Les réactions contrastées au livre de Ségolène Royal, sorti mardi en librairie, témoignent d'une méfiance persistante à l'égard de leur ex-candidate chez les socialistes, toujours en désaccord sur les raisons de leur défaite à l'élection présidentielle.
Cet échec désormais digéré, assure-t-elle, Mme Royal tente un retour au premier plan, qui nourrit les spéculations sur une nouvelle tentative de prendre rapidement les rênes du parti, après un premier échec dans la foulée des législatives de juin. Mme Royal pense s'exprimer "en janvier" sur l'avenir du PS. La sortie de son livre Ma plus belle histoire, c'est vous (Grasset) s'accompagne d'un "plan médias" haut de gamme: invitée du 20H00 de TF1 mardi, elle devait être sur l'antenne de RTL le lendemain, avant une grande émission politique sur France 2 jeudi, suivie de France 5 et Canal + ce week-end. Cela témoigne d'"un regain de présence et d'énergie retrouvée", pour le député de la Nièvre Gaëtan Gorce, un des "rénovateurs" du parti. La plupart des socialistes ne voient rien à redire au retour de Ségolène Royal sur sa campagne par livre interposé.
"Je ne trouve pas cela malsain, le PS est un parti de débat", observe le fabiusien Henri Weber. Pour le strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis, "prendre le taureau par les cornes n'est pas à proprement parler un défaut". Cependant, Harlem Désir, proche de Bertrand Delanoë, doute que "le mélange entre des aspects personnels et politiques plaise aux militants". M. Gorce, assez proche de Mme Royal, reproche à la direction du PS de ne pas avoir "organisé un débat collectif sur l'analyse des causes de la défaite". Dès lors, "on a ouvert la boîte de Pandore, on encourage toutes les expressions individuelles". De fait, chacun ou presque y est allé de son analyse, de son livre. Mme Royal impute largement sa défaite au manque d'unité du PS derrière elle.
"Le Parti socialiste, je le crois profondément, est hors de cause", répond M. Weber. "Rarement après une désignation, une campagne n'avait été à ce point aussi peu contestée" dans le parti, ajoute M. Cambadélis. Harlem Désir s'émeut de voir l'ex-candidate "accentuer" la distance avec le parti, notamment par le récit d'une entrevue nocturne avec François Bayrou. La veille, Claude Bartolone avait estimé qu'avec la relation de ce rendez-vous, l'ex-candidate "aggrav(ait) son cas". A l'opposé, Dominique Bertinotti, ex-membre de l'équipe de campagne de Mme Royal, affirme que celle-ci "rend service à tous les socialistes". "Nous sommes à un moment-charnière: cela clôt une période et en ouvre une autre. On peut repartir vers l'avenir".
Insistant sur l'impératif de "reconstruire tous ensemble" le parti, M. Cambadélis est nettement plus circonspect. "S'il s'agit de préparer une nouvelle offensive pour, en janvier, refaire une offre de service pour diriger le parti, je suis inquiet", déclare-t-il. Selon lui, cela augurerait d'un affrontement au prochain congrès - sans doute à l'automne 2008 -, dont "le perdant jouerait le match retour en 2010", au congrès suivant. (afp)


