Oui, ça c'est la chance de la photographie et du journalisme, ce sont des métiers grâce auxquels on peut rencontrer beaucoup de monde. Quand j'étais photographe à
Salut les copains, je passais beaucoup de temps avec les chanteurs ou les groupes sans faire de photo, je vivais avec eux. Il n'y a rien de pire pour eux que d'avoir un photographe qui les suit tout le temps, mais moi je faisais partie de leur vie.
Vous avez eu beaucoup de chance dans votre parcours...Oui j'ai eu beaucoup de chances, les unes à la suite des autres, c'est vrai. Parce qu'il ne suffit pas d'avoir du talent et de travailler, moi j'ai eu la chance d'être là où il fallait, au moment où il fallait, avec qui il fallait, c'est unique au monde d'avoir eu cette liberté, sans aucune limite de moyens et d'idées.
Aviez-vous suivi une formation avant de vous lancer?Non j'ai commencé comme ça. Je n'ai pas un talent monstre, j'étais juste là au bon moment. Faire des photos, ce n'est pas compliqué, ce qui est compliqué c'est d'avoir le rendez-vous et d'avoir la confiance des gens et moi j'avais les deux, donc il me restait à faire quoi? A imaginer des trucs... Toutes mes photos ont été publiées, vous vous rendez compte ça, la chance que c'est? C'est énorme.
Vous êtes nostalgique de cette époque?Oui bien sûr, je n'ai pas de regrets dans la mesure où à l'époque je savais que je vivais quelque chose d'exceptionnel. Je ne me dis jamais
ah si j'avais su, mais j'ai la nostalgie parce que je me marrais beaucoup plus à 25 ans qu'à 69.
Pourquoi publier ce livre maintenant?J'en ai fait d'autres avant, sur les années 60 ou 90, là ce sont les éditions du Chêne qui m'ont dit
voilà on voudrait faire un livre de photographe. Avant c'était plus des livres sur les personnalités, là c'est un livre de photographe.
C'est grisant?Oui! Quand j'ai vu le résultat, l'objet, c'était grisant parce que ça fait quand même 512 pages, c'est énorme et encore, j'ai pas pu tout mettre et faire un pavé comme ça, c'est impressionnant, je l'ai fait peser par mon boucher, il fait quand même trois kilos et demi.
Vous racontez certaines anecdotes, ce livre est un peu votre journal intime, non?Oui forcément puisque je vivais avec eux, on avait le même âge et en plus on était au début d'un mouvement absolument unique. Pendant dix ans, de 62 à 72, partout dans le monde, ça explosait de partout, c'était incroyable. On était aussi au départ de la reconnaissance de l'adolescence. C'était un marché, c'était des gens qui avaient la parole, qui gagnaient plus d'argent que leurs parents, ce qui n'était jamais arrivé. Je me rendais quand même compte que ce que je vivais n'était pas banal, quand j'étais avec les Rolling Stones aux Etats-Unis, les mecs mettaient la ville à leurs pieds, on voyait bien qu'il se passait un truc.
Vous avez gardé contact ?Oui bien sûr. Enfin, non, j'ai gardé contact avec les cinq du départ, Johnny, Sylvie, Françoise, Jacques, Eddy Mitchell. Mick Jagger je ne le vois plus et puis je ne vois pas ce qu'on pourrait se dire, on a des vies tellement différentes, il est milliardaire, j'habite dans l'Aveyron, on a rien à se dire. On était proches, il m'a fait confiance pendant douze ans, il venait chez moi, j'allais chez lui, c'était très simple.
Pourquoi avoir arrêté du jour au lendemain?Parce que je voulais faire du cinéma avec Dutronc. Donc, j'ai arrêté net, j'ai donné tous mes appareils et puis je n'ai pas fait une seule photo pendant 15 ans. J'ai eu la chance de vivre plusieurs vies à l'intérieur d'une seule, ça c'est le plus important parce que la vie c'est court, donc en vivre une seule, ce n'est pas marrant. J'attaque la cinquième là, et c'est totalement différent. J'ai fait les photos dans les 60's, le cinéma dans les 70's, la pub dans les 80's et puis à nouveau de la photo dans les 90's et puis j'ai commencé à écrire des livres dans les années 2000. Et maintenant je fais un peu de tout.
Vous aimez les gens hors-norme...Oui. Le secret c'est que je n'aime que les gens dont je ne sais pas ce qu'ils vont me dire. Les gens disent souvent des choses évidentes, c'est d'un fatiguant, tandis que, croyez-moi, Dutronc je ne sais jamais ce qu'il va me dire, pourtant je le connais depuis 40 ans et j'adore ça. C'est un luxe d'être avec des gens extraordinaires. Vous rentrez dans n'importe quelle pièce avec Johnny Halliday, la pièce n'est plus la même, les gens changent, c'est très marrant. Moi j'aime les gens exceptionnels parce que je suis né là-dedans. Je n'ai rencontré que des gens hors-norme quand j'étais petit: Louis Jouvet, Pierre Brasseur, Sacha Guitry prenaient leur petit-déjeuner avec moi. Donc c'est vrai que j'ai un peu de mal avec les gens qui ne veulent pas secouer l'arbre. J'aime les cinglés.
Quelle star n'avez-vous pas pu photographier?Elvis Presley parce que son manager n'a pas voulu. Et celui que j'aurais vraiment voulu photographier, c'est Franck Sinatra.
Et avez-vous photographié des gens que vous n'aimiez pas?Beaucoup, oui. Ce n'est pas difficile la première fois, on est déçu et puis on s'en va. Mais je ne photographiais à nouveau que ceux que j'appréciais.
Si vous ne deviez garder qu'une seule photo, laquelle choisiriez-vous ?Ça dépend des époques. Peut-être que pour les 60's ce serait celle sur le toit de Europe N°1 où Johnny et Sylvie ne se connaissent pas et Françoise avec laquelle je suis depuis 15 jours, donc évidemment c'est chaud.
La séparation avec Françoise Hardy a-t-elle été difficile?Sur les cinq femmes que j'ai connues, j'ai toujours mieux réussi mes divorces que mes mariages. Elles sont toutes restées des amies, des membres de ma famille et je me suis toujours attaché aux mecs pour lesquels j'ai été quitté. Comment voulez-vous que je n'aime pas la personne qu'elle aime, si je l'aime elle? La seule chose importante dans la vie c'est de rencontrer des gens, c'est de ne pas les perdre. C'est ces gens-là, la vraie richesse.
Quels sont vos futurs projets?J'en ai plein. J'ai un livre de photographies qui va sortir sur les vignerons français. Je continue les photos pour les journaux. Je ne fais plus de cinéma, mais je vais faire un long métrage pour la télévision avec Dutronc et puis je vais écrire des romans pour quand je serai vieux, tout seul dans ma maison. Je ne pense pas que je réussis tout, on est toujours le raté de quelqu'un, il y a toujours mieux que nous. Je n'ai jamais été jaloux des autres. Quand je vois des gens qui réalisent quelque chose de formidable, ça me motive, je me dis que si eux l'ont fait, je peux le faire aussi.
Jean-Marie Périer, Editions du Chêne, 50 euros.Caroline Albert